Sophie Drouvroy - Vis ma vie de sourde

https://www.sophie-drouvroy.com/


Assister à une réunion

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 28 avril 2011

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/assister-a-une-reunion/

Je vais commencer par planter le décor, je suis sourde oraliste avec une bonne lecture labiale.
Le français est ma langue maternelle, la langue des signes est une langue que je connais depuis l’adolescence, et que j’utilise ponctuellement.

Ces petits billets auront pour vocation de vous montrer la réalité des choses qui peuvent ne pas être faciles en tant que personne handicapée.

Tout n’est pas si accessible !

J’ai été, il y a peu conviée a une réunion de travail par une association, dans le but de faire avancer les choses au niveau de l’accessibilité. J’y suis allée avec beaucoup d’enthousiasme, mais …
J’ai découvert avec stupeur sur place, qu’il y avait plus de 20 interlocuteurs (entendants pour la plupart), et surtout aucune retranscription écrite des échanges oraux faits. Difficile de suivre.

Imaginez-vous à une réunion de travail de cette ampleur, mais on vous coupe la lumière (qui est absolument nécessaire à votre bien-être – salle très sombre par exemple), auriez-vous fait la réunion ?

Au retour, vous reprenez les transports en commun, mais ….
Il y a une annonce vocale, vous savez pas ce qu’il se passe, vous continuez votre chemin sans savoir si vous allez arriver a destination, si c’est juste une annonce vocale disant de faire attention aux pickpockets, ou juste que votre train s’arrête pas a votre station préférée.

C’est pas un poil chiant ?

Est-ce que cela vous plaît ? Je continue ?

Déjeuner en groupe

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 26 mai 2011

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/dejeuner-en-groupe/

Allez, un nouvel épisode !
Seront répertoriées ici les situations vécues auxquelles je peux être confrontée. Mais je ne vise personne de particulier, cela a pour but de montrer les problèmes quotidiens.

On me propose de venir déjeuner avec 3 personnes bien entendantes qui sont au courant de ma surdité (en temps de travail tout va bien), qu’il faut me regarder ou du bien articuler sans pour autant me regarder tout le temps, ben oui, on ne va pas monopoliser toute l’attention non plus 🙂

Le déjeuner commence, la conversation commence à s’enflammer au vu de l’actualité actuelle, c’est chauuuUUUd ! Vaine tentative à faire répéter l’un, je me ravise en me disant que je vais attendre un peu, histoire que la conversation se calme, mais … c’est pas le cas, alors je tente un « parlez pas tous en même temps » … qui lui passe quasiment inaperçu dans la conversation animée.

Je retente de faire répéter, de faire comprendre que je n’ai pas compris en glissant un regard interrogatif. On me répète ce qui a été dit. C’est super sympa. Sauf que ca n’a ni queue, ni tête. Une phrase sortie de son contexte parfois ca veut pas dire ce que ca doit dire. Hein toi, lecteur qui me lit, tu comprendras peut-être ?

Penser intérieurement que parler la bouche pleine, c’est pas franchement gratifiant pour la personne sourde qui voit toute votre nourriture malaxée entre les dents et qui essaie de suivre la conversation malgré le décor imposé.


Note pour plus tard :

– soit arrêter la conversation et rappeler les règles du jeu qui sont aussi valables pour les autres.

– soit prendre ses affaires une fois qu’on a fini de manger, de regarder la mouche voler, et leur souhaiter une excellente fin de déjeuner. C’est pas franchement la solution que je préfère, peut-être qu’elle est plus « choc« .

– soit déjeuner tout seul avec ses pensées et accessoirement son tricot s’il y a (c’est pas funny non plus hein.).

Et toi, lecteur entendant, si tu devais avoir une personne sourde à tes côtés, comment réagirais-tu si ton interlocuteur sourd te faisait l’une des 3 notes proposées ?

 

Sur ce, j’ai faim. Bon appétit !

S’informer dans les transports

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 6 juin 2011

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/informer-dans-les-transports/

Prendre les transports pourrait être un geste quotidien, voire anodin pour toute personne habitant en île-de-france.

Un beau matin sous un temps lourd, un RER arrive à votre station, quasiment vide, vous vous dites : « chouette, je vais pas voyager comme une sardine« .

Jusque là tout va bien, me direz-vous.

Oui, mais… à une station de l’arrivée, par chance, tu as le droit à un message vocal de la part du conducteur RATP.
Et, crounch-crounch dans le micro.
Je lève la tête, cherchant à comprendre : un torrent de personnes qui se sont engouffrées dans le RER.

Je me dis qu’il y a encore une personne qui empêche la fermeture des portes, n’ayant toujours pas eu la ladite information.

On repart, dans le tunnel, et là rebelote : crounch-crounch dans le micro, j’en conclus que c’est un ralentissement de trafic.

Moralité de l’histoire : ne pas avoir d’informations comme tout le monde, c’est pénalisant. Essayez de prendre les transports avec un casque anti-bruit et on s’en reparle.

Note perso : monsieur le chauffeur de la rame RATP, si tu causes pour rien dire, bah tant qu’à faire, tu peux te taire… 🙂

S’intégrer dans une équipe

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 6 octobre 2011

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/integrer-une-equipe/

Un nouvel épisode, écrit à chaud pour que toi, lecteur entendant puisse comprendre mes émotions.

ça fait plusieurs fois que ça se produit, je ne vise personne en particulier.

Être au sein d’une équipe/groupe, c’est super car il y a des échanges, des réflexions, et surtout je ne suis plus seule. Que du positif.

Oui mais non, c’est à double tranchant.

Double tranchant pourquoi ? Parce que tu veux faire bonne impression d’une part, et d’autre part il faut ré-expliquer ton handicap.

