Trouver du travail

Le monde professionnel.
Celui d’avant 2005.
Quoi 2005 ? Date de la loi du 11 février 2005 qui traite entre autre le quota d’embauche de personnes handicapées. Ben oui, sinon c’est pas marrant hein.

Je vais provoquer certains je pense avec ce qui a été écrit.

Arriver dans le monde du travail au moment de la bulle internet, c’était juste chouette. Tout le monde se foutait de savoir si j’entendais ou pas. Il y avait du boulot pour tout le monde. Je pouvais changer de boulot d’une semaine à l’autre. Une bulle ça dure jamais.

Ce qui devait arriver arriva.
Essuyer de nombreux refus parce que l’on est sourd, c’est possible, ça arrive à tout le monde même en n’étant pas sourd.
Entendu via une tierce personne lors d’une prise de rendez-vous, je m’arrangeais pour faire prendre mes rendez-vous par téléphone à ce moment-là. En général, cela se passait relativement bien. Mais parfois …
Ha non c’est pas possible si elle peut pas répondre au téléphone”. WTF ? dans le monde du web ? hum.
Nous ne prenons pas de personnes handicapées” si, si, si on avait eu un magnétophone à ce moment-là, celui-ci il était grillé à la Halde. Discrimination.

Et puis, une personne handicapée c’est pas forcément diplômée hein.
On a le CAP, voire le BEP à tout casser hein … ben non.
Quand tu commences à rechercher un poste qualifié, c’est juste désespérant.
J’ai arrêté de chercher les postes “spécialisés” ou ouvert aux personnes en situation de handicap.

Une fois j’étais prête à postuler pour un poste qui me plaisait bien malgré la distance. Oui, sauf que l’employeur quand il a eu mon CV, il s’est juste dit que c’était pas possible. Que j’étais trop qualifiée et qu’en conséquence je ne pourrais pas être payée à ma juste valeur parce que je suis handicapée.

Recevoir des annonces de l’ANPE qui vous envoie des offres d’emploi pour être “traducteur LSF à La Villette”, j’en rigole aujourd’hui, moi qui ne faisais pas de langue des signes française mais du français signé.
Être sourde et faire de la traduction LSF, c’est plutôt un challenge non ?
Mais sur le coup, j’étais pas très contente. Plutôt assez énervée. La conseillère ANPE, je l’ai un peu beaucoup engueulée.

Le monde du travail, c’est pas le pays des bisounours. J’croyais. Ben non.

Négocier un salaire, c’est chaud. Demander tant, et s’entendre dire que ben non, c’est pas possible parce qu’il y a des choses qu’on fera pas comme tout le monde dans ce poste, alors c’est en moins sur le salaire.
Ahem.
Quand je pense qu’un employeur pouvait toucher une prime à l’embauche d’une personne handicapée avec de surcroît une exonération des charges sur la base du SMIC. Ils ont des aides (je ne sais pas si c’est toujours d’actualité), mais … ça ne nous profite même pas.

Depuis, j’ai arrêté de me faire valoir en tant que personne handicapée, faire miroiter ces avantages, ça ne m’a strictement servi à rien pour ma part.
Juste à nous considérer moins bien que la normalité.

Quid de l’embauche en tant que personne handicapée, faut-il se signaler en tant que personne en situation de handicap sur un CV ?

Je ne sais pas. Je fais un pas en avant, un pas en arrière. J’hésite toujours.

Une fois, on m’a fait la remarque, que c’était comme si je cachais une information qui fait partie de moi. Sur le coup, j’ai réagi violemment. 😉
J’ai trouvé ça dommage. Le handicap est-il un critère d’identité ?
Est-ce qu’on signale sa religion, sa couleur de peau, son poids, c’est d’ordre privé, non ?

Je n’ai pas de preuves comme quoi ça ne m’aide pas, ou en quoi cela m’avantage.
Je sais juste que quand je cherche un travail, je vais galérer à me réintégrer, galérer à expliquer en quoi consiste la surdité si les personnes s’y intéressent, galérer à comprendre les gens, galérer à comprendre le fonctionnement de la société dans laquelle je suis intégrée.
Parfois ça va vite, parfois c’est long, trop long.

Et quand je trouve pas ma place au bout d’un certain temps dans ma limite de ce que je peux supporter, je m’en vais à la recherche d’un travail que je pourrais aimer, juste pour pouvoir y aller avec entrain le matin, peu importe le reste.

10 pensées sur “Trouver du travail”

  1. Heureusement que j’étais bien assise quand j’ai lu ceci : « il s’est juste dit que […] j’étais trop qualifiée et qu’en conséquence je ne pourrais pas être payée à ma juste valeur parce que je suis handicapée ».
    Mélange des genres et renversement de valeur, rien de moins.

    Mais ça illustre parfaitement ce que je voudrais ajouter, et je ne vais pas y aller par quatre chemins.
    Vous qui êtes porteur d’une caractéristique particulière, qui fait *aussi* de vous ce que vous êtes, vous n’êtes pas intrinsèquement handicapés.
    Vous êtes porteurs d’une déficience, ça oui.
    Mais les responsables du handicap ce sont nous, les valides. Ce sont les situations dans lesquelles on vous met ou dont on n’aide pas à vous sortir (par ignorance, peur, malveillance) qui vous mettent en difficulté voire en échec.

