On est faits pour s’entendre

Pascal Elbé, le héros est dans les bras de son amoureuse, Sandrine Kimberlain. Ils sourient tous les deux

J’ai été voir le film « On est faits pour s’entendre » au cinéma vendredi soir en version française sous-titrée. (VfST)

Résumé du film

Antoine semble n’écouter rien ni personne : ses élèves (qui lui réclament plus d’attention), ses collègues (qui n’aiment pas son manque de concentration), ses amours (qui lui reprochent son manque d’empathie) … Et pour cause : Antoine est encore jeune mais a perdu beaucoup d’audition. Sa nouvelle voisine Claire, venue s’installer temporairement chez sa sœur avec sa fille après la perte de son mari, rêve de calme et de tranquillité. Pas d’un voisin aussi bruyant qu’Antoine, avec sa musique à fond et son réveil qui sonne sans fin. Et pourtant, Claire et Antoine sont faits pour s’entendre !

Mon avis

Ce film parle de surdité, de malentendance plus exactement. Pascal Elbé, le héros du film mais aussi le réalisateur du film est devenu malentendant comme il le dit. 

Ce film reprend une bonne partie du vécu de Pascal Elbé. Découvrir qu’on entend moins bien, accepter sa surdité soudaine, ça n’est pas toujours facile et bien vécu. 

Pascal l’a bien montré dans ce film. La bande son a été travaillée de manière à montrer au spectateur le ressenti de la personne devenue malentendante. C’est réaliste. 

Pascal Elbé est dans une cabine d'audioprothésiste. Il a un casque sur les oreilles et a un air concentré.
Dans la cabine de l’audioprothésiste, en train de passer un audiogramme

Les séquences sont tout à fait représentatives pour une personne qui devient malentendante, mais aussi une personne qui a été implantée et qui redécouvre le monde sonore.

Coup de cœur

J’ai aimé ce film, car pour une fois il met en avant la personne malentendante / sourde oraliste dans la société. 

Ce détail a le mérite d’être souligné. Tous les films que j’ai vus jusqu’à présent parlaient souvent de langue des signes, de culture sourde. Cette fois-ci, le sujet est effleuré mais la lecture labiale prend le dessus. 

J’ai souri, j’ai ri et j’ai pleuré. Un film à la fois romantique et un peu dramatique avec la prise de conscience de la surdité. Mais parfaitement dosé. 

Avec des expressions qui auraient pu être dites par moi, comme celle-ci par exemple : « Arrête avec les chips, cest insupportable ! » 

Je me suis reconnue dans bien de nombreux passages, c’est bien la première fois que j’ai ri à cœur ouvert dans un cinéma. 

Cela ne m’était jamais arrivé. 

Bref, vous voulez ressentir un peu ce que j’ai vécu quand j’ai eu mes implants, mais aussi quand j’étais appareillée, foncez voir ce film ! 

Note : Pour les séances sous-titrées en français puisque c’est un film français allez sur www.cinest.fr

Je vous ai mis le dossier de presse du film en bonus si jamais cette thématique vous intéresse (il n’est pas accessible aux malvoyants, mais si besoin de repartager tout ça sous un autre format, signalez-le moi)

5 ans de bi-implantation cochléaire, qu’est-ce que ça donne ?

Pour rappel : je suis sourde de naissance, appareillée à 6 mois et bi-implantée à 39 ans.

Je ne peux pas oublier cette date anniversaire, le 17 novembre 2016. C’est le premier jour du reste de ma nouvelle vie auditive : #newSophie. 

Et quel démarrage, j’ai envie de dire ! 

La période 2019/2020 a été compliquée entre la dépression (ce n’est pas ma bi-implantation qui l’a déclenchée) et la pandémie Covid. Je veux exposer ici un petit bilan « synthétique » de ce qui s’est passé au niveau sonore. Il y a peut être répétition avec les billets qui ont été postés depuis l’opération.

