S’intégrer dans une équipe

Un nouvel épisode, écrit à chaud pour que toi, lecteur entendant puisse comprendre mes émotions.

ça fait plusieurs fois que ça se produit, je ne vise personne en particulier.

Être au sein d’une équipe/groupe, c’est super car il y a des échanges, des réflexions, et surtout je ne suis plus seule. Que du positif.

Oui mais non, c’est à double tranchant.

Double tranchant pourquoi ? Parce que tu veux faire bonne impression d’une part, et d’autre part il faut ré-expliquer ton handicap.

C’est pas toujours chose aisée.

La surdité c’est plus compliqué que ça.

Suffit pas de parler plus fort (entre nous, ça me sert à rien),
Suffit pas de se rapprocher de moi et baisser la tête vers le bas (c’est pire parce que je dois « descendre » physiquement pour être à ton niveau),
Suffit pas de ne pas bouger le corps, mais dodeliner de la tête, ça aide pas non plus… (j’essaie de faire avec mais des fois avec la fatigue je laisse tomber),

Lecteur entendant, si tu n’articules pas, que tu me regardes pas, je peux pas comprendre ce que tu me dis.
Pardon si je pète un cable, mais j’ai beau faire des efforts, mais parfois c’est sur-humain ce que tu me demandes.

Ne pas comprendre une conversation « ping-pong » ça arrive souvent, oui parce que ça va très vite, et moi le temps que je comprenne…

C’est à retardement, c’est très chiant d’arriver après.
Mais surtout c’est nul d’avoir un train voire un wagon de retard dans la conversation : j’ai l’air con au final, et j’aime pas ça.

25 pensées sur “S’intégrer dans une équipe”

  1. J’aime bien ton style d’écriture. J’aime bien le design de ton blog. J’aime encore plus que tu parles de ton handicap, et ça fait du bien pour les gens qui n’ont pas ce handicap d’en apprendre plus sur les difficultés de ceux qui l’ont. On en sort moins idiot.

    Du coup, je m’abonne, et je reviendrai.

    Par contre, j’ai l’impression que ton blog n’est pas très rapide au chargement. Si tu veux des infos/de l’aide au paramétrage, n’hésite pas à me contacter, je t’aiderai avec plaisir.

    Cordialement,

    Louis

  2. Ca va te sembler con ce que je vais dire, pas grave, je le dit et l’assume:
    Le handicap devrait être appris a l’école!
    Sincèrement combien d’entre nous ont fréquente des enfants avec un handicap a l’école?
    Durant ma longue scolarité, pas d’enfant sourd, aveugle, en fauteuil roulant, rien!
    Je comprend ta colère et je crois qu’il faut que le handicap rentre plus dans nos vies pour que l’on sache comment faire!

    1. Je suis complètement d’accord avec toi. Je dirais même que ça devrait être dans le programme de l’éducation nationale, quelques heures durant une année scolaire pour expliquer le handicap aux enfants, ça ne ferait pas de mal… Un peu comme l’éducation civique par exemple ? (c’est toujours d’actualité tiens ça ? )

      Idem pour la sensibilisation dans le monde de l’entreprise. Y’a du boulot !!!

  3. C’est exactement ce que j’essaie de faire lorsque je me retrouve devant des personnes malentendantes et lorsque c’est un non voyant, j’essaie également de réagir au mieux face à son handicap… Pas toujours facile, car je crains de mal faire…
    Il faut continuer à écrire des billets de ce genre, ça aide 😉 !

    1. C’est toujours bien d’avoir des personnes bienveillantes autour de soi, ce n’est pas toujours évident à gérer (dans les deux sens) mais merci à toi d’être là 😉

  4. C’est si bien exprimé, merci Sophie de nous faire partager ta vie de sourde, même si je la vis aussi mais ça fait du bien de te lire.