  2. J’ai réagi à la même phrase que Claire. Comment ça ne pas être payée à ta juste valeur ? Ca veut dire qu’il avait un salaire pour le poste, mais ce salaire ne pouvant s’appliquer à une personne avec un handicap ?
    Pour le fait de signaler un handicap sur le CV, ça fait partie des éléments où il n’y a pas de règle : certains employeurs se sentiront plus à l’aise si prévenus à l’avance, d’autres se sentiront trahis, comme le fait pour nous les femmes de signaler si on a ou non des enfants : problème avec certains employeurs et pas d’autres….

  3. J’ai oui dire que tu étais en recherche actuellement. Titsev a du te donner le contact de Fraise_des_bois sur Twitter.

    Sinon, je n’y connais rien en Oueb, mais j’ai la boite d’un pote qui recrute. J’aime bien leur site et leurs annonces, qui montrent une ambiance plutôt détendue et rigolote.
    D’après le pote (c’est le mec en haut à droite de la page d’accueil ! c’te blague !), ça a l’air de l’être vraiment.
    http://www.omnilog.fr/

    Bonne recherche.

  4. c’est comme le CV avec photo pour bien montrer que non on n’est pas black, arabe, chinois ou encore un pb esthétique au visage, que sais je !
    je refuse de mettre une photo, pour moi c’est ridicule.
    De même je ne mentionne jamais ma surdité mais comme je parle de mon ancien site perso et de mes expériences de bénévolat à l’afideo dans mes exp. extrapro, tu crois qu’ils lisent parfois en bas du CV ? 😀

    mais bon, la jungle du travail, c’est complicated pour tout le monde. même dans ma propre boite, pr la mobilité interne, j’essuie des refus paske je ne téléphone pas, paske ca demande quand meme de l’organisation de pouvoir réserver la vélotypie ou qqchose comme ça… pfffiou…
    alors pourquoi faire ces aides??

  5. Dis, t as pas peur de témoigner ici sur tes déboires professionnels ? Sinon ce que tu dis dans ton billet est vrai : la peur des valides face au handicap est encore (très) présente.

  6. bonjour,
    hier je viens d’essuyer un échec pour un entretien . cause ma surdité risque poser problème pour la formation de leur nouvelle machine.l’idéal serai une entreprise 100/100 handicapé.du directeur au simple agent de production.avec les aides et nos compétence pourrions nous etre compétitif .on pourrai meme faire de la formation pour l’ insertion de valide dans le milieu de l’handicap. c’est du délire ,peux etre pas.nous voulons etre autonome, prenons notre destin en main.ne nous laissons pas mener comme des chèvres. Qu’en penser vous

    Merci

  7. Bonjour,

    Je suis à la recherche d’un travail, enfin j’ai pas encore commencé. J’ai 25 ans et j’ai arrêté mes études après un BTS (mais qui n’est pas suffisant pour certaines entreprises ou association) car je voulais travailler. Maintenant, je me retrouve à être angoisser à l’idée de chercher un travail.. J’ai déjà fais des petits boulots notamment des stages… Mais je suis bloquée.. Pourquoi bloquée? Car je suis bloquée à l’idée qu’une entreprise m’embauche et que je leur complique la vie plus qu’autre chose.. Je culpabilise à l’idée de ne pas assisté aux réunions, de comprendre la moitié ou 1/4 parfois alors que ça fait partie du job.. Je me vois pas aller courir vers mes autres collègues pour qu’ils m’aident.. Leur apporter plus de travail qu’au départ, d’être un boulet !

  8. Même si je suis capable de faire mon travail comme il faut mais si je fais un travail chez un bailleur sociaux, à la mairie, ou autre, les réunions sont inévitable..
    Rien de savoir que je vais les embêté et pas juste un peu, que mes appareils auditifs me suffit pas sauf si je suis seule avec un seul interlocuteur, je culpabilise.. Je préférais faire des boulots d’intérim, manuel quoi.. Or bien sûr c’est pas ce que je veux au fond de moi..

  9. De voir tout votre parcours professionnel me rend heureuse de savoir que comme vous la majorité des sourds ont un travail normal, salarié ou indépendant ! Je comprend pas pourquoi j’ai cette culpabilité alors que je devrais pas? je comprend pas pourquoi je bloque et j’angoisse? Je suis quelqu’un qui aime rendre service et de savoir que mes collégues devront m’aider, c’est pas leur rendre service alors je me sens mal..
    J’ai plus quoi faire, je suis perdue !!!
    Je vais continué à parcours votre blog et je vous remercie infiniment pour ce blog qui me permet de comprendre un peu comment ça se passe..
    Cordialement
    ps: j’ai du coupé en 3 mon commentaire sinon je pouvais pas appuyé sur le bouton : laisser un commentaire, un défaut du site?
    Merci

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