La piscine

Quand je vais à la piscine, je ne prends que le strict nécessaire. Une serviette, une bouée, des lunettes.

J’arrive donc dans le silence à la piscine, je communique avec la caissière de la piscine comme une parfaite personne valide puisque j’ai  fait le choix de laisser mes appareils a la maison. ma surdité est un handicap qui n’est déjà pas très visible. Pour le coup ici, elle est invisible.

Mes appareils auditifs ne sont pas de la partie puisque ces derniers craignent l’eau. Je bichonne mes appareils comme si c’était des bijoux en or.
Ça ne vous viendrait pas à l’idée de laisser l’équivalent de 4 iPad dans le casier de la piscine ? Ben moi non plus !

Quand je suis dans la cabine, je suis un peu immergée dans mon silence. Plus de contact visuel.
Imaginons quelqu’un qui veuille me prévenir d’un incident grave ou me parler.
Je suis dans ma bulle.
Au courant de rien.
C’est un peu risqué pour ma sécurité et celle des autres quand on y repense.

 

Au bord du bassin, je ne distingue pas la puissance de ma voix.
Parfois je ne parle pas assez fort ne sachant pas quel est le niveau sonore de la piscine. Ce niveau sonore qui change à chaque piscine, qui dit nouvelle piscine dit nouvelle adaptation.

Comment je surveille mon fils par exemple ?
A peine 5 ans, il ne sait pas encore nager, et est très actif.
Mon seul moyen c’est de l’accompagner partout.
Jamais je ne le lâche des yeux, toujours aux aguets. J’ai presque le comportement d’une gosse de 5 ans.

Ne pas entendre les ploufs dans l’eau, ni quand on m’appelle. Je suis parfois interpellée et bizarrement les gens n’ont jamais relevé que je n’entendais pas même si je mettais du temps à répondre.

Quand je vois les maîtres-nageurs avec leur sifflet, je souris doucement quand je repense que je me pourrais me faire siffler pour mon comportement de gosse de 5 ans. Ils pourraient siffler longtemps. Peut-être qu’il faudrait que j’aille me signaler en tant que personne sourde ou alors porter un maillot de bain qui a une oreille barrée.

En fin de compte, j’aime bien ces lieux pour l’étendue d’eau, pour les personnes que j’accompagne mais pas pour le silence, pas pour la fatigue que cela peut engendrer malgré ma surdité.

 

7 pensées sur “La piscine”

  1. Franchement je trouve ça super courageux !! Ça doit être très fatiguant d’être sur le qui-vive comme ça tout le temps.
    Ce qui est fou c’est d’un côté de voir autant de technologie partout et de se dire qu’on n’est pas capable de faire des appareils waterproof -_-‘

  2. Bonjour, je découvre ce blog et c’est un véritable régal de lire des situations vécues tellement similaires aux miennes!
    Sur cette thématique, je me suis aussi souvent demandé si je devrais annoncer ma surdité. Quand je suis accompagnée par des entendants, ce sont eux qui avertissent si nécessaire. Mais même seule, la plupart du temps, je ne dis rien, je fais confiance à mes « antennes » et à mon sens de l’observation « grand angle ».
    Au grand plaisir de lire le prochain post!

  3. Bonjour

    Dans ces mots, je retrouve des similitudes avec mon expérience à la piscine.
    Je ne suis pas sourde mais maman d’une petite fille de 6 ans, sourde.

    A la piscine, je la fixe en permanence,reste à ses côtés car si je l’appelle, elle n’entendra pas, ne me verra pas… bien trop occupée à profiter du moment.
    Alors à la suivre, je fais comme elle, je suis comme une fille de 6 ans…

    Certaine doivent surement penser « quelle mère poule ! elle pourrait la lâcher un peu !…  » D’autres personnes peuvent lui parler et elle ne répondra pas « quelle impolitesse ! » pensent-ils surement… surtout si elle me parle (plutôt bien) juste après.

    Devrais-je aussi lui mettre un maillot de bain avec une oreille barrée ?

    « Au bord du bassin, je ne distingue pas la puissance de ma voix.
    Parfois je ne parle pas assez fort ne sachant pas quel est le niveau sonore de la piscine. » Difficile situation et surtout le cas inverse, trop fort et tout le monde se retourne…

    Que faire ? lui expliquer doucement ces efforts qu’elle devra faire toute sa vie, ou la protéger encore un peu car elle est petite et aura bien assez de temps pour s’en rendre compte.

    Je partage pour des raisons différentes ce point de vue : « En fin de compte, j’aime bien ces lieux pour l’étendue d’eau, pour les personnes que j’accompagne mais […] pas pour la fatigue que cela peut engendrer »

    Merci Sophie pour ces témoignages qui sont parfois des aides, parfois des soulageants et des encouragements pour une maman comme moi d’une petite fille comme toi.

  4. Ca fait longtemps que je ne fréquente plus les piscines à cause de ça, c’est très courageux en effet! Tout ce qui implique de l’eau en public me fait un peu fuir, rapport aux appareils auditifs… Vous savez ces jeux d’été où on se balance le contenu d’une bouteille d’eau bien fraîche (ou le tuyau d’arrosage) et si possible en essayant de surprendre la personne… rires, hurlements, bons moments… aujourd’hui surtout, crainte que ça n’arrive alors que j’ai mes appareils, alors je préviens dès que je suis dans une de ces situations, il faut briefer tout le monde et surtout les enfants…
    Egalement l’épreuve du coiffeur (certes moins dure que la piscine), j’y suis revenue après des années et des années sans, il a fallu expliquer à l’avance que je n’entendrai rien, que je viendrai sans les appareils (pas envie de les enlever sur place), et que nous ne pourrions communiquer que par gestes, et au besoin j’aurai un petit calepin. Heureusement, je suis tombée sur une personne intuitive et sympa comme tout, tout s’est fait par regards et par gestes, un très beau moment. Mais qu’est-ce que j’ai appréhendé avant de décider à y aller…
    Pardon pour cette tranche de vie…

  5. Une remarque sur le commentaire de ‘sel’ :

    Je suis très peu handicapé, mais déjà appareillé depuis six mois (moi aussi pour une surdité évolutive héréditaire comme vous ‘sel’). Et pour être sincère, ça ne me gêne pas du tout de quitter mes appareils devant tout le monde : après tout, qui s’offusque qu’on chausse ou qu’on quitte des lunettes ?

    Et dans l’open-space où je suis actuellement, la clim fait un tel bruit que c’en est presque reposant, j’entraperçois parfois des regards presque envieux, parce que moi, au moins, je peux minimiser le bruit.

    J’ai décidé à coups de méthode Coué de continuer à prendre les choses du bon côté, même si ce n’est pas forcément facile 🙂

  6. Vous touchez un point sensible, le handicap auditif est bien moins accepté que le handicap visuel, moins mis à jour, montré, assumé. Espérons que les choses changent, surtout compte tenu du nombre plus important de déficients auditifs qui se profilent…
    J’ai aussi un avantage sur les bons entendants, dans le métro, quand quelque chanteur énervant vient nous jouer sa rengaine (fréquent hélas), j’appuie sur le bouton de ma télécommande et je plonge dans le silence :))
    J’ai connu le travail en pièce partagée, en pièce bruyante (donnant sur un boulevard très bruyant) et c’est pas facile avec des appareils qui parfois ne discriminent pas suffisamment les sons. Il existe maintenant des appareils qui permettent des réglages plus fins, et surtout plusieurs programmes sur lesquels on peut passer selon les situations (position sons ambiants atténués, position parole dans le bruit, position « t », etc.).

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