L’envers du décor de l’implant cochléaire

Ce billet est un peu spécial, j’exprime ce qui ne se dit pas sur la toile. On lira toujours que l’implant cochléaire est un outil merveilleux, magique, que c’est un outil qui fait renaître les personnes qui ont perdu l’ouïe.

On est dans une époque où la positive attitude est privilégiée et c’est tant mieux.

L’envers du décor, on ne l’exprime pas ou très peu.

Il y a des choses qui sont occultées à moins que j’aie mal cherché. C’est certes négatif mais parfois il faut dire les choses telles qu’elles sont. Il faut avoir le cran de le dire je pense.

Il faut avoir le cran de dire
que oui j’ai eu mal à la tête,
que oui les parties internes m’ont fait souffrir au début,
que oui parfois c’est dur (il y aura toujours des moments avec et des moments sans),
que oui ça va mieux,
que oui le pire est passé (ça, je ne sais pas…),
que oui il faut arriver à dompter le mental désormais.

Il y a des moments difficiles, très difficiles à tel point qu’on doit serrer les dents pour supporter, pour encaisser tous ces bruits qui nous entourent.

Ces bruits que je redécouvre chaque jour depuis 9 mois. Si je devais lister tout ce que j’entends, la liste serait longue, très longue. J’ai d’ailleurs arrêté d’écrire parce qu’il y en a trop. Ces bruits ne sont pas forcément pertinents au quotidien mais sont occultés par les personnes qui entendent depuis leur naissance.

Le monde est bruyant, plein de sonorités.
Certaines sont merveilleuses à entendre, d’autres sont désagréables.
J’avais été prévenue que ce serait un bouleversement total (mais pas à quel point par contre, c’est propre à chacun). J’ai apparemment une sensibilité sonore élevée. Difficile de supporter tous ces sons qui se répètent, qui sont provoqués par chacun de nos mouvements. Il y en a tellement.

Moi-même, encore aujourd’hui, j’arrive à me faire surprendre par ma respiration, mon souffle. Je sais que je ne peux pas arrêter de respirer mais parfois je m’arrête uniquement pour voir si c’est bien ce son que j’entends en permanence et qui fait partie de moi. La respiration, certains méditent pour s’entendre respirer. Je pourrais dire que je médite toute la journée, je m’entends respirer. 🙂

Mes implants cochléaires, je les aime parce qu’ils m’apportent ce qui me manquait : le son. ♥

Il m’arrive de me « débrancher » de temps à autre dans la journée pour me retrouver dans ma bulle de silence, dans ma bulle d’air qui me permet de mieux rebondir après. Revenir au monde sonore après avoir été dans le silence quelques heures reste encore difficile. Je ne sais pas comment je peux faire pour que la transition soit plus douce. Cependant je me rends compte qu’il m’est difficile de m’en passer. Je ne peux pas communiquer sans, je me sens amputée d’un sens.

Jusqu’à présent, j’ai tenu, j’ai serré les dents pour y arriver. J’ai fait beaucoup de progrès mais je suis arrivée à un point où c’est tellement dur d’entendre, de supporter tous ces sons que je serre les dents à chaque passage de voiture dans la rue tellement que je trouve le son fort alors que mes implants cochléaires sont réglés au volume minimum, que je pleure de lassitude, de fatigue, de ne pas arriver à voir le bout de ce foutu tunnel.

Soyez certains, je n’ai aucun regret concernant ma décision.
J’attends avec impatience le prochain réglage pour améliorer tout ça et rendre les choses un peu plus douces.

