Tourbillon permanent…

Perspective du tunnel rouge de l'opera avec son tapis roulant

Ce matin, je rêvais que j’avais des vertiges. Quand je me suis réveillée, les yeux clos, à la vibration de ma montre, ça tournait toujours. J’espérais que ce n’était qu’un mauvais cauchemar. Que je les avais intégrés à mon cauchemar tellement cette histoire dure depuis notre retour de l’île Maurice.

J’ai ouvert les yeux, et là, le tournis. Aussi violent que si j’étais montée dans le pire manège de la foire du trône de paris, jusqu’à en avoir la nausée. Je les ai refermés, en espérant être mal réveillée. Même les yeux clos, j’avais ce maudit tournis. Je les ai rouverts. Qu’est-ce que c’était violent ces vertiges, ce tournis dont raffolent les gens qui montent dans ces manèges à sensation.

Je me décide à me lever, espérant au fond de moi que ce n’était qu’un tournis passager. Comme quand on se lève trop vite, ça arrive parfois chez les gens normaux. Je me lève, je me sens obligée de me tenir à mon lit, mon armoire, le mur.
L’amoureux inquiet, je l’ai rassuré. Je vais y arriver, toujours me relever et m’en sortir. Mais ce matin, j’étais aussi rassurée par sa présence s’il m’arrivait quelque chose.

Les murs tournaient, la fenêtre aussi. J’ai ouvert la fenêtre tellement j’en avais la nausée de ce tournis violent. J’ai passé au moins 5 minutes à la fenêtre à essayer de fixer un point à l’horizon nuageux… Un oiseau, une branche en fleur, n’importe quoi qui puisse me ramener à cette stabilité. Respirer pour me sentir vivante. Juste vivante.

Malgré tout, je me suis habillée assise parce que debout, je risquais de m’emmêler les pieds.

Il part déposer minipixel à l’école à l’heure dite. Je m’assois dans le fauteuil, je n’ai pas le courage de regarder ces hamsters qui nous font un coucou du matin, comme tous les matins, je reste immobile. Je tente de maitriser ces vertiges en ne bougeant plus la tête. C’est pas miraculeux, c’est inutile même, le tournis violent est toujours là. Je vois l’heure tourner, je me prépare en longeant les meubles. Heureusement que j’avais préparé mon sac la veille.

Nous nous retrouvons à l’arrêt du bus comme convenu pour que je fasse une partie du trajet en toute sécurité. Marcher dans la rue, regarder par terre, regarder chaque grain du bitume, du rebord du trottoir, essayer de ne pas tomber, essayer d’oublier cette violence de tournis, qui te donne la nausée. Tu aurais juste envie de fermer les yeux, mais c’est pas possible, jamais se laisser abattre, il faut marcher, aller au rendez-vous.

Nous montons dans le second bus, où il y a de la place. Je m’assois, mal au cœur dans les virages,  comme les enfants qui font un long voyage, je mange une compote car j’ai l’estomac vide, même cette compote me donne des haut-le-cœur.  Heureusement pour nous, le bus file directement vers la gare sans faire le parcours habituel, ce qui l’aura rendu moins long, plus facile à supporter pour moi.

Arrive le RER, au fond de moi j’espère qu’il y a de la place, que je n’aurai pas à demander une place, je n’ai pas ce courage ce matin avec ces vertiges si violents de demander quoi que ce soit.
Arrivée à ma gare, je rassure l’amoureux, je lui dis que je vais y arriver, j’envoie un sms à mon arrivée au cabinet.

Salle d’attente comme d’habitude. J’ai une belle collection désormais de photos de magazines, et un hashtag dédié #salledattente sur Instagram.
Mes amis l’utilisent aussi parfois quand ils sont dans des salles d’attente et ils me préviennent, c’est une attention touchante. Heureusement qu’ils sont là. Qu’est-ce que je ferais sans eux.

Le médecin : « Vous savez, c’est long, il faut attendre que ça fasse effet ». Carte vitale. Chèque. Bonne journée. Au revoir.

J’ai parfois envie de dire à ce corps médical toutes spécialités confondues, que nous ne sommes pas que des cartes vitales, des chèques mais nous sommes aussi des personnes.
J’en ai marre qu’on me dise qu’on doive attendre que ça doive faire effet.
J’ai arrêté de compter les traitements pour les vertiges, ça vaut mieux pour moi, pour mon moral.

Je crois avoir fait la plus grande partie des choses à faire dans ces moments-là. Heureusement pour moi, j’ai certaines personnes dans le corps médical qui m’ont avoué avoir tout fait pour moi (c’est bête, ils sont censés avoir la réponse, ben non…) et qui s’inquiètent pour moi tout en se tenant de mes nouvelles par mail ou par texto. Je suis persuadée qu’on va trouver, mais dieu que c’est long. J’ose espérer qu’on va trouver.

Je ne fume pas, j’ai arrêté de boire (une petite bière/verre de vin de temps en temps ça ne faisait pas de mal, ça aussi me manque – le calva n’en parlons même pas – ), arrêté les verres de lait que je buvais avec amour (oui je suis une fan de lait), j’ai arrêté de saler mes plats (qu’est-ce que c’est fade !).

Merde.

Je sais plus quoi faire face à cette violence de vertiges, je voudrais pas qu’on me dise que j’en profite. Je veux pas qu’on me dise que j’invente, que c’est ma tête qui fait ça.

Moi je veux juste vivre, aimer les gens qui m’entourent, passer du temps avec les amis à manger,  à refaire le monde, faire mon travail avec enthousiasme. Ces choses-là me manquent cruellement, plus qu’on pourrait le croire.