C’est pas toujours chose aisée.

La surdité c’est plus compliqué que ça.

Suffit pas de parler plus fort (entre nous, ça me sert à rien),
Suffit pas de se rapprocher de moi et baisser la tête vers le bas (c’est pire parce que je dois « descendre » physiquement pour être à ton niveau),
Suffit pas de ne pas bouger le corps, mais dodeliner de la tête, ça aide pas non plus… (j’essaie de faire avec mais des fois avec la fatigue je laisse tomber),

Lecteur entendant, si tu n’articules pas, que tu me regardes pas, je peux pas comprendre ce que tu me dis.
Pardon si je pète un cable, mais j’ai beau faire des efforts, mais parfois c’est sur-humain ce que tu me demandes.

Ne pas comprendre une conversation « ping-pong » ça arrive souvent, oui parce que ça va très vite, et moi le temps que je comprenne…

C’est à retardement, c’est très chiant d’arriver après.
Mais surtout c’est nul d’avoir un train voire un wagon de retard dans la conversation : j’ai l’air con au final, et j’aime pas ça.

J’avais un rêve, Paris Web l’a fait

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 18 octobre 2011

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/javais-un-reve-paris-web-la-fait/

Pardon d’avance si j’ai oublié des personnes, je les remercie chaleureusement.

Le streaming de 2010

 

Cela faisait déjà 2 ans que ma moitié y allait sans moi, frustration de le voir partir le matin, et le voir rentrer le soir avec la banane aux lèvres, et me dire intérieurement : « et moi ? »
En 2010, j’ai appris bien trop tard qu’il y aurait de la vélotypie à Paris Web. Il n’était pas concevable pour ma part d’aller à Paris Web en payant le prix fort, d’autant plus que je n’avais pas les moyens à ce moment-là (parfois, il faut faire des sacrifices)

J’ai donc suivi l’édition 2010 via internet grâce au streaming et à la vélotypie retransmise en direct également. J’en garde un excellent souvenir (mon fauteuil aussi). Je travaillais à la maison à cette époque-là. J’ai finalement posé ma question sur le twitter de Paris Web, en demandant si la prochaine édition serait sous-titrée. Ma moitié a vu mon tweet passer sur l’écran, a demandé à prendre la parole et a posé ma question.

Une chose était certaine à ce moment-là : l’équipe de Paris Web a dit qu’elle allait essayer de tout faire pour renouveler cet exploit de vélotypie et voir comment avoir des interprètes LSF.

Début 2011, je me remets en question, à savoir si je devais changer de métier, changer de voie, puisque je n’arrivais plus à trouver du travail.
Était-ce la faute à mon handicap, la faute à ma motivation, ma confiance qui était au niveau zéro depuis quelques temps.

Les apéroweb

Lors d’un apéroweb (merci à V-Lentz sans qui cela n’existerait pas, cependant j’ai une réclamation : mais pourquoi le lundi et pas le vendredi ?!?), ma moitié met au défi les quelques personnes présentes de me proposer du boulot, de dire que c’est pas le handicap qui prime mais les compétences.

C’est chose faite.

J’ai rendez-vous pour un boulot, j’accepte avec appréhension, la peur au ventre de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur des attentes.
Durant quelques mois, je me remets à faire du css, du SPIP.
Merci à Cym de m’avoir fait confiance.
Merci aux spipeurs du chan #SPIP, j’ai appris plein de choses et j’y reviendrai 🙂

En Mai, @Sebcbien me confirme qu’il y aura de la vélotypie et des interprètes pour l’édition 2011.
Je trépigne de joie … mais aussi de peur, de rencontrer ces personnes que je ne connais qu’à travers un écran virtuel, avec qui j’ai échangé des mots peut-être parfois un peu « directs » pour certains, mais un réel échange s’est noué. Il m’est plus facile de communiquer par l’écrit que par l’oral quand je ne connais pas la personne.

Devenir Oratrice

 

Arrive l’atelier des orateurs « Maman j’ai peur je ne veux pas y aller » pour se préparer à être orateur, je me décide à la dernière minute à y aller. Je me dis que cela ne peut pas me faire de mal et me donner un aperçu de ce que ca pourrait être. J’y vais. Moment difficile, vaincre sa timidité, prendre sur soi, avoir confiance, il y a eu des grands moments de solitude, être contente mais ne pas arriver à parler, à aller vers les gens pour échanger … Finalement, ce fut enrichissant même si je suis restée discrète. Merci à @Nissone et @Cheekfille pour vos encouragements.

L’appel aux orateurs arrive, je me dis que oui après tout je peux tenter ma chance moi aussi, et que je verrai bien ce que cela donnera … Après tout, ma proposition pouvait très bien ne pas être retenue. Et auquel cas, j’étais sauvée si ce n’était pas retenu. Oui je sais, je suis un peu folle sur les bords.

Fin juin, la réponse tombe. Ma présentation a été retenue. La pression monte d’un cran. Je me prépare mentalement, je finis visiblement la première mes slides et mets la pression à tout le monde. Pardon Stéphane, c’était pas voulu !

En août, c’est les vacances, je m’arrange pour pouvoir faire une présentation d' »entrainement« .
Merci à vous d’avoir rendu cela possible, ça aide beaucoup.

Les 3 jours à Paris Web

 

Soirée Orateurs, la pression monte d’un cran, je comprends difficilement les personnes faute de calme, saluer entre autres les personnes qu’on a « croisées » par-ci, par-là, sur twitter, un peu partout … Ça fait bizarre… 🙂

Vient le jour J, la peur au ventre, de ne pas y arriver, d’être nulle, de faire un fiasco. L’ambiance dès l’arrivée est chaleureuse, on s’y sent comme chez soi.
L’équipe toujours là pour avoir le petit mot qui fait plaisir, qui rassure ou tout simplement le regard.
Je me suis dit que j’étais dans un rêve et je n’y croyais pas.
Une fois ma présentation terminée j’ai commencé à réaliser que c’était arrivé.
Que je n’étais pas dans un rêve mais que c’était bien réel.