Au cinéma

En cinq ans, mes oreilles ont vécu de beaucoup de choses. À la veille de cet anniversaire, je suis allée au cinéma voir un film français sous-titré en français. J’ai pris plaisir à entendre les voix des actrices, les mélodies musicales. Je n’ai pas pu reconnaître toutes les musiques, ni les paroles. J’ai réussi à associer le son avec l’écrit. C’est tout simplement génial (pas magique hein !) après toutes ces années de travail, plus de 20 ans d’orthophonie, à essayer de reconnaître tous ces sons. 

Dans mon train

Je n’hésite plus à écouter les annonces des gares que je connais, entendre le nom de chacune d’entre-elles, c’est une petite victoire pour moi. Il y a 5 ans, je n’avais pas imaginé que ce serait possible aujourd’hui. 

Entendre la décompression pneumatique des portes à l’arrivée et au départ, l’accélération du train sur les voies, le roulis, le rebondissement des rames, ce sont autant de sons que j’ai découverts avec l’implant. 

Ce qui est drôle, j’entends aussi le claquement des coques de téléphones quand on arrive dans chaque gare, parfois, j’entends les zips des manteaux fermés à la va-vite. L’ouverture des portes sans les entendre. Les pas au loin. 

Ticket aller pour le son

Il y a 5 ans, on m’aurait dit « tu verras, tu te rendras compte que la vie est pleine de sons, autant de sons que de couleurs, de tonalités de lumières ». J’aurais fait les gros yeux et rigolé. 

Il y a 5 ans, je me jetais vers l’inconnu sonore. Je ne savais pas quel serait le résultat. On ne pouvait rien me garantir. En disant cette phrase, c’est inimaginable qu’on puisse tenter quelque chose dont on ne sait pas où ça va nous mener. C’est vrai, ça a été un choix difficile, douloureux. J’avais peur. J’avais pris un ticket aller pour le son, le voyage continue encore aujourd’hui. 

Le son et le cerveau

Aujourd’hui, je me rends encore compte qu’il y a des bruits que je ne peux pas assimiler, c’est pas que je ne veux pas, je ne peux pas. Comme le fait d’entendre ma respiration, c’est quelque chose qui me rend dingue en permanence, je me dis que ce n’est pas possible de s’entendre respirer… mais si.

Mon cerveau n’assimile pas cette information, même si vous, personnes entendantes vous l’avez oublié. Tous les petits bruits qui font partie de votre monde sonore, je les assimile encore aujourd’hui. C’est quelque chose inexplicable. Là je viens de prendre un grand coup de respiration, et oui, je m’entends respirer. 

Ce sentiment s’est accentué davantage avec le port du masque. Entendre son souffle dans le masque, le bruissement de ce petit morceau de papier qu’on porte sur la bouche. 

Un des points négatifs du masque : les élastiques me font mal aux oreilles après 1h de port, ce qui est logique. Mes cicatrices se trouvent dans le pli du pavillon de l’oreille sur 5 centimètres, pas plus. Les autres effets négatifs, j’en ai parlé à travers d’autres billets.

Pose de l’implant

La technique de pose de l’implant a aussi beaucoup évolué. Je me rends compte quand je vois les photos des opérations qui ont été faites par le passé, il fallait raser une bonne partie du crâne, moi on m’a rasé un petit centimètre pour dégager la zone à opérer. J’ai pas posté de photos car j’ai pas eu de chance par la suite, j’ai fait une infection sur l’une des cicatrices. Ce sont des choses qui arrivent. Je pourrais la poster aujourd’hui, on n’y voit rien il parait. Mais quelle importance vu que c’est derrière le pavillon ? C’est juste un peu plus sensible. 

Nouveau facteur à prendre en compte

Réfléchir à tout ce qui s’est passé en 5 ans, il s’est passé beaucoup de choses que j’ai pour la plupart consignées sur ce blog. Il manque le bilan des 4 années. La quatrième année n’est pas signe de progression car avec la pandémie et les confinements (mais aussi auto-confinement), j’ai perdu l’habitude des réunions, de voir du monde. Je m’en rends compte aujourd’hui.

Bien que j’aie progressé dans ma compréhension, il y a un facteur qui est la fatigue que je n’ai pas prise en compte. 

