Perdre pied

Je suis arrivée à un stade de ma vie, où je n’ai plus envie de me prendre la tête à essayer de comprendre ce qui se passe autour de moi.
Essayer de choper les mots qui sortent de la bouche des personnes, les reconstituer dans mon cerveau, analyser la phrase pour ensuite réagir.
Je suis fatiguée de cet exercice.
J’aimerais que ce soit fluide, ne plus penser, que les choses viennent toutes seules.

Moi qui étais tout le temps à l’affût pour ne pas être en décalage avec les autres, j’ai presque envie de me renfermer dans ma coquille.

De ne plus penser.

Je suis fatiguée d’essayer de comprendre les personnes qui m’entourent, d’essayer de les décrypter pour savoir si ça va bien ou mal.  Après tout, ça pourrait m’être égal mais l’intérêt est de pouvoir échanger, de rire, pas d’être renfermée dans sa bulle.

On vit dans un monde auditif et pas visuel.

Fatiguée d’avoir un temps de retard dans les conversations.
Fatiguée d’anticiper le vocabulaire de chacun, pour justement ne pas avoir ce temps de retard à cause de l’analyse que je vais faire dans mon cerveau pour reconstituer cette phrase qui vient d’être dite.
Fatiguée de faire preuve de souplesse pour être au top.

Apprendre à lâcher-prise. Apprendre à gérer cette frustration à laquelle je suis trop habituée, frustration de ne pas comprendre ce qui se passe autour de moi.

Je pourrais me laisser aller, mais ce n’est pas la vie que j’ai choisie, pas d’être en recul, isolée.

Il faudrait que l’effort vienne de l’autre côté aussi, que les situations soient moins compliquées, plus simples.
Je suis bien consciente que les gens qui m’entourent n’ont pas forcément conscience de l’effort qui est fait tous les jours, qu’ils n’ont pas conscience que c’est bien plus subtil que cela, que la surdité est un handicap sournois qui peut t’isoler très vite.

Je ne citerai pas Desproges, mais ma moitié me dit que « C’est pas pour me vanter, mais à mon avis, février ne passera pas l’hiver ».

36 pensées sur “Perdre pied”

  1. Je ne peux qu’imaginer mais ce doit effectivement être extrêmement usant de répéter sans cesse les mêmes efforts… Peut-être que ralentir tes efforts et lâcher prise pourra avoir des effets positif, que certains interlocuteurs percevront l’écart qui se creuse et tenteront de se rapprocher et de le combler par eux-mêmes ?

    Je l’espère sincèrement. Repose toi un peu, et passe une bonne semaine 🙂

    1. Sois en certain Gaël, je me relâche sinon je n’aurais pas publié ce billet.
      J’ai des périodes où je fais moins d’efforts. L’écart qui se creuse n’est pas forcément visible et positif du premier abord…

  2. Je n’ose imaginer la difficulté que ce doit être au quotidien et la fatigue que ça engendre mais comme pour tout être humain quand tu t’es toujours montrée forte, compréhensive, à l’écoute de l’autre, souvent l’autre à du mal à admettre que tu changes et rares sont ceux prêts à faire des efforts alors je comprends ta situation mais ce n’est pas à toi de tout porter sur tes épaules tes amis doivent faire leur part, je t’embrasse

      1. Ben en fait, si, peut-être. J’en sais rien. C’est une question que je me pose. Parce que moi, je ne peux pas faire plus d’efforts que ce que je fais déjà. Alors si on veut une communication plus fluide, il faut des efforts de la part de l’autre (qu’il soit ami ou non ne change finalement pas grand chose, d’après mon expérience – les amis aussi oublient). Mais comment le demander ? Comment le gérer jour après jour ?