J’assiste aux conférences, je savoure avec la vélotypie (la langue des signes moins pour ma part mais c’est un support qui peut aider parfois quand il y a vraiment besoin ou quand il y a pas de vélotypie ce qui était le cas dans le petit amphi). J’alternais entre l’interprète LSF et l’orateur quand il était bien audible. (oui, il y a certains orateurs qui articulent vraiment ! je ne citerai personne pour pas faire de jaloux)
Vient la soirée de l’apéro communautaire, ambiance détendue, c’était chouette. J’étais bien même si parfois j’arrivais plus à comprendre parce que la fatigue était là, et mon cerveau arrivait plus à fournir, trop d’infos à emmagasiner en si peu de temps. C’est pire que du lait concentré. si, si, overdose.

3 mojitos. Merci à @tetue pour le dernier mojito. Il m’a emmené au pays des bisounours.

Retour à la maison, les larmes de fatigue, de joie, coulent de réaliser que c’est vraiment arrivé et que putain (pardon maman pour la vulgarité), que oui moi aussi je sais faire quelque chose dans le web, et que je peux assurer (les personnes qui m’ont employées pourront me le confirmer enfin j’espère ! y’a que les personnes modestes qui sont de véritables experts. Merci Nico.).

2ème jour, pareil. Que du bonheur. Que du #sharethelove. Etre entourée de gens qui comprennent ce que tu fais, qui parlent « ta langue ».

Vient le 3ème jour (promis y’a pas 7 jours !), les ateliers c’est un peu plus dur, car plus de vélotypie, plus d’interprètes. Mais, mais… pour faire durer le plaisir d’avoir assisté à ces trucs, je choisis avec soin les personnes que je peux suivre.
Me montrer à chaque atelier en disant : « steupléé m’oublie pas, articule !!  »
Oui, même Denis Boudreau avec son accent québécois.
J’ai pris le risque, et j’ai savouré encore plus !

 

Cocotte Aujourd’hui, ça fait 3 jours que Paris Web est terminé, mais grâce à vous tous, ça dure encore un peu grâce aux sublimes photos que vous avez faites, grâce aux cocottes en papier (y’a un concours qui se prépare), et grâce à la gentillesse et générosité des gens que j’ai rencontrés, je crois que je vais continuer dans le web encore un peu … peut-être m’orienter davantage vers l’accessibilité si j’arrive pas à faire du code et du spip. Mais au moins faire quelque chose d’utile et productif.

J’ai peut-être encore des choses à dire, mais pour l’instant c’est ce que mon cœur m’a dicté. Et la larme à l’œil est pas loin…

Merci à vous.

#sharethelove
J’avais un rêve, vous l’avez réalisé.

Vous avez un message !

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 7 novembre 2011

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/vous-avez-un-message/

Rien de plus agaçant d’avoir un téléphone sur son bureau, alors qu’on entend pas et que jamais, jamais on s’en servira ! Et que ce foutu téléphone il restera là quoi qu’on en dise.

Énervant, pourquoi me direz-vous ?

Parce que certains téléphones sont munis d’un répondeur … Ahem. Oui.

Ces téléphones ont des petits boutons, hein, il faut qu’ils servent à quelque chose. Des fois, ca se met à clignoter.

Et rien de plus énervant de le voir du matin au soir clignoter alors qu’on aura pris soin de le planquer derrière l’écran, mais que la femme de ménage le remet à sa place initiale (au secours !), qu’on aura essayé de comploter un assassinat de téléphone (en essayant de prévenir sur twitter) en le débranchant, oui mais comme c’est de la VOip, ben ton PC il lâche le réseau aussi.
Et là je m’aperçois que je suis dans le caca. (ce que je dis à mon fils pour rester polie – même si c’est pas poli de parler comme ça, il faut que ca sorte !! ).

Donc t’es o-bli-gée de le garder sur ton bureau. (si tu cliques sur la photo, tu auras droit à une jolie vidéo condensée de 10 secondes)

Groumph.

Fin mot de l’histoire, ma « ligne téléphonique » a été transférée chez ma supérieure hiérarchique. Personnellement, j’aurais préféré que la ligne n’existe pas carrément, histoire qu’on se dise bien que je suis la nana qui est sourde mais qui parle.
Oui mais j’entends pas au téléphone !!!

 

Procurer le silence à un entendant…

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 10 novembre 2011

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/procurer-silence-entendant/

Y’a des choses qui arrivent, qu’un proche soit hospitalisé par exemple. Auquel cas être confrontée à des choses qu’on aurait jamais, jamais imaginé mais qu’on le fait parce que c’est automatique (non pas comme les antibiotiques hein), on cherche le bien-être des gens qu’on aime.

Aller chercher des boules quiès, c’est une chose.
Les choisir c’en est une autre !
Ce qui me fait bien rigoler quand on est sourde comme moi 🙂

Voulant remplir ma mission à bien,  je me suis rendue dans une pharmacie et j’ai demandé des « boules quiès » et on me répond « Vous souhaitez lesquelles ? »

Réponse de ma part : « ah parce qu’il y en a plusieurs ? [avec étonnement je ne savais pas] » et réponse de la pharmacienne : « nous avons 2 types de boules quiès, les ….* et les silicones ». Je lui demande de répéter, je comprend toujours pas.

