Essuyer les plâtres

Intégrer une école qui n’a jamais accueilli de sourds auparavant, passer un entretien supplémentaire pour montrer qu’on est capable de communiquer, se battre pour avoir une carte de photocopies pour les maigres supports de cours que je pourrai avoir durant l’année scolaire.

Avoir très envie de participer à des conférences et que, parfois c’est pas toujours possible.
Parce que cela n’a pas été prévu dans l’organisation, parce qu’il n’y a pas les moyens financiers, ou tout simplement on oublie le fait que j’entende pas.

Se voir proposer d’assister à des conférences, c’est très généreux, flatteur pour moi. Je me rends compte que je suis à égalité, presque.

Et refuser d’y aller tout simplement parce que ce n’est pas si facile que ça quand je n’ai pas d’aide pour comprendre…

Se voir reprocher d’être représentante de parent d’élève : « Comment comptez nous représenter alors que vous êtes sourde ? « .
Être confrontée violemment à la bêtise humaine parce que la personne n’avait jamais rencontré une sourde dans une réunion d’information de parents d’élèves.
Être une maman comme les autres mais sourde qui puisse s’investir dans la vie scolaire de son enfant.

Tout simplement parce que les gens, parfois ne voient pas plus loin que leur nombril, parce qu’ils n’ont jamais été face à face avec une personne comme moi, qui n’entend pas mais qui parle, presque trop bien parfois pour qu’on puisse accepter ma surdité tellement celle-ci se fait oublier.

Être confrontée à des annonces sonores dans mon train, parce qu’il y a eu un accident grave voyageur, je ne comprends pas ce qu’il dit.

J’essuie certes les plâtres, c’est parfois fatiguant, ça fait mal aussi au cœur, à l’âme.

Mais grâce à cela, j’ai pu participer à Paris Web, une des premières conférences accessibles en vélotypie, participer au D-Day de Sabrina ma filleule parce que le dispositif avait été pensé.

J’ai pu aussi former quelques personnes de la crèche de mon fils au baby sign language, un vrai moment de bonheur.

Je pense que j’essuie les plâtres pour les générations futures comme celle de mon fils qui entend, qui sera sensibilisé ainsi que ses petits camarades.

A la génération future comme celle de deux petites filles sourdes que je connais.

9 pensées sur “Essuyer les plâtres”

  1. Pour ça, je t’admire…. Je nous admire tiens, soyons réalistes! Faut préciser que certains plâtres qu’on essuie peuvent être très très violents et que malgré tout, on conserve toutes nos dents, notre sourire, et on avance.
    Je cite l’exemple d’un homme qui n’a jamais cru en ma capacité de faire cet emploi, qui m’a toujours dénigré, qui a mis toute son équipe dans le coup. 3 ans plus tard, l’équipe me dénigre plus, je peux bosser un peu plus sereinement et ce même homme se fait tout petit car j ai fait mes preuves, j ai réussi le challenge et, haut la main… 3 ans à serrer les dents, ça fait mal, c’est long, mais on y arrive.
    N’étant pas investie dans le monde associatif, j’espère que tu as raison Sophie en disant  » j’essuie les plâtres pour les générations futures »
    Vive le futur, vive nos enfants sensibilisés!

  2. Merci pour les petites filles sourdes… Elles n’ont pas encore fini d’en voir de toutes les couleurs, mais elles ont un caractère de battantes ! Et autour d’elles, des copines et des copains qui s’essaient à la langue des signes ou tout simplement les acceptent telles qu’elles sont !

  3. aaaaah représentante des parents d’élève, c’est pas mal !
    et leur réaction ne m’étonne pas, on connait tres bien les entendants, n’est ce pas? 😉

    ma mère était représentante des parents d’élève pendant un moment car un jour, on s’est rendu compte que la représentante précédente n’avait jamais appelé chez mes parents pour nous tenir au courant d’une info. elle devait croire que mes parents etaient aussi sourds que moi…
    quel bel exemple de sa part !

    et tu vas pouvoir leur prouver le contraire 🙂

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