La fatigue est une ennemie sournoise. On ne la voit pas, on ne la sent pas malgré toute l’énergie que je peux déployer. Parfois, je suis obligée de dire « stop » . Je suis obligée de m’arrêter pour mieux repartir. C’est une chose dont personne ne m’avait jamais parlé. Au début, on m’avait dit que c’était normal qu’il y avait un temps d’adaptation, ce que je peux comprendre. Aujourd’hui, c’est un élément que je dois prendre en compte dans mon quotidien. Si je n’ai pas mon quota de sommeil, c’est compliqué à gérer. J’apprends à faire avec, on verra dans quelques années. Peut être que ce sera différent. 

Il y a 5 ans, on m’a dit…

« Vous ne pourrez pas entendre la radio ». Ça ne me manque pas, mais je sais que si j’ai la transcription écrite, je peux arriver à suivre l’émission de radio avec le support. J’arrive à « connecter » les mots entendus et les mots écrits. Je trouve que c’est déjà bien pour quelqu’un qui n’a jamais entendu. Toutes ces choses qu’on m’a dit que je n’arriverais pas, ben j’ai envie de dire, si j’y arrive, à ma manière. Pas à la manière dont l’équipe d’implantation a imaginé. On peut y arriver par des moyens détournés. La preuve. 

« L’usage du téléphone va être très compliqué ». Oui c’est compliqué. Mais j’ai de la chance de pouvoir reconnaître des mots quand je suis dans un contexte précis, d’arriver à comprendre des bribes. Ça peut paraître bizarre… non je ne peux pas faire des conversations d’une heure sans aide technique, mais ça progresse petit à petit. Apprendre à l’utiliser, à adopter les usages et les coutumes, c’est un nouveau monde. Les habitudes sont bien ancrées, d’ailleurs, il faut 21 jours je crois pour arriver à en changer une. Je n’ose pas imaginer le nombre de jours si je dois compter toutes les habitudes que j’ai.

« L’interphone, c’est un ennemi ». Oui, c’est encore un ennemi car je ne maitrise pas les sons qui sortent de cet engin dont j’ai parlé à plusieurs reprises ici. Mais j’ai appris à l’apprivoiser. Aujourd’hui, quand je décroche mon interphone, qui est le modèle le plus banal qu’on puisse avoir dans un appartement, j’arrive à comprendre certains mots, parfois il faut que ma suppléance mentale fasse le travail. Je trouve que je m’en sors plutôt bien. 

« Vous pourrez pas saisir les nuances musicales ». Aujourd’hui, je peux dire que je l’apprécie quand je suis disposée à l’écouter. Je peux reconnaître des mélodies, à ce jour, j’ai un titre et d’autres que je reconnais, c’est fou mais oui. Je n’ai toujours pas été voir un ballet avec un orchestre, c’est quelque chose que j’aimerais tester. Aller au théâtre et voir ce qui en ressort ou sans aide technique, pour voir, pour ressentir les choses. Si c’est un échec, ben au moins, je me dis que j’aurai essayé. 

Dans le temps présent

Aujourd’hui, je ne fais plus d’orthophonie. Bizarrement, le ressenti est mélangé, ambigu. Ça me manque parce que je ressortais de ces rendez-vous revigorée, reboostée, avec de nouvelles pistes pour appréhender de nouvelles choses. Ça ne me manque pas parce que ce sont des rendez-vous qui prennent du temps, de l’énergie. 

Aujourd’hui, je me rends compte que tout ce que je ne pouvais pas faire sans lecture labiale, je commence à le faire. C’est long, ça prend du temps, mais c’est possible. Il faut avoir la motivation et l’énergie. Je ne vais pas me voiler la face, mais la pandémie m’a un peu arrêtée dans mon élan. Aujourd’hui, j’essaie de le retrouver pour continuer à progresser, à mieux entendre et comprendre, à mieux vivre. 

Aujourd’hui, il arrive qu’on me dise « Ah mais tu as tes implants, donc tu comprends tout », je ne suis pas désolée de te décevoir, mais non je ne comprends pas tout. 