N’ayant pas compris la première option, je lui réponds que je n’ai jamais eu l’utilité de ces boules quiès à savoir que quand j’éteins mes appareils auditifs, je n’entends plus rien mais vraiment rien. zéro, nada, que dalle [pour votre information il me faudrait un 747 pour entendre quelque chose ].

A son tour, elle me regarde avec étonnement… je souris et lui explique que c’est pour un proche qui est hospitalisé, j’enchaine en lui demandant quel modèle elle préférait, elle en tant que personne entendante.

Réponse : elle me tend une boite de boules quiès en silicone bien colorées, qui ne serviront jamais (je suspecte un souci d’utilisation de la chose).
Je repars toute contente avec mon achat, et ma mission remplie.

Je comprends que les personnes entendantes recherchent parfois le silence (qui ne doit pas l’être totalement absolu j’imagine) mais le silence peut être parfois assourdissant, voire vertigineux …

Et toi lecteur entendant, qu’est ce que tu préfères ?

* cires

Rigoler avec les autres

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 18 novembre 2011

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/rigoler-avec-les-autres/

– « Attends »
– « Non, c’est pas la peine que je te raconte »
– « C’est une blague à 3 francs »
– « Pas maintenant, plus tard »

Voilà le type de phrases que je subis régulièrement, c’est un peu démoralisant d’autant plus que j’essaie de m’intégrer, de vivre en même temps que les autres, sans pour autant rendre les choses pénibles quand je les fais répéter.

Je sais qu’il y a des moments où les gens parlent pour se « détendre« , changer les idées. Et moi au final, je me détends quand ? Presque jamais pour dire.

Mais, il y a des jours, où c’est comme ça, tu as pas le droit de savoir ce qui s’est dit, même si c’est la « blague à 3 francs« , ou si « c’est nul, ca en vaut pas la peine« .

Y’a des jours où tu te prends une remarque vexante parce que tu as dit : « pardon ? » dans le sens où tu as pas compris ce qu’a dit la personne, pas dans le sens « qu’est ce que tu racontes toi ? »

Tu sais, lecteur(trice) entendant(e), moi aussi j’ai le droit de participer à la conversation, moi aussi j’ai le droit à la blague à 3 francs, moi aussi j’ai le droit de comprendre. Non ? je savais que c’était pas un droit. Dommage.

Des fois, je vendrais bien ma peau de sourde juste pour être comme tout le monde, mais ça c’est pas possible. Je peux juste me taire, rentrer chez moi, pleurer un coup, me dire que « saperlipopette, je me laisserai pas faire et y retourner encore plus forte« .

Au final, je préfère encore rester comme je suis.
C’est aux gens de faire des efforts.
J’essaie de faire de mon mieux pour leur rendre la pareille.

Être à l’hôpital

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 21 novembre 2011

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/etre-a-l-hopital/

La surdité et l’hôpital ça ne fait pas bon ménage.
Mais je pense que l’hôpital fait pas bon ménage tout court, hein ?

Accompagner un proche à l’hôpital, c’est jamais très marrant me direz-vous.
Mais en tant que personne sourde, c’est carrément PAS marrant du tout.

Déjà aux urgences, pour toute personne valide j’imagine qu’avoir des informations c’est pas chose aisée. A plusieurs reprises, j’ai demandé qu’on me regarde, qu’on articule. Soit. Ca a été à ce niveau avec les infirmières. Les docteurs n’en parlons pas… Au fait si une infirmière ou un docteur passe par ici, il serait bien qu’on ait un déroulé de comment ça va se passer hein, parce que vraiment là, c’est pas terrible terrible du tout.

Premier obstacle : pouvoir appeler au téléphone le staff des infirmières par soi-même à défaut de passer par une personne entendante (ici mon conjoint) ou un « centre relais téléphonique » c’est pas possible de passer par email ou SMS.
Tu penses bien que l’hôpital est pas équipé ! A moins de tomber sur une bonne âme …

Deuxième obstacle : Arriver à choper une infirmière et se faire comprendre sans souci. Pas toujours facile, du bruit, environnement intimidant.

Troisième obstacle : Votre proche change de chambre, embûche pour trouver le numéro de la chambre rien que par le simple fait de demander le numéro à l’accueil le jour suivant. J’ai trouvé après quelque péripéties entre 2 étages.

Quatrième obstacle : lorsque le personnel vient parler au proche qui est hospitalisé, vous êtes carrément invisible, alors qu’il y a besoin d’aide car quand on se retrouve hospitalisé, on n’a pas toujours tous ses esprits même si on est valide. Alors que si c’est moi qui suis hospitalisée, je le suis aussi. Y’a comme un problème…

C’est fou, non ?
Ah et puis 5 minutes en temps d’hôpital c’est 1h dans la vie réelle. Qu’on se le dise !

Sortir avec des entendants

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 16 décembre 2011

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/sortir-avec-des-entendants/

Parfois, il arrive qu’on fête des anniversaires de personnes qu’on apprécie ! (coucou toi !)

Ces moments qui sont censés être chouette (ils l’ont été pour ma part), il arrive qu’il y ait de la musique (cékoiça ?), un truc d’entendant pour mettre de l’ambiance.

Vite sortir Shazam (une application permettant de te dire ce que c’est comme musique, quel auteur) pour être à la pointe et pas passer pour un looser de la musique même si je le suis profondément… (ok je l’ai pas utilisée ce soir mais j’y ai pensé très très fort !)

La musique n’a toujours été source de « bruit » même si j’aimerais en profiter davantage. Et de surcroit qu’on tamise les lumières pour rendre ce lieu bien plus charmant, cosy, tout ce que tu veux…  (c’est quoi ce tamisage de lumière, franchement ça aide ?!?), soit je commence à sentir la difficulté à arriver.
Pas de silence, pas de lumière…

Woooow, quelle ambiance !!! Mais quelle rigolade !
Rajoutez à ça, quelques bières, c’est fini. Y’a plus personne..