Je n’avais pas imaginé que ce serait aussi dur, encore aujourd’hui 9 mois après. #newsophie #newsound

 

16 réflexions sur « L’envers du décor de l’implant cochléaire »

  1. Je vous suis depuis un certain temps et j’étais vraiment loin d’imaginer ce que pouvait être le monde du « sonore » (je suis entendante). Il est vrai que pour nous qui sommes baignés dans cet univers depuis notre naissance, ne faisons absolument plus attention à certains bruits. Notre cerveau a je pense travaillé afin que certain ne nous perturbe pas dans notre quotidien. Il y a plein de choses que nous n’entendons pas alors que le son est bien présent (je pense au passage que vous décrivez avec la respiration).
    Je pense aussi comme vous que oui il faut aussi parler du côté difficile de l’implantation. Car lorsque nous avons des médecins qui en parlent, ils ne donnent absolument pas les « inconvénients » qu’il peut y avoir en terme de douleurs et autre.
    En tout cas, je vous trouve courageuse et je vous souhaite de trouver votre équilibre « sonore ».

    1. Merci pour votre commentaire. Oui, il faut en parler même si ce n’est pas habituel.
      Cependant, il faut je pense trouver le juste milieu pour exprimer tout cela sans pour autant effrayer les « futurs implantés » …
      En tout cas, j’espère que mon témoignage aidera d’autres personnes.

  2. Coucou
    En te lisant j’ai fait un test, et en effet, alors que je suis « au calme » à la maison, c’est fou le nombre de sons que j’entends simultanément : le vent dans l’arbre par la fenêtre, une voiture qui passe au loin, la radio à l’étage, mes doigts sur le clavier, les clics de ma souris, le bip d’un message Skype, mon chat qui s’étire sur le canapé, mon propre souffle, un avion dans le ciel, et en même temps je me dis « Qu’est-ce que c’est calme ! ». Tous ces sons sont des sons faibles pour moi. Alors oui j’imagine à peu près que ce tu ressens à chaque son, tous ces sons que tu ne connaissais pas, que tu découvres un par un ou plutôt tous en même temps. Ton cerveaux n’est sans doute pas habitué à autant d’informations simultanées, et tout cela doit te sembler un véritable capharnaüm !! Que dires des bruits de la ville ou d’une foule ?? De quoi donner des maux de tête en effet !!
    Je me rends compte à quel point des choses toutes simples auxquelles je ne fais même plus attention peuvent être très dures à gérer pour toi. Mais je suppose que ton cerveaux va finir par s’habituer à toutes ces infos, à faire le tri des sons isolés, et à les rendre plus tolérables, voir agréables. Que tu finiras par ne plus faire attention non plus. C’est comme quand on change d’environnement et que l’on perd ses habitudes, on cherche ses affaires, ses repères, et puis on s’habitue, on reprend ses marques un peu plus chaque jour.
    Tu vas te créer tous ces repères petit à petit j’en suis sure, et oui 9 mois c’est long mais c’est sans doute trop peu pour autant de choses à mémoriser, à accepter et à tolérer, voire apprécier. La patience, oh oui il doit t’en falloir, mais ça va aller mieux !! Tu es entrain de gravir l’Everest par la face Nord ! Mais tu finiras par arriver au sommet. Tu as eu le courage de franchir le pas et les baisses de moral me semble tout à fait normales, mais tu vas y arriver. Tiens bon, et « débranches » si besoin pour faire des pauses.
    Je te souhaite encore plein de courage à toi Sophie !!!
    Gros bisous

    1. Une maison c’est bruyant mine de rien quand on fait attention. Je n’ose pas imaginer en appartement.
      Je ne savais pas qu’un chat qui s’étire ça faisait du bruit … Faudra que j’écoute ça !
      Merci pour ton message <3

  3. Merci de tes billets qui nous apprennent tant de choses. Certaines, qui nous paraissent naturelles, d’autres qui nous surprennent tant ce dont tu parles nous semble évident. D’autres encore nous ont progresser dans la connaissance de la surdité (et ce n’est pas le moins intéressant). Ton courage nous rend admiratifs, bref on a envie que tu continues à nous abreuver de ton expérience.