Aujourd’hui, je m’amuse de voir que ma surdité passe inaperçue. Mais parfois, j’aimerais qu’on prenne en compte le fait que je n’entende pas, même si c’est plus confortable pour l’autre que j’entende et comprenne. L’effort ne doit pas être unilatéral. 

Aujourd’hui, on me pose encore la question « Tu n’as pas de regrets ? ».
Je n’ai pas de regrets, parce que c’est une expérience inoubliable. Je n’oublierai pas la première journée d’hospitalisation, mon activation où j’ai pleuré la première fois que j’ai entendu un son et la voix de mon conjoint qui a été aux premières loges, découvrir tous ces sons qui me rendent dingue mais que je ne pourrais pas m’en passer. Quand je relis tout ce que j’ai écrit à ce sujet, j’ai la gorge nouée, les larmes aux yeux parce que je suis fière de ce que j’ai accompli. Je me suis trouvé des ressources dont je ne connaissais pas l’existence. 

Si je me pose et que je réfléchis à tout ce que je viens d’écrire, j’ai envie de dire que c’était quand même gonflé et osé de ma part de demander à faire les deux oreilles en même temps. Qui aurait sauté à pieds joints dans un trou sans fin ?

Le mot de la fin

J’ai pris un ticket aller pour le voyage du son. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’est peut-être pas direct, mais il vaut son pesant d’or. C’est un ticket d’or.

Revivre une nouvelle hospitalisation en période de covid

Ce matin, j’ai l’estomac noué. Je sais que je devrais pas être inquiète mais voilà c’est comme ça.

Je repasse sur la table d’opération demain. J’ai demandé à ce qu’on me retire cette plaque qui est dans mon poignet. Elle me me tient compagnie depuis mars 2020. Elle me rappelle ce mauvais moment, elle me fait souffrir au quotidien, mes doigts se rappellent à tout moment qu’elle est là. Il est temps de tourner la page.

Mélange de sentiments, difficile de les décrire. Je sais que je ne devrais pas, que je devrais avoir confiance. Avec tout ce qui s’est passé avec la pandémie, j’ai perdu un peu plus mon insouciance et ma confiance.

C’était il y a un peu plus d’un an, je suis tombée à vélo et j’ai été hospitalisée en pleine pandémie.

La gestion du masque avait été surprenante à ce moment-là. Depuis un peu plus d’un mois, je re-fréquente les hôpitaux… et les masques. Oui, ils sont toujours là quoiqu’on en dise.

Continuer la lecture de « Revivre une nouvelle hospitalisation en période de covid »

Sourds et heureux

Sourds et heureux, un article paru dans Santé Magazine d’Octobre 2021. Un article rédigé par Ana Boyrie. Je ne retranscris que ma partie afin de rendre accessible le contenu mais je ne devrais pas car le droit d’auteur ne permet pas de reproduire tout un article, on a simplement le droit de faire des citations.

N’ayant pas eu de réponses de la journaliste, je le publie ici en attendant.

Continuer la lecture de « Sourds et heureux »

Sound of Metal

Musicien concentré sur sa batterie en plein concert

J’étais à l’avant-première du film « Sound of Metal » au Majestic Bastille hier soir. C’est l’histoire d’un batteur de métal, toxicomane, qui perd l’audition brutalement. Je vous en dis pas plus sur l’histoire du film. 🙂

Voici le résumé d’Allociné : « Ruben et Lou, ensemble à la ville comme à la scène, sillonnent les Etats-Unis entre deux concerts. Un soir, Ruben est gêné par des acouphènes, et un médecin lui annonce qu’il sera bientôt sourd… »

Le film a eu 6 nominations aux oscars dont « meilleur film » et « meilleur acteur » !

Facade du cinéma, Cinéma Majestic Bastille en néon jaune avec un fond rouge et le ciel bleu en arrière plan.
Continuer la lecture de « Sound of Metal »

Clap de fin pour Pixel le chat chien

Détail de l'oeil de Pixel, avec le contour de sa tête avec les poils

[29 avril 2018 / 6 avril 2021 ]

C’était un matin un peu spécial. Je me suis levée, Pixel ronronnait. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas fait ça.