    Bisous forts

  5. titsev a raison … on devrait apprendre le handicap à l’école
    et je comprends Ô combien ce que tu ressens …
    je le vois bien les gens qui s’adressent à ma soeurette et qui se plantent carrément , parfois même sans s’en rendre compte ou par simple timidité aussi c’est vachement con mais je le vois bien aussi !
    et de me rendre compte aussi qu’elle ne capte pas toute une conversation en groupe me fend le coeur et très souvent je surveille qu’elle puisse elle aussi participer …plein de bises
    poppy

  6. Merci de tes articles sur ton blog.
    Il y a des choses que les entendants ne peuvent pas deviner et que tu mets en mots avec beaucoup de brio.
    J’aime ta démarche de prendre le temps d’expliquer, même si cela doit faire des dizaines et des dizaines de fois que tu le fais…
    C’est ainsi que nous nous comprendrons mieux les uns les autres et que nous pourrons être bien ensemble. :o)

  7. Et si tu envoyais le lien vers ton article à ton équipe un peu sourde ? C’est difficile de savoir ce qui convient le mieux pour une personne handicapée. Tu n’échapperas pas aux conversations Ping Pong, qui peuvent être très chiantes même quand on entend tout d’ailleurs. Vraiment je te conseille de faire part de leur maladresse à ces gens qui partagent de ton temps. Ils comprendront, je pense. Et s’adresseront à toi d’une meilleure façon. Il faut les éduquer et ils seront fiers si ensuite si tu leur fais savoir que c’est mieux.

    1. Otti otta, je pourrais mais c’est pas toujours évident. Je privilégie le face à face.
      Ce blog me permet de noter les choses qui vont pas, d’en faire part aux autres, c’est une échappatoire pour moi, qui permet de relativiser, de me rendre compte que ca arrive souvent, que les personnes « un peu sourdes » comme tu dis, il faudrait leur dire et les éduquer (le mot est fort quand même je trouve !)

      Les gens que je connais, que je fréquente, lisent mon blog ou tombent un jour dessus et ils s’en rendent compte par eux-même. C’est encore meilleur !

      J’en viendrai à bout, si si. Il y a un temps pour tout. Un temps pour râler, un temps pour relativiser, un temps pour s’exprimer, et un temps pour expliquer … 🙂

  8. Mais éduquer n’est pas trop fort, ni péjoratif. L’éducation est une chose magnifique. Élever c’est beau aussi. J’éduque mes enfants, essayant de les élever le plus haut possible ! En tous cas, courage et oui, tu devrais en venir à bout. Merci pour tes témoignages.

  9. Courage Cybie, c’est pas facile tous les jours surtout quand on est tellement bien intégrées… On aura toujours des moments de solitudes et des coup de blues mais on a la chance d’être bien entourées. 😉

  10. Je sais pas où laisser mon commentaire, alors je le fais ici… Merci de partager tout ça ! Je suis tombée par hasard ici, venue de chez Knitspirit, pour voir à quoi ressemblait le poncho que tu es en train de tricoter… et là, je découvre ce témoignage si fort et important. J’ai eu la chance d’avoir une collègue sourde, c’était très enrichissant même si je regrettais que nos échanges soient si rares. Toujours à courir, des journées surchargées et pas aussi simple avec le handicap de papoter en groupe, pour toutes les raisons que tu dis.
    Moi, j’ai tendance à parler doucement (je suis une grande timide, en fait) et avec elle, c’était génial, elle me comprenait bien quand même 🙂 – il paraît que j’articule bien. Tous les petits trucs qui facilitent les échanges (ne pas se mettre à contre-jour pour lui parler, dans nos bureaux qui étaient bien sombres, utiliser l’alphabet en langue des signes quand j’avais du mal avec un nom ou un mot), c’est son collègue de bureau entendant qui me les a appris. Il suffit parfois de si peu pour aller vers l’autre… et on est si désarmé même quand on veut bien faire – et j’avais le bureau d’à côté donc les gens qui criaient pour qu’elle « entende », je pouvais pas les rater. 😛
    Depuis, j’ai déménagé et je l’ai perdue de vue mais je ne l’ai pas oubliée…
    Continue de parler de tout ça, c’est important.