    Amicalement

  4. Hello,
    Pas facile d’être à la fois objectif et positif ! En France, on a plus tendance à être négatif, et crois-moi, voir le bon coté des choses ne nous vient pas facilement, mais c’est un plaisir quand on y arrive.
    Je comprends que tu débranches de temps en temps, car étant entendant il y a des fois où je souhaiterais pouvoir le faire, pour me reposer, me concentrer…

    Bises,

    –Tristan

  5. J’ai souffert énormément quand j’ai porté des appareils auditifs au début (je suis une « devenue malentendante ») parce qu’à l’époque (il y a 15 ans +) ils étaient moins performants et ils amplifiaient tout sans discriminer, je n’avais pas de télécommande et je ne pouvais pas changer de programme. Ca me rendait agressive et il ne me tardait que de rentrer chez moi pour enfin les enlever. Je travaillais dans un milieu bruyant et nous donnions sur un boulevard bruyant aussi, dans une pièce pas insonorisée du tout. L’enfer.

    Aujourd’hui encore je saute très vite sur le 2ème programme qui me permet de baisser immédiatement le son (mais les appareils trient aussi beaucoup mieux et je n’ai plus ce son métallique et comme dans un caisson, très anxiogène, de mes anciens appareils).

    Pour dire que même si l’expérience est différente, je comprends un peu ce que tu veux dire.

    Peut-être faut-il en effet que tu débranches par moments, le son doit t’apporter et non pas devenir un tyran qui se rappelle en permanence en blessant. Faire une cure de silence par moments, c’est bon. Etre dans le silence dans la rue, c’est une option, même si cela doit te rendre plus vigilante.

    Je vis seule et je ne porte jamais mes appareils chez moi, c’est un choix, et j’aime ce silence, mieux, j’en ai besoin. Faire la vaisselle avec mes appareils me gène, la chasse d’eau me gène (on dirait un torrent de montagne, mais sans le charme 🙂 et plein d’autres choses encore.

    Courage et… débranche, c’est un droit 🙂

    1. Merci pour ton message. L’expérience est en effet différente. Si je suis arrivée à ce temps où je ne supporte plus les sons, c’est que le réglage ne convient plus.
      Les réglages d’implants cochléaires varient des appareils auditifs, d’autant plus que ce n’est pas une amplification de son mais une simulation du nerf auditif… Je sais pas trop comment expliquer ça de manière claire.
      Quant à être « débranchée » à mon domicile, ce n’est pas possible. J’ai une famille et je vis avec eux 🙂
      Cependant, oui je débranche de temps à autre quand c’est réellement nécessaire. Faire une pause pour mieux revenir !

  6. Billet intéressant et enrichissant!
    J’adhère pour les sons qui peuvent être fatigants ou/et désagréables.. De mon côté, je garde mon réglage au même programme même si j’ai changé de contours qui deviennent plus puissants et performants, même si on m’a proposé plusieurs programmes différents et plus puissants. Je préfère le confort sans pour autant être couper de tout! Durant ces vacances à la montagne, j’ai découvert le son des criquets (après 12ans de port d’implant) :p
    Bref il faut beaucoup de courage et un mental fort…
    Tu vas y arriver! 😉

    1. Les criquets après 12 ans d’implant, whaou, t’es patiente. Je les ai entendus il y a peu… 😉 C’est chouette 5 minutes après c’est gonflant je trouve ! Merci pour ton message, bisous.

  7. J’ai beaucoup apprécié votre article ainsi que les commentaires. Appareillé depuis longtemps avec une oreille gauche HS (plus d’osselets et une prothèse interne de remplacement en titane qui a fonctionné … 9 mois), le chirurgien me propose une implant invisible Bonebridge. J’hésite car j’aimerai connaitre des témoignages objectifs (tels que le vôtre) avant de me faire opérer pour xième fois. L’autre oreille est appareillée en intra et sans l’appareil : c’est le black-out. Actuellement, la compréhension en environnement bruyant est très loin d’être agréable pour moi (qui ne comprend pas grand chose faute d’entendre… mais je fais semblant avec tous les risques d’être ‘à côté de la plaque’) comme pour les autres qui se lassent de me répéter la même chose plusieurs fois… d’où ‘Isolement’.
    Courage à toi et merci à tous de me rassurer…ou non !

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