Salut Claude !

Jeudi était était une journée particulière. Je me suis levée ce matin-là sachant que je te verrai pour la dernière fois.

Quelques kilomètres avant l’arrivée, le nœud au ventre se faisait de plus en plus présent… Le stress, l’angoisse de revoir tous les membres de ma famille que j’aime, ne pas me laisser envahir par ma tristesse à leur vue.

Je suis arrivée là où tu reposais entouré des personnes que tu aimais. Ma tante et mes cousins étaient à tes côtés, très courageux. La pièce sentait le lys très fort. Tu avais l’air paisible malgré les traces des traitements médicaux que tu avais reçus ces derniers mois. Tu étais beau dans cette jolie chemise bleue à carreaux vichy et ce pull bleu.
C’était toi. Tonton Claude. Même si tu avais changé depuis l’été dernier.

C’était une belle journée ensoleillée, un soleil de plomb, l’église de Saint-Jean-de-Monts sonnant le glas à ton arrivée avec tout ce monde venu pour un dernier au revoir sur le parvis.
Retrouver des visages familiers durant ces moments, partager la douleur de ton départ trop tôt, trop injuste mais libérateur. J’ai recommencé à craquer quand on t’a suivi dans l’église, rester forte malgré tout.

La cérémonie était très belle, j’ai été un peu submergée de petits papiers lors de l’entrée dans l’église. Les personnes qui avaient rédigé un petit texte, n’avaient pas oublié de m’en transmettre une copie que mes cousins m’ont remises au fur et à mesure ainsi que ma tante. J’ai été touchée par ces gestes de sympathie durant ces moments difficiles. Je me suis sentie vraiment avec eux, à partager la même chose au même moment, sans décalage. Aux dernières obsèques familiales, j’étais à côté de toi, tonton Claude, ça avait été difficile pour toi mais aussi pour moi …

Je me suis un peu perdue dans mes feuilles, j’en avais un peu partout, dans la poche de mon manteau, dans mon sac. Entre les mouchoirs humides et ces feuilles, il fallait que je fasse tout de même attention à ne pas faire trop de bruit. Pas évident dans une église surtout durant les moments de silence,  il y a généralement une bonne acoustique…

Avant même d’entrer dans cette église, je ne savais pas qu’il y avait la possibilité d’un accès en fauteuil roulant. Durant la cérémonie, j’étais assise face à la place réservée aux fauteuils roulants.
J’ai souri intérieurement, tu m’aurais dit que j’avais choisi la meilleure place. C’est plutôt une chose rare de trouver une empreinte de fauteuil roulant au sol dans une église. Ce sont des lieux auxquels on ne pense pas forcément à rendre accessibles et ce n’est pas toujours évident à faire pour des raisons de bâti. Je me disais que c’était fou d’être à cette place pour ton départ pour toujours.

J’étais à côté de toi, Tonton Claude. La meilleure place.

La place était effectivement réservée aux fauteuils roulants, face aux deux pupitres sur la scène, à côté du cercueil. La première rangée de bancs était décalée par rapport à la seconde. L’un des deux pupitres était caché par un cierge. C’était un peu compliqué pour suivre, mais j’ai suivi comme j’ai pu … avec de temps à autre, mes pensées qui étaient un peu plus loin pour me permettre de me concentrer sur le nécessaire, mes yeux regardaient les lieux,  PetitM. qui se promenait insouciant, ce petit garçon était le rayon de soleil de la journée accompagné de sa petite cousine.

Le fait de m’être retrouvée à cette place dans cette église de province, dans cette ville que je connais depuis ma tendre enfance, n’a fait que de renforcer mon attachement à l’accessibilité.

Tu es ressorti sous les applaudissements, ça m’a marquée. Ca m’a montré combien tu étais apprécié. C’est important aussi dans ces moments-là de le savoir pour la famille.

La cérémonie du crématorium était aussi belle que celle du matin, bien plus dans l’intimité, toujours avec des textes qui m’avaient été transmis avant la lecture. Toujours incluse, à partager ce moment avec ma famille. L’arrière plan du décor était digne d’un écran windows, c’était des nuages bleus en décor. C’était reposant, pas angoissant.

Le pot de l’amitié s’est déroulé dans la bonne humeur, comme tu l’aurais voulu. C’était vraiment à ton image. Chacun se déplaçant à loisir, boire un petit coup, échanger des souvenirs, les conneries que tu avais pu faire, qu’on avait pu faire avec toi, les dernières nouvelles.

Cette journée de jeudi était vraiment nécessaire pour te dire au revoir, me préparer à te laisser pour toujours. On sait que tu ne seras jamais bien loin.

T’accompagner ce vendredi matin dans ta dernière demeure a été difficile.
Généralement je trouve les cimetières sinistres, quand j’ai vu ce cimetière où tu allais reposer pour toujours sous le ciel bleu, les pins, le sable.
C’est vraiment une ambiance que tu aimais beaucoup et que nous aimons tous beaucoup pour avoir été souvent à Saint-Jean-de-Monts.
Le maitre de cérémonie est venu, il avait une veste beige.
S’autoriser un peu de couleurs claires, cela a rendu l’ambiance moins lourde. Il a parlé, récité un poème qui parlait d’un voilier qui arrivait, qui partait, qui disparaissait de l’horizon et surtout il a été attentif à tes petits-enfants qui étaient présents. Ca m’a touchée en plein cœur.

Après un dernier au revoir, une rose blanche qui sentait bon que j’ai jetée qui t’a accompagné pour toujours, PetitM. qui jouait avec le sable. J’étais triste de te laisser là, mais sereine. Tu n’as pas souffert, tu es parti comme tu le voulais. Les temps à venir vont être difficiles pour tout le monde, tu vas laisser un grand vide, on va devoir faire face à cette absence. On va y arriver.

Je suis ressortie de ce lieu calme en marchant avec PetitM. en lui tenant la main, en le suivant à la queue leu leu sur les bordures en ciment pour finir par une petite course qu’il a gagnée avec fierté mais qui m’a donné le sourire devant ce petit garçon qui te ressemble aussi quelque part …

Salut Claude !

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