Nous sommes allés prendre le petit déjeuner, du steak haché pour lui, un cacao et des tartines beurrées pour moi.

Les médicaments étaient devenus un rituel depuis un peu moins d’un mois.

J’avais ouvert la fenêtre de la cuisine pour qu’il puisse regarder par la fenêtre et grogner après les oiseaux qui venaient le narguer, comme tous les matins. Ce matin, c’était particulier, voilà 3 semaines qu’il n’avait pas grogné en montrant ses moustaches et ses canines aiguisées. Il faisait froid, j’avais mis un gilet par dessus mes vêtements pour pouvoir partager ce moment avec lui.

Pendant que je me préparais, je l’ai sorti sur le balcon.

J’ai vu que ce n’était pas comme d’habitude. Je l’ai fait rentrer mais il est rentré assez vite parce que il faisait frais. J’ai tout de suite vu qu’il y avait un problème avec ses pattes arrière. J’ai compris d’un seul coup mais j’ai gardé mon calme pour qu’il ne panique pas. 

Un petit coup de fil en urgence à la vétérinaire qui venait d’ouvrir son cabinet, entre-temps, j’ai sorti sa caisse de transport. Les gars l’ont installé tranquillement, il était calme et nous sommes partis en voiture. Il n’était pas question de lui faire subir un trajet à vélo avec tout le vent qu’il y avait. 

À notre arrivée, elle nous attendait avec son équipe. Elle finissait une consultation. Un chien est sorti de son bureau, Pixel n’a pas réagi alors que sa caisse de transport était ouverte. Je l’avais ouverte quand on est arrivés dans son cabinet. Je me foutais de savoir s’il y avait une personne ou pas. Le confort de mon chat primait sur tout le reste. L’équipe vétérinaire a fermé la porte du cabinet une fois le patient sorti pour que nous puissions être au calme tous ensemble avec Pixel pour ces derniers instants. Un moment douloureux, mais j’ai pu lui dire tout ce que je voulais et le laisser partir le moment venu.

Pixel a fait une embolie hier matin. Il n’a pas souffert. 
Il est parti dans mes bras, avec toute notre tendresse.
Oui, la vie est injuste. 
Oui, il était jeune, il n’avait pas eu encore 3 ans. 
Non, on ne pouvait pas le sauver mais oui on lui a donné le meilleur de nous même et on peut être fiers de nous. 

On était faits pour se rencontrer. ❤️

Ces 24 dernières heures ont été heureuses, ronrons, câlins, caresses et steak haché à volonté. Il nous manquera terriblement à tous les trois. 


24h après son départ, je me rends compte que la maison est terriblement vide. Après 2 confinements complets et l’été entier à être ensemble jour et nuit, je me rends compte qu’il était très présent en fait. Il avait une présence rassurante.

Présence rassurante à tel point qu’il entendait quand notre fils rentrait du collège et qu’il avait pas encore mis la clé dans la porte qu’il réagissait de manière à me montrer que quelqu’un arrive. Il avait l’ouïe très fine, ça tombe bien, il a compensé ce que j’entendais pas. Il avait compris en quelque sorte que je n’entendais pas et il compensait par la présence, le mouvement ou les ronrons qui n’étaient jamais très fort mais très tactiles.

Chaque mouvement, je me surprends à me dire « Tiens où es-tu ? », je le cherche comme lui il me cherchait quand je m’absentais pour faire les courses. Je vois ses affaires qui sont encore là, je ne me résous pas encore à les retirer mais il va falloir le faire le moment venu. Sa litière est encore là, ses jouets sont restés en place, ses coussins sont toujours aux emplacements clés de l’appartement. Sa fontaine à eau est encore branchée. Je n’ai pas le courage de la débrancher. J’ai juste eu assez de courage pour le laisser partir le moment venu. Tout est resté sur place.

Les larmes coulent, elles coulent à chaque pensée.
Et oui, il me manque déjà terriblement.

Jamy Gourmaud a évoqué que les chats auraient 7 vies. Son Nitro en a commencé une nouvelle.