    Et moi aussi, je trouve qu’on ne rencontre pas suffisamment de personnes handicapées ; du coup, on ne sait pas comment réagir et on commet plein de maladresses. Dès qu’on connaît « vraiment » quelqu’un, qu’on peut se dire « elle est comme *** », on ne s’arrête plus au handicap mais on voit la personne avant tout et l’échange devient tellement plus simple.

  11. Merci de donner ton point de vue. Pour nous c’est l’inconnu alors on arrive pas vraiment à s’imager comment faire. Je suis sûre que tu vas éclairer plein de lanternes 🙂 Depuis un moment je m’efforce d’essayer de lire sur les lèvres mais j’avoue c’est très dur… Et je sais même pas par où commencer pour apprendre…

  12. Bonjour
    Je viens de lire votre article, et j’ai l’impression que c’est ma vie depuis quelques années.
    J’ai 48 ans, et j’ai découvert il y a une dizaine d’année que je perdais mon ouie( c’était surement héréditaire, et sans rémission au contraire), il y a 6 mois controle, il ne me reste que 50% environ d’ouie correcte (sans compter les sifflements, bruits bizarre dans les oreilles)
    Je suis malheureuse:tous les jours , je dois répéter que les gens doivent me regarder, pour que je puisse lire sur les lèvres, que s’ils me tournent le dos, s’ils cachent leur bouche ou n’articulent pas je ne comprends pas, j’entends le son de leur voix, mais pas les mots.
    Je suis fatiguée, de répéter, et répéter. Les gens commencent à en avoir marre de mon souci, et moi aussi, au point de ne plus sortir, d’éviter les réunions de famille, même de parler, car je suis fatiguée de faire répéter.
    Je ne peux même pas me payer les appareillages, qui coutent une fortune, et comme je ne travaille pas, et que mon taux d’handicap est moins de 50% je n’ai pas beaucoup d’aide.
    Alors je comprends tout à fait ce que vous écrivez

  13. Je vis ça, à 46 ans, surdité évolutive d’origine familiale, appareillée depuis 12 ans environ… 60 à 70% de perte environ aujourd’hui…
    J’ai tendance à beaucoup me replier sur moi, au boulot je travaille sur des dossiers et je dois dire que j’évite beaucoup les contacts humains désormais. Le mail est une aide, mais il est aussi une source énorme de malentendus, il n’y a pas de solution miracle pour remplacer la parole et l’ouïe (surtout quand on l’a connue).
    On ne parle pas assez de l’énorme retentissement du handicap auditif sur la vie relationnelle. Humiliations, énervements, malentendus, c’est permanent. Au travail, dans les lieux publics, jusque et y compris dans les cabinets de médecins qui ne sont pas du tout sensibilisés au handicap auditif (combien de fois ne faut-il pas leur faire répéter… sans compter l’obligation de passer par le téléphone pour les rdv… à l’heure du sms, du mail…).
    C’est pourquoi je crois qu’on y arrivera quand il y aura une véritable éducation du public aux comportements à adopter : caissier-e-s, guichetier-e-s, toutes personnes en contact avec le public, chargé-e-s d’accueil où que ce soit. Et bien sûr, employeurs et collègues. Le chantier est immense!
    J’ai été juriste dans une vie antérieure, habituée justement aux conversations ping-pong, à la tchatche, à la nécessité d’argumenter et de répliquer vite et bien (au tribunal, ça ne pardonne pas dans le cas contraire). C’est humiliant d’en être aujourd’hui à réagir avec 3 heures de retard, voire à comprendre de travers et passer à l’occasion pour une arriérée mentale. La surdité est une prison intérieure qui vous éteint à petit feu. Avant moi, j’ai vu mon père, personnalité magnifique, charismatique, ouvert et bavard devenir un ectoplasme à cause de sa surdité.

  14. Eduquer, ce n’est pas remplir un vase mais allumer un feu.
    Sel, Sylvie, vous êtes dans mes pensées.

    Sylvie, où habites-tu ? si c’est à Paris ou la banlieue, il existe une association l’ARDDS, avec des groupes de parole, avec qui tu aurais peut-être bien des choses à partager.

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