Mais, mais, pour finir, on aura droit à des jolies lumières vertes, ou rouges, qui sont censées être des « lasers » qui bougent en rythme avec la musique.

Alors au choix, tu donneras l’impression d’avoir la varicelle, un flingue sur la tempe, ou ressembler à Terminator en fonction de comment tu es placé par rapport à ces petits « lasers« .

profil de @tetue

Ces petites loupiotes vertes et rouges qui ne font que de t’enfoncer dans la difficulté de la compréhension des gens qui t’entourent. Cela dit, j’ai bien ri malgré tout, grâce à ces personnes justement.

Ça fait parfois du bien d’être comprise.

Et finir la soirée sur quelques tweets rigolos…

Je passe du coq à l’âne, mais c’est pour vous donner aussi cette impression que j’ai eue ce soir.

Dire que le film « The Artist » est un film muet. Précipitez vous pour aller le voir. « Donoma » aussi sans être muet en vaut la peine (j’en ai parlé ici aussi). Promis.

Trouver sa place à l’école

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 5 janvier 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/trouver-sa-place-ecole/

Il est arrivé à tout le monde de ne pas trouver sa place, de pas se sentir bien à tel moment ou à tel endroit. J’aimerais bien que ces situations-là se reproduisent moins dans le futur.

L’école.
J’ai eu à plusieurs reprises cette sensation de ne pas être à ma place durant mon parcours scolaire, mais la prise de conscience n’était pas aussi forte qu’aujourd’hui. Peut-être que c’est tant mieux. Je ne sais pas.

Ce n’est pas toujours évident puisque le français s’acquiert aussi par l’ouïe et la parole. (oui toi là derrière, ne crie pas, je sais qu’il y a aussi la lsf, le lpc…mais ce sont pas des moyens qui m’ont été donnés dans ma jeunesse) Je ne critique personne, c’est juste un constat de ce que j’ai vécu.

L’école primaire
Je m’étais bien débrouillée en première année de CP. Le corps enseignant a jugé bon de me mettre en intégration dès le ce1. (Certains diraient que c’est de l’intégration sauvage, oui, bon, ne criez pas au scandale, c’est fait.)

Il ne m’a pas été facile de me faire accepter, étant vite le centre d’attention du maître d’école…

Ces traitements de faveur ont fait que je passais très vite pour le “chouchou” du maître d’école.

Il avait tendance à me placer différemment dans la classe de manière à pouvoir intervenir rapidement si j’avais besoin de lui pour comprendre un énoncé d’exercice par exemple. Ou pendant les dictées, j’étais très souvent placée au premier rang (et là pas moyen de faire une bêtise … moi qui crevais d’envie d’être au dernier rang).

Les enfants ne sont pas tendres.
Mes petits camarades ne faisaient pas forcément l’effort de m’inclure dans leurs jeux malgré mon gros stock de billes – une trousse en jean pleine de billes ! – j’avais bien plus de difficultés à m’exprimer qu’aujourd’hui. Il arrivait parfois qu’ils viennent me voir en se moquant de mon élocution, c’était un peu dur à digérer quand je pensais aux nombreuses heures d’orthophonie que je faisais à l’époque (au minimum 2h par semaine).

Les maîtres et maîtresses d’école m’ont laissé un meilleur souvenir que mes petits camarades. Ceux avec qui j’avais le plus d’atomes crochus, avec le recul, c’était des enfants qui n’avaient pas forcément le profil parfait (bien enrobé, un peu maigrichon, pas français, j’en passe…)

J’ai tout de même un bon souvenir du primaire, et c’est avec joie que j’ai retrouvé il y a quelques années mes 2 copines avec qui je passais mon temps dans la cour de récré.

L’adolescence.
Le collège, période difficile.
Quand un parent valide a un enfant en situation de handicap, il développe un lien qui est à la limite de la surprotection. Ils ont besoin de combler ce “manque” que l’on peut avoir en soi, ici l’audition.

J’ai pas été une ado rebelle (Maman tu confirmes ?). Rassurer ma maman tant que je pouvais, que j’étais capable de me déplacer sans pour autant briser ce lien que j’avais avec elle.
Prendre le bus toute seule en 4ème a été une des premières choses que j’ai pu faire sans ma mère. J’avais une heure maximum pour rentrer à la maison, le portable n’existant pas à l’époque.

Pourquoi prendre le bus tu me diras ?
Simplement parce que je n’ai jamais été à l’école du « quartier« .
Pour être en intégration à l’école, je devais aller dans les établissements dans les villes alentours qui le permettaient. Ce n’était jamais l’école qui était juste à côté de la maison. Et c’était ma maman qui faisait le “chauffeur”.

Étant dans des écoles qui n’étaient pas à proximité de mon domicile, je ne pouvais pas y aller à pied. J’avais droit en compensation à un moyen de transport spécialisé.
Durant une courte période, j’avais une voiture (un véhicule sanitaire léger – VSL) qui venait me chercher le matin, qui me ramenait à la fin de la journée. C’était pour la plupart du temps, des voitures blanches avec une étoile bleue dessus. Certains de mes camarades sourds avaient des taxis, moi c’était celle-là.
Jusqu’au jour où une ambulance, oui, t’as bien lu, une AMBULANCE, est venue me chercher à la sortie du collège. Ce fut la dernière fois qu’on venait me chercher en “transport spécialisé” au collège.

En pleine adolescence. Ouch, ca fait mal quand tu y repenses. Ta fierté d’être autonome, elle en prend un coup. Je ne suis JAMAIS montée dans cette foutue ambulance. J’ai refusé. Je n’étais pas une pestiférée ! C’était une atteinte à ma personne. Je me considérais pas malade et je ne le suis toujours pas.