On dit que les chats ont 7 vies, est-ce que Pixel a commencé une nouvelle vie ? Je ne sais pas. C’est une jolie croyance.

Pixel, a cat that behaves like a dog

Pattes de chat sur la rambarde du balcon

ou encore « Pixel, the cat dog »

Je n’avais pas encore écrit ici sur mon/notre chat, ou du moins pas donné de nouvelles depuis le 2 novembre 2020. La semaine dernière, notre chat nous a fait une frayeur. Je dis « mon » parce qu’ici c’est mon espace, et c’est moi qui lui donne ses médicaments, sa patée, qui l’emmène à tous les rendez-vous excepté celui des urgences où j’ai embarqué le conjoint à cause du masque et des émotions.

Mercredi 10 mars – 12h.

L’état de Pixel s’est dégradé vite. Avoir un rendez-vous chez le vétérinaire le soir même à 19h. Au diable le couvre-feu ! Notre chat d’abord ! Je suis rentrée à 20h à vélo sous la pluie avec lui avec la tête pleine d’inquiétudes.

Mercredi 10 mars – 22h30.

On le voit se traîner, ne plus arriver à respirer, tenter de récupérer sa respiration. Nous sommes perplexes, inquiets parce qu’un état de santé qui se dégrade aussi vite, il y a de quoi s’inquiéter surtout quand c’est un chat qui pourtant s’exprime beaucoup, mange avec gourmandise … 

Mercredi 10 mars – 23h30.

Direction les urgences vétérinaires de Levallois-Perret, tant pis pour le couvre-feu. Attestation remplie avec la case médicale. Pixel a été pris en charge très très vite, et heureusement, ils l’ont placé tout de suite dans une cage à oxygène, pour le stabiliser. Ils lui ont fait toute une batterie d’examens (radio, échographie cardiaque, etc. pendant son hospitalisation qui a duré 3 jours quand même.

L’absence

La maison était bien vide sans lui, ne pas l’avoir dans les jambes, ne pas l’entendre miauler pour parler avec nous, ne pas ouvrir la fenêtre à la demande… on a bien ressenti qu’il n’était pas là. Sa présence, on s’y est bien habitués surtout depuis le premier confinement.

Vendredi 12 mars – 16h.

Un coup de fil rassurant du cabinet vétérinaire qui nous dit que son état est stabilisé et qu’il a eu une échographie cardiaque, nous avons la possibilité de le ramener à la maison.

Vendredi 12 mars – 20h.

À notre arrivée, voir notre chat nous a réjoui mais la joie a été de courte durée. Le vétérinaire n’y a pas été par 36 chemins. Pixel a une maladie cardiaque grave pour son jeune âge et il n’y a pas de traitement. 

Nous ne pouvons que lui donner une meilleure qualité de vie, l’adoucir du mieux que nous pouvons. Ses jours sont comptés. Combien de temps il sera là avec nous ? Personne ne le sait. 
C’est injuste mais c’est comme ça. 

Lundi 15 mars – 19h.

Départ à vélo chez le vétérinaire avec la caisse de Pixel sur le rack de devant. Le sac i*ea est là pour limiter le vent, car les chats n’aiment pas le vent.
Pixel n’était pas très rassuré pendant le voyage qui a duré 15 minutes, j’ai pris mon temps, j’ai fait attention aux ralentisseurs, il a bien aimé je crois. Sentir la moustache voler, coller sa tête pour voir la route et sentir les odeurs du dehors à toute vitesse… Rendez-vous chez le vétérinaire pour vérifier que le traitement est bien supporté et une petite prise de sang, parce que sinon c’est pas drôle. (on en a profité pour vérifier le potassium)

