La visite post-opératoire

Un silence assourdissant

Aujourd’hui était le grand jour où on enlevait les strips qui avaient été posés lors de l’opération et recouverts d’une compresse changée quotidiennement. Déjà 7 jours que j’ai été bi-implantée !

Le trajet

Je me suis préparée tranquillement ce matin un peu au ralenti à cause de la mauvaise nuit que j’ai eue à cause de la douleur qui est aléatoire selon les moments. Partis en avance sur l’horaire, car je ne savais pas comment j’allais gérer ce premier long trajet dans le silence et en dehors de la maison.

À chaque fois que nous prenions un transport (bus, rer, métro), il y avait des places assises. Je me suis économisée pour être en forme à l’arrivée et pas avoir à gérer les tournis éventuels. Sensation très bizarre par rapport à d’habitude : ne pas entendre le moteur du bus, le ronronnement du RER, le roulis de l’escalator, … Mon conjoint guettait mes réactions.

Quel bonheur quand j’ai senti la vibration du RER arrivant à quai sans le regarder. Mon mari m’a regardée et m’a souri en me disant « moi aussi, je l’ai senti !! »
Marcher dans les couloirs venteux à Nation et ne pas entendre le vent, sentir le vent rentrer dans mes conduits auditifs jusqu’alors fermés par des embouts. Quelles sensations nouvelles ! Parler sans avoir la possibilité de mesurer le niveau sonore que je dois donner à ma voix car je ne sais pas quel est le bruit ambiant au moment où je parle. C’est une expérience qui est spéciale puisque tu peux dire des trucs où tout le monde entend ce que tu dis sans que tu t’en rendes compte, autant faire attention à ce qu’on dit.

La visite

Arrivée à l’hôpital, je prends contact avec la secrétaire pour lui dire que je suis là pour le rendez-vous. On discute un peu, comme avant l’opération. La lecture labiale est bien utile à ce moment.

Un mélange d’excitation et de stress, car suite à mes soucis post-opératoires je ne savais pas trop ce qui m’attendait à la visite par rapport aux cicatrices. Une seule me faisait mal.

Mon tour arrive. Nous suivons la chirurgienne dans une pièce équipée pour les soins. Je suis invitée à m’asseoir sur le fauteuil ORL, un peu soûle de tout ce mouvement silencieux  pendant ce trajet. Après un échange rapide sur les vertiges, les douleurs, la convalescence, je lui dis que finalement aujourd’hui est la première journée depuis ma sortie où je me sens à peu près bien. Les strips sont retirés délicatement mais la douleur est présente à cause de la sensibilité. 🙂

Première fois que quelqu’un d’autre que moi touche ces cicatrices et mon crâne de manière aussi directe, je me rends compte que j’ai plus peur de la douleur que du contact. Une fois les cicatrices nettoyées de la colle des strips, je me rends compte que c’est encore bien sensible et douloureux. C’est moins gonflé. Je commence à pouvoir distinguer la forme de l’implant cochléaire juste en effleurant mon cuir chevelu.

Finalement, je m’en sortirai avec une cicatrice qui s’est remise parfaitement, l’autre ayant une inflammation, un traitement antibiotique un peu costaud (le canapé va me voir un peu encore cette semaine) et nettoyage à la bétadine tous les jours…
Ça devrait rentrer rapidement dans l’ordre. Pas de possibilité de me laver la tête intégralement mais que d’un côté, je devrais pouvoir arriver à trouver un moyen pour avoir les cheveux propres.

La décision de me faire couper les cheveux aussi courts aura été finalement rentabilisée plus que je le pensais en terme de confort. Il y a eu qu’un tout petit rasage du côté des oreilles mais qui ne se voit pas finalement. J’en suis contente.

Je lui demande si c’est normal d’avoir cette impression que mon cerveau essaie de me redonner les sons correspondant à certaines choses, elle me répond qu’il arrive que le cerveau fasse ce travail de restitution. Je l’interroge sur la sensibilité des pavillons des oreilles, je ressens bien le lobe mais pas le haut de l’oreille. Ca devrait également rentrer dans l’ordre. Dans combien de temps, ça on ne sait pas. Tout est variable d’une personne à une autre.

Je lui dis que le goût du plastique dans la bouche est désagréable. Elle s’étonne et me demande si ce n’est pas un goût métallique. La plupart des personnes implantées m’avaient parlé de ce goût métallique. Mais pour moi c’est du plastique, tout ce que je mange au delà de la deuxième bouchée, a une sensation de nourriture « filmée ».
Autant dire que l’appétit, il retombe vite !
Pourquoi ce goût spécial dans la bouche ? Durant la pose de l’implant cochléaire, ils doivent passer près du nerf gustatif… voilà pourquoi. Ce n’est que temporaire.

Je m’étais posée la question concernant les douleurs à la mâchoire, j’ai désormais ma réponse ! Ce n’est pas dû principalement à l’intubation pendant une longue durée mais aussi à la partie interne de l’implant cochléaire est glissée entre les 2 muscles de la mâchoire (je n’ai pas les noms exacts), d’où les douleurs quand on ouvre la bouche. 🙂

Le retour

Je repars avec mon mari. Sereins, nous avons été déjeuner, histoire de se poser un peu, loin du stress de l’opération. Nous discutons, je lui fais remarquer que rien n’a changé entre nous, que c’est comme d’habitude sauf que je suis dans un silence total. À un moment, j’ai parlé un peu trop fort et tout le monde m’a entendue mais ça je pouvais pas le prévoir.

Retour en métro, arrivés au terminus de Nation,  je suis surprise par la vibration de l’annonce sonore. Il me regarde et me dit « Terminus, le métro a juste annoncé Terminus ». On se rend compte que le son est tellement fort qu’il est réverbéré dans les parois du métro.

Paris sans le son, c’est comme Paris sans voiture. C’est bizarre, c’est inhabituel, ne pas entendre les voitures qui roulent, ne pas entendre le métro aérien qui avance, … c’est inhabituel.

C’est une bonne journée finalement, j’ai le cou complètement endolori ce soir, je ne l’avais pas autant utilisé depuis ma sortie d’hôpital. Je suis à J-13 jours de l’activation de mes implants, avant de repartir à la découverte d’un nouveau monde sonore.

Le meilleur moment

Le meilleur moment de la journée a été quand mon fils est venu me faire un câlin, à 9 ans, les câlins sont chers, très chers !
Il me regarde d’un air un peu spécial et me demande s’il peut toucher ma cicatrice alors qu’en rentrant il n’y avait pas donné trop d’intérêt.
Je lui dis que c’est encore sensible, je prends sa main pour survoler mon cuir chevelu et ma cicatrice en expliquant qu’il faut pas appuyer. Ça fait comme une bosse comme si je m’étais cognée et que j’avais un bleu.

Ce fut la deuxième personne de la journée à toucher mon crâne, et la sensation n’a pas été la même. Il a situé la partie arrondie de l’implant lui-même. Parce que c’était mon fils et il a réalisé ce qui s’est passé. C’était important pour moi, car on ne parle jamais des enfants des adultes sourds implantés, c’est encore trop peu fréquent.

« Ah oui, maman, je vois ce que tu veux dire maintenant quand tu parles de tes implants ».

 

 

 

 

3 pensées sur “La visite post-opératoire”

  1. Coucou Sophie ! Tout est  » clair comme de l’eau de roche  » Tes explications nous sont très précieuses . Je t’embrasse très fort ( non, pas trop fort pour ne pas te faire mal !…)

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