Je trouve que minipixel a une chance incroyable d’avoir son école à côté de la maison. Jalouse de mon fils ? Non, contente qu’il n’ait pas à subir ce que j’ai subi petite.
Un sentiment de réconfort.

Découverte d’un nouveau monde

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 11 janvier 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/decouverte-nouveau-monde/

Le lycée.
J’allais intégrer un lycée privé spécialisé dans l’enseignement des sourds et malentendants à Paris. Cette chance n’était pas offerte à tout le monde.
Pendant ma dernière année de collège, j’avais des camarades sourds en intégration avec moi qui me disaient : “tu vas aller au lycée avec des singes » « tu vas voir ils parlent pas, ils parlent avec les mains« , « tu vas avoir la grosse tête« .
Évidemment, quand t’es le premier de la classe, t’es pas forcément aimé, même si tu fais les conneries qu’il faut pour te faire apprécier.

Appréhension très grosse.

Première rencontre avec des sourds pratiquant la LSF, langue des signes française.
J’avais 15 ans.
Choc frontal avec un autre monde, bien différent de celui que j’avais pu imaginer.

Dans ce lycée, il n’y avait pas d’élèves entendants mais que des élèves sourds.
C’était un grand changement pour moi.

J’étais fière de prendre le RER de ma banlieue jusqu’à Paris tous les jours pour aller à l’école. C’était quelque chose ! C’était excitant d’être autonome, de faire comme les “adultes”.
Très loin de l’époque où on venait me chercher et me ramener en véhicule sanitaire léger (tu sais la voiture blanche et son étoile bleue, « trouver sa place à l’école« ).

Mais terrifiant d’un autre côté, je pleurais tous les soirs, en me disant que c’était pas possible, que c’était trop dur, que c’était un monde trop différent du mien, rien que par la manière de communiquer, la manière d’interpeller les gens qui n’entendent pas.

Heureusement qu’il y avait des professeurs et des surveillants qui étaient bienveillants.

J’ai passé plus de 3 mois à m’adapter à cette nouvelle école qui allait me donner ce précieux sésame : le baccalauréat.

Imaginez, quelqu’un marche devant vous, vous voulez l’interpeller, vous criez : “hep !”.
Là, c’était juste pas possible. Il me fallait rattraper mes camarades physiquement pour leur parler. Même d’un bout à l’autre de la classe. Pareil quand on allait à la gym qui était dans un stade situé à la porte de Saint-Ouen.

Les classes étaient pas bien spacieuses.
En seconde, nous étions une bonne quinzaine, les tables rectangulaires étaient accolées les unes contre les autres. 3 rangées de tables bien collées entre elles.
Juste un espace pour pouvoir soulever la table.
Mes camarades avaient trouvé un moyen ingénieux mais bruyant pour interpeller une personne à l’autre bout de la classe, ils faisaient taper la première table dans la seconde qui elle tapait dans la 3ème et ainsi de suite, ça faisait bouger TOUTES les tables sur du vieux parquet pas ciré, mais un boucan du diable … Impressionnant quand c’est la première fois.

C’est une anecdote parmi d’autres.

L’apprentissage d’une nouvelle langue
J’ai malgré tout gardé une tendresse vis à vis de celui – j’ai été à la table des témoins à son mariage, ça montre qu’on a bien gardé un bon contact – qui m’a appris le premier signe tout en se moquant gentiment de moi.
Je demandais comment dire “bonjour” en langue des signes. Et ce camarade me répond en rigolant et en me montrant le signe de “bête (crétin)”, en me disant que c’est comme ça.
J’ai dû passer 1 bonne journée à être contente à avoir appris un signe … qui n’était pas le bon.

Vu comme ça, c’est peut-être rigolo, mais à la fois cruel je trouve surtout quand on est plein de bonne  volonté pour s’intégrer.

Je n’avais jamais vu d’adultes sourds encore à ce jour.

Il existait une association, le GEDA (Groupement des Étudiants Déficients Auditifs) qui organisait un forum formation emploi pour permettre aux lycéens de rencontrer des sourds diplômés qui avaient un boulot. Ça nous permettait d’envisager notre propre futur professionnel.

Ce fut un véritable choc. Je n’avais pas idée de ce que je pouvais faire plus tard. Je crois que je ne m’étais jamais imaginé un adulte sourd. Je n’avais pas conscience de la difficulté qu’on pourrait avoir dans le monde professionnel puisque je n’y étais pas encore confrontée.

Malgré l’apprentissage de la langue des signes, je ne me suis pas sentie intégrée, ni reconnue par mes camarades de lycée. Peut-être que je me trompe, mais on m’a souvent répété que je ne faisais pas de la “langue des signes française” mais du “français signé”.

Quelle différence me diriez-vous ? La langue des signes française n’a pas la même syntaxe que le français. Je signais comme je parlais. J’écris comme je parle.
Grâce à ça, j’ai eu mon bac de français.

Ca m’a sauvée d’écrire comme je parle. Les livres ont amélioré mon français, mon orthographe.
C’est grâce à ma maman qui m’a encouragée à lire, encore et encore.
Qu’est-ce que j’ai pu lire comme livres de la bibliothèque rose et verte quand j’étais petite.
Sans rire, je pourrais dire que j’ai bien lu les ¾ de la bibliothèque rose et verte.

Les classes de secondes avaient entre une douzaine et une vingtaine d’élèves.
En terminale, nous étions beaucoup moins nombreux. Certains lâchaient en route, d’autres préféraient la voie scientifique à la voie économique et sociale à cause du français.

Pour finir, j’ai eu mon baccalauréat. Sans mention certes mais avec beaucoup de fierté.
Maman a eu le sentiment d’avoir réussi à m’emmener jusqu’au bac et c’était le cas.