Parfois, je me dis que je suis tellement désolée d’être comme ça, que je ne sais plus par où aller pour m’en sortir de ce tourbillon si violent.

Pleurer pour évacuer toute cette pression encaissée depuis des mois, essayer de calmer les choses. Mais non.

Ces vertiges si violents sont toujours là, enlevez moi ce manège de la foire du trône dans mon cerveau.

Mon ordinateur bouge tout le temps, le seul point que j’arrive à suivre est cette petite barre blanche où les lettres se forment. Heureusement que je n’ai pas besoin de regarder le clavier pour écrire tout cela… Je suis épuisée à avoir écrit ce billet mais le cœur léger d’avoir couché tout ça noir sur blanc.

J’aurais pu m’excuser d’avoir écrit un truc pas très joyeux, négatif et puis zut !
On dit qu’il faut voir la vie en rose, qu’il faut montrer que le positif, ne pas parler du négatif, que les gens n’aiment pas les gens qui vont pas bien,  mais cet espace est le mien.

Don’t worry, je suis tombée, mais je me relèverai comme à chaque fois, avec un peu plus de force que la dernière fois.

Édit : je n’ai pas écrit ce billet pour avoir de la pitié ou provoquer de la peine chez chacun. C’est mon ressenti du moment. 

13 pensées sur “Tourbillon permanent…”

  1. Oui cet espace est le tien tu as bien le droit d’y « jeter » tes tourments, il n’y a pas que le mal du corps, il y a aussi le mal de l’être… et il ne faut pas le négliger… Si tu savais combien j’ai de la peine pour toi, combien j’aimerai que tout aille bien… malheureusement, on sait que rien n’est jamais simple… Se relever à chaque fois, c’est ça, tout est dit.

    1. Il ne faut pas avoir de peine, si je te disais la même chose, je pense que tu serais pas d’accord toi non plus hein ma copine en kit. Nous sommes comme ça, on tombe, on pense, on se remémore les moments difficiles, et on se relève pour continuer et profiter de ceux qu’on aime.

  2. Tu es une formidable écrivaine, Sophie.
    Tu es courageuse de subir ce calvaire quotidien, ce n’est pas juste du tout.
    C’est enrageant d’être impuissant.
    Je voudrais tant te faire partir ces satanés vertiges !
    Tout mon amitié profonde est avec toi.
    Continues d’écrire, tant que tu peux!
    Grosses bises

  3. Est-ce que tu es allée voir un centre spécialisé dans les vertiges? monsieur en a eu pendant un long moment – c’est souvent lié à la surdité ces vertiges en fait. Après analyse, ils ont trouvé la cause et pu lui donner un traitement adapté. Depuis, ça fait bien 7 ans qu’il n’en a plus eu 🙂
    Si tu veux, je peux lui demander le nom du centre où il était allé (c’est à Paris, ça tombe bien)
    Courage

    1. J’y avais été dans le passé. Je ne sais pas si c’est du même centre dont nous parlons.
      Il faut que je voie. Des bisous et courage pour cette grossesse !

  4. Chère Sophie,
    pour avoir vécu des vertiges intenses avec vomissements et clouée du lit pendant 10 jours dans le noir, je sais ce que tu peux ressentir. Heureusement pour moi, c’était une crise ( qui s’est reproduite plusieurs fois en quelques années )…

    Toi tu as l’air de vivre cela au quotidien !…. mais comme tu dois ramer !…
    Je pense très fort à toi, c’est tout ce que l’on peut faire, seulement croiser les doigts pour un médecin trouve la solution la plus adaptée à ton problème de pression dans l’oreille !

    Je te souhaite du courage, plein de courage, toujours du courage, encore et encore !… que c’est dur !
    Je t’embrasse très très fort et je pense à toi.

    M.France

    1. Je pense à toi bien souvent, plus souvent que tu le crois. J’y crois très fort à cette solution. reste à voir quand elle arrivera.
      Des bisous

  5. Coucou Sophie,

    Je ne savais pas que tu avais ces problèmes. Je pense à toi.

    Il faut que Meya te donne l’adresse du centre. Lorsque que l’on a quelque chose que les généralistes ne comprennent pas, il faut aller à la recherche du spécialiste qui va donner un nom au problème.
    On en trouve toujours un, ça peut être un peu long mais surtout pas écouter ceux qui disent que c’est dans notre tête car pour moi, c’est la réponse donnée quand le médecin ne sait pas, au lieu d’avouer ses limites et d’aiguiller vers un spécialiste.
    On a vécu ça à la maison et à chaque fois il y avait bien une raison au problème. En attendant, c’est le patient qui culpabilise ! Et ça ce n’est pas acceptable ! Parce que le moral, il en prend un sacré coup.

    Mille bises Sophie et j’espère que l’on se fera une crêperie ensemble comme la dernière fois 😉

    1. Merci Claire, je suis déjà en contact avec Meya. Je vais aller voir, de toute façon ça peut toujours me faire que du bien.
      J’ai vraiment hésité à publier ce billet car je sais que les gens n’aiment pas forcément lire des choses pas très gaies… Mais la réalité est telle que …
      Quand tu veux pour la crêpe ! des bises !

      1. Tu as eu raison de publier cet article!
        L’écriture c’est bon pour tout, ça fait du bien !

        Dès que je me déplace sur Paris, je te contacte pour la crêpe. On se synchronise pour un créneau 😉

        Bises !

  6. Pense trés fort à toi,on a des nouvelles par ta mère.
    Je peux te souhaiter que du courage et encore du courage.
    Gros bisous à vous trois.

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