Jeudi 18 mars

Ce matin, il est allé prendre l’air sur le balcon après avoir pris ses médicaments et sa pâtée. La petite promenade sur la rambarde du balcon ca l’a bien fatigué mais il aime ça, surveiller les pies qui viennent le narguer alors qu’il ne peut pas les attraper. Surveiller les moineaux, les écureuils qui passent. Il a beaucoup dormi. Mais surtout, j’avais réduit la dose du médicament sur conseil du vétérinaire, et à 11h je l’ai retrouvé à plat à côté de moi avec la respiration rapide, je n’ai pas tardé à le soulager, je lui ai redonné la moitié que j’avais enlevée le matin même.
Après cette angoisse, il a dormi une grosse partie de la journée, sorti un petit peu mettre la truffe dans l’herbe en bas de l’immeuble parce que quand même ca fait un peu de bien de sortir pour se dégourdir les jambes (et les pattes).
Petit appétit quand même, par contre, je ne l’ai pas vu boire de l’eau de la journée… J’ai fini par lui donner la patée petit à petit, il l’a mangée. C’est bien. Ce soir, c’est plutôt calme.

Pixel en train de se dégourdir les pattes dans le jardin

J’ai donc fait un compte instagram sur lequel je donne des nouvelles tous les jours, car la situation évolue de jour en jour. Je reprendrai les nouvelles sur un nouveau billet.

Je vais essayer de reprendre la plume, parce que avec toutes ces émotions, il y a un besoin d’expression aussi bien triste que joyeuse… Et je voulais partager ça avec vous.

Appeler un chat, un chat…

Chat qui dort dans le fauteuil

Notre chat s’appelle Pixel. C’est bel et bien un chat. Je voulais raconter un peu son histoire ici pour en laisser une trace. Et puis, ça change de registre en ces temps moroses.

Pixel est un chat qui est capable de venir te réveiller en grattant à ta porte parce qu’il veut rentrer dans ta chambre. Il est capable de rester assis longtemps sur ta table de nuit et te regarder dormir dans le noir tout en ronronnant. Dommage, je ne l’entends pas ronronner mais il ronronne bien fort m’a dit mon mari. Quand il n’est pas sur la table de nuit, il vient se poser sur nous quelle que soit notre position et ronronner de tout son soûl parce qu’il est content de te voir.

Continuer la lecture de « Appeler un chat, un chat… »

Le masque, cet objet qui m’isole encore plus

À l’heure où la pandémie est en train de repartir, je suis assise dans un café à attendre la réparation de la béquille de mon vélo.

J’ai observé autour de moi durant ce moment de pause. Les gens, dès qu’ils sont assis, enlèvent leur masque et consomment leur commande. Les serveurs ont leur masque sur la figure. Il y a quelques clients qui l’ont sous le menton. Quand je vois des masques sous le menton, je repense à l’image à 2 illustrations : la première qui est un visage qui porte un masque sous le menton suivi de la mention « porter ton masque » et l’autre qui est un sexe masculin sorti du slip avec la mention suivante : « c’est comme si tu portais son slip comme ça ». Je vous raconte ça parce que c’est à quoi cela me fait penser quand Je suis face à ces personnes. Je ne compte plus les façons de le porter aujourd’hui.

Continuer la lecture de « Le masque, cet objet qui m’isole encore plus »

J’ai testé pour vous l’hôpital en période de covid19

Boum.

Me rendre compte que je suis tombée, que mes implants ont volé ainsi que mon téléphone. Réaliser que la chute est violente, réaliser que je ne peux pas me relever ni bouger. Que mon vélo est à terre. Seuls les paquets de fraises ont volé au milieu du passage. À l’entrée de ce tunnel piétons/cyclistes garni d’une barrière pour éviter que les motos prennent ce passage. Une des sacoches du vélo a effleuré une barrière et j’ai perdu le contrôle.

J’ai la chance d’avoir cette dame qui est arrivée très vite après ma chute. Cette gentille dame dont je ne saurai jamais le nom et que je ne reconnaîtrai jamais car elle portait un masque. Elle s’est approchée de moi et m’a parlé.

L’angoisse est arrivée très vite. Impossible de la comprendre sans lecture labiale. Mon cerveau, encore sous le choc, n’est pas en capacité de décoder quoique ce soit. Je vois qu’elle me parle mais je n’ai aucun son dans les oreilles, c’est comme ça que je me suis rendue compte que mes implants ne sont plus sur mes oreilles. Ils ont volé.

Continuer la lecture de « J’ai testé pour vous l’hôpital en période de covid19 »