Merci Maman.

Suivre une formation

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 18 janvier 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/suivre-une-formation/

Les Gobelins, l’école des métiers de l’image.
Nouveau choc, nouveau monde, nouveau combat.
Plus un sourd autour de moi. Le vide intersidéral, bon ok, le terme est un peu fort peut-être, mais il fallait que je me réhabitue.

Entrer à l’école des Gobelins a été une chance pour moi.
C’était la première session des Assistants Réalisateurs en Multimédia.
Il y avait une sélection sur dossier.
Sauf que … j’ai tout de même eu un entretien supplémentaire avec les responsables de cette formation pour pouvoir les convaincre que j’arriverais à suivre leurs cours, je devais m’adapter à l’école, l’école ne s’adapterait pas à moi.
J’ai commencé l’année avec une carte de photocopies que j’avais pu négocier à l’entretien au début de l’année.

Un univers nouveau, des gens que je pouvais admirer
Mes camarades étaient coopératifs pour certains. J’ai pu photocopier certains de leurs cours.
Les professeurs étaient un peu moins indulgents que quand j’étais au lycée. Je m’étais habituée à ce confort … bien mal m’en a pris.
Le professeur se déplaçait le long de la classe, mais aussi parfois en large.
Il n’est pas facile de faire de la lecture labiale sur quelqu’un qui se déplace tout le temps…

Parfois le professeur s’installait derrière un ordinateur, ce qui me cachait sa bouche. Je ne pouvais pas faire de lecture labiale en restant derrière lui, ou sur les côtés puisque toute la classe était rassemblée autour de lui. Le seul moyen que j’avais trouvé, était de faire le tour de la table, et je me plaçais face à lui juste derrière son écran : bonjour la discrétion !
Un truc de fou qu’on imagine difficilement en fait. Je me rappelle encore, c’était des cours de Director et de Lingo (ceux qui connaissent rigoleront) !

J’ai malgré tout été obligée de rappeler (gentiment, ça va de soi !) le professeur à l’ordre à plusieurs reprises durant l’année. Normalement c’est l’inverse, mais là c’était pas possible … pour juste arriver à suivre les cours.

Je garde un excellent souvenir de cette période là, surtout que j’avais proposé comme sujet en fin d’année un cd-rom permettant l’apprentissage de la langue de signes française du type méthode assimil. J’étais même allée voir une association de sourds très célèbre. Mon projet n’a jamais abouti, cela ne les intéressait pas.

J’ai rigolé quelques années plus tard quand j’ai vu le CD-rom finalisé de l’association en question. Ça m’a rappelé quelque chose … Je dis pas que j’aurais fait fortune, mais juste plaisir d’y participer par mon savoir-faire.
Ça aurait été trop drôle moi qui me faisais critiquer de “fausse sourde qui parle le français signé” (j’assume) de faire un cd-rom d’apprentissage de la langue des signes française. Les entendants n’imaginent pas la différence qui est très importante que font les sourds entre le français signé et la Langue des Signes Française (cf épisode 11).

Au moins, j’ai provoqué, je pense une réaction. Et c’est tant mieux.

Trouver du travail

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 25 janvier 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/vis-ma-vie-de-sourde-episode-13-2/

Le monde professionnel.
Celui d’avant 2005.
Quoi 2005 ? Date de la loi du 11 février 2005 qui traite entre autre le quota d’embauche de personnes handicapées. Ben oui, sinon c’est pas marrant hein.

Je vais provoquer certains je pense avec ce qui a été écrit.

Arriver dans le monde du travail au moment de la bulle internet, c’était juste chouette. Tout le monde se foutait de savoir si j’entendais ou pas. Il y avait du boulot pour tout le monde. Je pouvais changer de boulot d’une semaine à l’autre. Une bulle ça dure jamais.

Ce qui devait arriver arriva.
Essuyer de nombreux refus parce que l’on est sourd, c’est possible, ça arrive à tout le monde même en n’étant pas sourd.
Entendu via une tierce personne lors d’une prise de rendez-vous, je m’arrangeais pour faire prendre mes rendez-vous par téléphone à ce moment-là. En général, cela se passait relativement bien. Mais parfois …
Ha non c’est pas possible si elle peut pas répondre au téléphone”. WTF ? dans le monde du web ? hum.
Nous ne prenons pas de personnes handicapées” si, si, si on avait eu un magnétophone à ce moment-là, celui-ci il était grillé à la Halde. Discrimination.

Et puis, une personne handicapée c’est pas forcément diplômée hein.
On a le CAP, voire le BEP à tout casser hein … ben non.
Quand tu commences à rechercher un poste qualifié, c’est juste désespérant.
J’ai arrêté de chercher les postes “spécialisés” ou ouvert aux personnes en situation de handicap.

Une fois j’étais prête à postuler pour un poste qui me plaisait bien malgré la distance. Oui, sauf que l’employeur quand il a eu mon CV, il s’est juste dit que c’était pas possible. Que j’étais trop qualifiée et qu’en conséquence je ne pourrais pas être payée à ma juste valeur parce que je suis handicapée.

Recevoir des annonces de l’ANPE qui vous envoie des offres d’emploi pour être “traducteur LSF à La Villette”, j’en rigole aujourd’hui, moi qui ne faisais pas de langue des signes française mais du français signé.
Être sourde et faire de la traduction LSF, c’est plutôt un challenge non ?
Mais sur le coup, j’étais pas très contente. Plutôt assez énervée. La conseillère ANPE, je l’ai un peu beaucoup engueulée.

Le monde du travail, c’est pas le pays des bisounours. J’croyais. Ben non.

