Première veillée de noël en tant que sourde implantée

Déjà 3 semaines depuis mon activation, la journée du 24 décembre 2016 s’est passée dans le calme puisque ma petite famille était partie pour la journée et fêter Noël avec la belle-famille le soir. J’ai préféré me préserver au maximum pour ce premier Noël sonore. Je fête Noël avec eux demain midi, le 25 décembre.

Il est midi. La maison est silencieuse, la télé en mode « sourdine ». Au programme de ce midi : canapé et plateau-télé.
Captivée par la télévision, j’ai pris le babybel pour le déballer et je me suis fait surprendre par le bruit du froissement du papier qui n’est pas le même que celui d’un emballage plastique épais ou encore un papier cadeau. Le bruit du papier du babybel était bien net, crissant, chaque froissement provoquant un sentiment désagréable dans ma tête.

Aujourd’hui, tous les sons me semblent aigus.

C’est la veille de Noël, je dîne chez ma maman en tête-à-tête. En arrivant, je me suis enfoncée dans le canapé de maman, et je n’ai plus bougé jusqu’à entendre tous les bruits possibles. Les bruits qu’il y a chez elle ne sont pas les mêmes chez moi.

Chez maman, l’ambiance est plus feutrée, plus calme. Tous les bruits que j’entends ressortent encore plus qu’à la maison.

J’ai été surprise d’entendre le bruit de ses pas sur le parquet quand elle marche. C’est un plaisir d’entendre ces allers-retours.
Avant, je ne pouvais pas non plus l’entendre s’affairer dans la cuisine tout en étant dans la salle à manger. Maintenant je peux. Je ne sais pas ce qu’elle fait exactement mais ses mouvements font du bruit et je peux les percevoir.

À l’apéritif, le glaçon qui tombe dans le verre me surprend. Je le reprends et je le refais tomber dans le verre. Ce tintement, c’est juste énorme. Je ne savais pas que ça faisait du bruit. J’en prends un second et je le fais tomber sur le premier, le bruit change. Wow. Je suis émerveillée telle une gosse devant ses cadeaux. Mon cadeau est là : la découverte de ce monde sonore si riche. Ma mère ouvre sa canette de soda, je perçois le faible pshiiiit, mais je l’entends.

Je profite de ce petit tête-à-tête avec elle pour lui expliquer mon ressenti et mon quotidien. Elle est surprise et se demande comment je tiens nerveusement. C’est simple, j’ai le choix de retourner dans le monde du silence ou d’aller vers le monde sonore. Le choix est vite fait : je suis trop captivée par les gens, les choses, ces lieux qui m’entourent. Le plus difficile est de pouvoir le retranscrire ou de l’exprimer par l’écrit. J’ai quelques échappatoires quand même entre l’écriture, la couture, le tricot, l’origami…

Il est vrai qu’intellectuellement, c’est difficile de supporter toutes ces nouveautés sonores, toutes ces sonorités différentes, qu’il est parfois nécessaire pour moi de les débrancher le temps de retrouver mon calme intérieur, mon souffle, mon moi.

Le four sonne, la sonnerie stridente insupporte ma mère. Je souris, je l’accompagne dans la cuisine. Elle me donne le rythme de la sonnerie, effectivement j’arrive à le retrouver parmi tous ces bruits. Je lui dis que oui, je l’entends. Soulagée que j’aie reconnu cette sonnerie qu’elle peut arrêter maintenant. Elle est aussi impressionnée par ma capacité à pouvoir atteindre des fréquences aigües que je n’avais jamais entendues.

À table, j’entends un bruit que je ne reconnais pas. Je le cherche. J’ai fini mon assiette, ce n’est donc pas moi qui le fais puisque je ne bouge pas. Mes yeux font le tour de tout ce qui est susceptible de faire du bruit. Je vois la fourchette de maman racler l’assiette, je fais la liaison entre le mouvement de la fourchette et le bruit. C’est différent qu’à la maison. Ça doit varier selon le couvert et la matière de l’assiette !
Je caresse la nappe d’affection, j’entends un bruit de frottement, encore un nouveau son.

Nous terminons la soirée par un café, j’entends la cuillère qui touille le sucre… Je souris. Encore un nouveau bruit. Décidément, cette soirée est riche même si nous la passons en tête-à-tête.

C’est un vrai bonheur de pouvoir découvrir tous ces bruits.
Entendre n’est pas une souffrance, la souffrance est plus quand mon cerveau est arrivé à saturation, que plus rien ne veut passer. 

Ce moment-là signifie qu’il est temps que je les enlève pour une pause, le temps d’une nuit, pour repartir d’un meilleur pied le lendemain.

 

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