  3. Hello Sophie,
    Je découvre ça un peu par hasard ! Comme c’est bien dit et comme ça reflète l’air du temps quand on est sourd(e) … , pour une fois je comprends tout (incroyable n’est ce pas!), il convient d’insister là-dessus, si les autres ne font pas les efforts nécessaires, même si tu es patiente, gentille, bien élevée, attentive, etc… tu ne peux pas comprendre sans l’adhésion totale de l’autre qui doit se mettre à ta dimension . C’est ça être sourd(e) !
    Bon courage bravo pour cet écrit si vrai !
    Agnès

  4. Ma Chérie, j’espère TRES TRES fort que les gens comprendront tous les efforts que tu fais pour eux, je ne te voie pas souvent (on parle plus souvent par écrit vu la distance), mais je n’aime pas te voire triste, moi je suis prête à faire des efforts pour toi <3 mais… va falloir que tu me donne des pistes :p

  5. Bon courage Sophie.
    Effectivement, nous n’avons pas assez conscience de ton « travail » et de tes efforts quotidien.
    En tout cas, je t’écris pour t’assurer que ta bonne humeur et ton dynamisme compensent on ne peut plus largement ton handicap et que si tous mes collègues étaient comme tu es, ce serait bien plus agréable de travailler.
    Un collègue

  6. Bonjour Sophie,
    Je ne sais pas si tu te souviens de moi il y a très très longtemps , une vieille amie de Mathias H.G et d’Anne Jolain
    Vous avez bien raison de vous exprimer c’est ce que je ressens aussi comme vous dans le quotidien … Bienvenue au club de « non-effort » ce serait bien !
    mes amitiés
    Aurélie

  7. tu as bien raison Sophie, il est très dur déjà entre entendent de se comprendre de nos jours, alors j’imagine bien.Parfois je me surprends au travail, alors que j’adore le prendre soin, que soumise aux pressions de notre directrice, j’en perds mes valeurs première d’être à l’écoute des personnes dont je m’occupe. au travers cela je pense a l’écoute des gestes, du corps, des mimiques… car certains non plus la force de s’exprimer . J’arrive encore a me ressaisir et je dois dire que tes propos me touchent vraiment. Chaque que jour j’essaie de me rappeler que c’est avec l’autre que j’avance et que je dois rester vigilante envers lui. merci

  8. Je comprend tellement ton message. Maman a connu cette période ou on est lassé des efforts à faire pour comprendre. Cette période est tombée comme toi, en hiver. Est-ce que la mauvaise saison renforce cet état ? je pense que oui !
    Chez elle, ça a duré 1an. (elle a changé d’appareil entre temps et ne s’est jamais habitué à cette nouveauté)
    Puis, elle en a eu assez de s’auto-exclure. Mais surtout, ma petite soeur est partie étudier à Orléans et l’éloignement commençait à peser. Les textos… ça va 5 min ! Skype ou même le téléphone… elle en rêvait.
    Cette épreuve à fait murir en elle le projet d’implant. A la fin du mois, elle sera fraichement implanté et dans 3 mois, la rééducation de son oreille va débuter. L’an prochain, elle devrait pouvoir discuter tous les soirs sur Skype ou peut-être même au téléphone (pour de courtes conversation) avec ma soeur !!!
    Nous avons tellement hâte !

    Courage pour cette passade, qui heureusement, n’est qu’une passade ! La vie est belle et courte et les gens que nous aimons sont toujours là pour remonter le morale et nous rebooster !
    Passe une belle semaine Sophie !

    La fatigue que tu ressent en ce moment, je pense que tout les mal-entendants la ressentent. Courage à toi pour cette période (qui est souvent couplé, ou dû, à la déprime hivernale)

  9. Bonjour,
    Cela faire 11 ans que je travaille dans la même boîtes mais cela aggraver depuis 3 ans car un chef suppereieur m’as dis que c’est a moi faire des effort et non de l’autre coter a ce jour la on m’as mise au placard ! Cette souffrance de la vie de tout jours mes collègues ne comprend pas !!! Bonjour je monde du travaille ! Gros bisous !

