Je m’appelle Delphine,
je suis entendante…

Une fois n’est pas coutume sur Vis ma vie de sourde, je vais vous proposer le point de vue d’une entendante. Delphine est une amie que j’ai rencontrée à Paris Web (la conférence la plus accessible !) et elle m’a envoyé ce témoignage. Son écriture m’a émue, il fallait que je le partage — Sophie

 

Je m’appelle Delphine. Je suis entendante. J’ai rencontré Sophie il y a quelques années et j’ai eu accès, grâce à elle, à un monde que je ne connaissais pas du tout : celui des sourds.

La côtoyer, tout comme lire son blog, est une grande chance pour moi car je réalise des choses auxquelles je n’aurais pas pensé seule. Je vois ce que je n’aurais pas vu autrement : en plus des situations de handicap évidentes, toutes les « petites » frustrations, tous les « petits » tracas.

Je n’ai donc aucun problème de surdité, aucun handicap, pas de gros problème de santé. Pourtant, ces derniers jours, j’ai beaucoup pensé à Sophie et à ces « petits » tracas et j’ai voulu, via ce billet, apporter un témoignage bien pauvret et bien peu comparable à ce que vit Sophie mais qui fait un parallèle.

Depuis quatre jours, j’ai perdu ma voix (une laryngite, rien de bien grave). Du coup, depuis quatre jours, je chuchote pour parler, voire ne parle pas du tout et écris ce que j’ai dire à mon homme via Skype (de toute façon, je suis une grosse geek flanquée d’une grosse paresseuse, ça me convient plutôt bien !)

Mais ce que je n’avais pas imaginé, c’est que cette situation a légèrement compliqué ma communication.
Déjà, je suis restée en télétravail tout ce temps parce que, d’expérience, aller bosser sans voix est pénible pour tout le monde. Pas de souci, j’ai pu communiquer avec mes collègues par e-mail et messagerie, comme habitude.

Sauf qu’il y a certains messages que je préfère faire passer en direct.
Cette fois-ci, ces messages ont été soit attendus, soit un peu plus laborieux par écrit. Je pense même avoir fâché une de mes collègues et j’attends de pouvoir parler de vive-voix avec elle pour mieux me faire comprendre.
Je suis donc momentanément privée d’un moyen de communication, direct, fluide et très relationnel.

Ce midi, j’avais un rendez-vous qu’une amie a mis des semaines à organiser avec un ancien prof de lycée. Je me faisais une grande joie de ces retrouvailles… mais j’appréhendais beaucoup de ne pas pouvoir participer comme je voulais, poser les questions que je voulais, etc. En discutant avec un ami, je lui ai dis « Ahh, si on apprenait tous la LSF ça m’aurait été bien utile ». Une fois encore, les dispositifs mis en place pour l’accessibilité peuvent être, et sont bien souvent, utiles à tous.

À la maison, mon ami fait attention à moi : il se rapproche quand je veux parler et sait très bien que je ne peux que chuchoter.
Malgré ses efforts, j’ai réalisé qu’il fallait qu’il me fasse face pour que je puisse lui parler. Continuer une conversation, comme j’ai l’habitude de le faire, alors qu’il est occupé à faire la cuisine ou en train de repartir n’est plus possible. C’est là que j’ai pensé à Sophie.

Et puis, j’y ai repensé hier soir. Troisième jour sans voix. Et bien, je ne me rendais pas compte, mais tous ces petits moments où j’ai dû courir après quelqu’un pour finir ma phrase, faire signe à la personne pour qu’elle me regarde pour que je puisse parler, répéter ce que je venais de dire avec grand effort alors que je suis fatiguée par ma journée… et bien tous ces petits éléments, ces petites contrariétés de rien du tout, ont été pesantes, usantes, et j’ai finis par être un peu irritable ce soir là.

Mais moi, ça sera fini dans quelques jours.

Voilà. Je suis bien consciente que je fais un parallèle sur bien peu de choses, mais c’est surtout le soir où j’ai été facilement colérique qui m’a fait réaliser à quel point cela doit être frustrant de devoir faire des efforts pour communiquer, devoir répéter alors qu’on est dans un contexte déjà usant, se priver de quelques phrases, quelques commentaires parce qu’on se dit que ça ne vaut pas l’effort à faire ; se priver, parfois, de moyen de communication qu’on trouve pourtant le plus adapté…

Encore une fois, sans connaître Sophie ni son blog, je n’aurais pas su que cette petite expérience était un pas de plus pour comprendre — non pas ce que vivent Sophie et les sourds au quotidien — mais comprendre un tout petit peu plus, pour avoir expérimenté moi-même un tout petit — tout petit — peu une partie.

2 pensées sur “Je m’appelle Delphine,
je suis entendante…”

  1. C’est sûr. C’est toujours intéressant d’avoir ce retour. Même si c’est clair que ces peanuts comme expérience par rapport au quotidien des sourds, c’est encore une fois l’expérience qui est la meilleure maîtresse.

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