    1. Bonjour Aurore, il ne faut pas rester dans cette situation. Fais toi aider, tu ne peux pas souffrir comme ça tout le temps.
      Bon courage !

  10. Au delà du fait de prendre les précautions pour parler de manière permettant la lecture sur les lèvres, ça fait des années que j’aimerais apprendre la LSF. Sais tu s’il existe des applications comme Duolinguo pour l’apprentissage ? Ou des structures qui organisent des cours abordables en province ? Ou d’autres outils permettant aux entendants d’apprendre cette belle langue ?
    Bon courage à toi et merci pour ce partage.

  11. Ho Sophie,
    j’ai passé l’âge de faire l’effort de lire les lèvres à partir de demie siècle..
    à un moment donné, c’est fini de travailler les neurones pour se rappeler comment ça s’entend?
    Ce n’est pas un travail naturel car au fond de nous il y a un grand espace vide ( la nuit, la douche, les lieux bruyants, ( on coupe les appareils auditifs) alors presque la moitié de la journée reste en sourdine soit l’année aussi.
    du coup l’effort neuronale et visuelle ça fait trop !
    vive la liberté !
    aux entendants de prendre le temps de vivre, mettre du temps à la parole ne leur nuirait pas du tout. vive la vie à savourer.
    courage à tous idem pour Moua

    1. Hello,
      Ca pourrait être un moyen mais c’est s’exclure soi-même d’une majorité de la société. C’est un peu dommage à mon aivs … mais c’est aussi reposant. Le but est de trouver des plages horaires où on arrive malgré à tout à se reposer les neurones mais aussi le visuel. 😉

  12. Ah là là. Comme je me reconnais là. Tu touches à quelque chose de très juste et de douloureux aussi. Cette envie d’arrêter de me prendre la tête à essayer de tout comprendre parce que c’est peine perdue de toute façon, mais en même temps, si je n’essaie plus, qu’est-ce qui se passe ? C’est moi qui m’isole… Pas encore trouvé de réponse. Ou plutôt, ma réponse change d’un jour à l’autre, d’un moment à l’autre.

  13. Bonjour Sophie,
    Eh oui, d’un handicap à l’autre on n’a pas les mêmes phrases. Tu écris : « On vit dans un monde auditif et pas visuel. » Et j’ai toujours pensé le contraire : on vit dans un monde plein d’images.
    Mais je reconnais que lorsqu’on n’entend pas, on est plus exclu, car on ne comprend pas ce qui se dit autour de soi, et ça doit être très frustrant. Donne-nous donc des pistes, comment on peut t’aider au quotidien à comprendre tout ce qui t’entoure.
    Lorsqu’il nous manque un sens, on est tous, un jour ou l’autre, fatigué. Mais le printemps arrive et on reprendra tous du poil de la bête.
    Bon courage!
    Sylvie

    1. Ma chère sylvie, il faudrait que nous déjeunions ensemble un jour pour que nous puissions faire quelque chose dans ce sens, améliorer le quotidien de l’une comme de l’autre. J’ai les mêmes interrogations vis à vis du handicap visuel. Je t’embrasse.

  14. Bonjour
    Je suis ton blog avec attention car moi meme sourde appareillée depuis ma naissance et vivant exclusivement dans le monde des entendants ( travail, chéri, amis) je comprend ta fatigue et ta frustration. Je traverse régulièrement ces périodes de non effort… Ma parade pour ne pas M isoler, j annoncé clairement la couleur à mon entourage et aux autres, avec un sourire en général ça passe plutôt facilement et surtout je me reserve cette plage hebdomadaire où je pose mes appareils dans un coin! Et je redeviens la sourde que je suis au fond de moi… Et ma moitié qui gère le reste pendant ce temps là… Courage, le printemps va arriver et le soleil avec!

    1. Ce billet date un peu mais il reste d’actualité. Je crois que nous avons tous des moments difficiles où rester dans notre bulle un moment est nécessaire pour mieux rebondir.
      Bienvenue et merci pour ton message !

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