Négocier un salaire, c’est chaud. Demander tant, et s’entendre dire que ben non, c’est pas possible parce qu’il y a des choses qu’on fera pas comme tout le monde dans ce poste, alors c’est en moins sur le salaire.
Ahem.
Quand je pense qu’un employeur pouvait toucher une prime à l’embauche d’une personne handicapée avec de surcroît une exonération des charges sur la base du SMIC. Ils ont des aides (je ne sais pas si c’est toujours d’actualité), mais … ça ne nous profite même pas.

Depuis, j’ai arrêté de me faire valoir en tant que personne handicapée, faire miroiter ces avantages, ça ne m’a strictement servi à rien pour ma part.
Juste à nous considérer moins bien que la normalité.

Quid de l’embauche en tant que personne handicapée, faut-il se signaler en tant que personne en situation de handicap sur un CV ?

Je ne sais pas. Je fais un pas en avant, un pas en arrière. J’hésite toujours.

Une fois, on m’a fait la remarque, que c’était comme si je cachais une information qui fait partie de moi. Sur le coup, j’ai réagi violemment. 😉
J’ai trouvé ça dommage. Le handicap est-il un critère d’identité ?
Est-ce qu’on signale sa religion, sa couleur de peau, son poids, c’est d’ordre privé, non ?

Je n’ai pas de preuves comme quoi ça ne m’aide pas, ou en quoi cela m’avantage.
Je sais juste que quand je cherche un travail, je vais galérer à me réintégrer, galérer à expliquer en quoi consiste la surdité si les personnes s’y intéressent, galérer à comprendre les gens, galérer à comprendre le fonctionnement de la société dans laquelle je suis intégrée.
Parfois ça va vite, parfois c’est long, trop long.

Et quand je trouve pas ma place au bout d’un certain temps dans ma limite de ce que je peux supporter, je m’en vais à la recherche d’un travail que je pourrais aimer, juste pour pouvoir y aller avec entrain le matin, peu importe le reste.

Communiquer

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 1 février 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/communiquer-2/

J’ai de la chance d’avoir quelques (trop) rares personnes autour de moi qui pensent à la surdité, à la manière dont le silence peut être perçu, qui s’interrogent et qui parfois font vraiment attention à vous. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde.

Je n’ai pas pour habitude de regarder des vidéos, ni de les partager, pour les simples raisons suivantes : elles sont souvent pas sous-titrées. Je vous rassure celle-ci l’est et bien sous-titrée pour les sourds et malentendants.
Les autres raisons sont le temps et l’accès à ces vidéos en journée cela est difficile. C’est pourquoi je vous en parle ici. Pour moi elle reflète beaucoup de choses que je ne peux pas expliquer où c’est compliqué.

Cette vidéo est bien tournée, jolie par l’image, tendre par les échanges, les visuels, la musique est jolie, elle donne bien le ton et le rythme.
Elle montre aussi quelques aspects de ma vie.

C’est un des sentiments que mon conjoint a pu ressentir lors de soirées ou de repas, être exclu dans l’autre sens c’est difficile aussi. Certains d’entre-vous l’auront peut-etre vécu à Paris Web (je vous rassure c’était fait exprès, pour vous montrer ce que ça peut faire… ).

Le sentiment est clairement exprimé dans cette vidéo et j’aime beaucoup. Le message est clair.

« Téléphoner » à mon conjoint dans les années 2000, ce n’était pas chose aisée comme aujourd’hui, nous n’avions pas l’illimité, nous n’avions pas les centres relais que les américains ont depuis quelques temps déjà, qui commencent à pointer leur nez en France mais ce n’est pas « spontané » pour l’utilisation.

C’est certes en train d’être mis en place en France mais ce n’est pas systématique. Ce sont souvent des services « spécialisés ».
Nous à l’époque, nous utilisions MSN, IRC, ICQ et évidemment les SMS qui étaient à un franc le message. Quelle douloureuse expérience qui nous a coûté cher ! 🙂

Une chose est certaine, c’est que le jour où nous aurons les centres-relais mis en place et à une somme modique (pas un truc qui coûte les yeux de la tête), ce sera un grand pas vers la communication mais aussi une autonomie totale.

J’ai trouvé ça, quelque part un peu utopique même si je sais que c’est possible dans les pays plus avancés que la France, de pouvoir parler directement à son amoureux même s’il y a une tierce personne, ce qui est important, c’est qu’elle est inconnue, et fait en sorte comme s’il n’y avait pas de barrière dans cet échange.

Signaler son handicap ?

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 8 février 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/signaler-son-handicap/

Libre comme l’air.
Voilà que je suis libre de tout engagement depuis hier.
J’avais posé ma démission il y a 8 jours maintenant.
8 jours pour réaliser que j’étais à nouveau sur le marché de l’emploi.

Pleine d’enthousiasme, de motivation pour retrouver un travail dans lequel je pourrais m’épanouir, évoluer avec ma surdité, ce n’est pas chose impossible je pense.

En pleine figure.
Refaire façe à des choses qui vous reviennent en plein fouet dans la figure, même si ce n’est pas volontaire. C’est juste un peu dur.

Stipuler sur son CV qu’on est « sourde oraliste« , je me demande parfois si cela sert à quelque chose. Ou est-ce un frein pour ceux qui ne connaissent pas, ou qui ne veulent pas faire face aux aléas de cet handicap ?

Recevoir des messages du type : « Je suis joignable à ce numéro si vous souhaitez plus d’informations« , répondre gentiment qu’on entend pas mais qu’on est disponible par email pour ensuite se voir lire un email du type : « je suis désolé, j’ai lu votre cv trop vite. »

Ah oui mais non.
Dois-je le dire plus fort, l’écrire plus gros, ou tout simplement « cacher » cet handicap qui peut parfois faire peur quand on connaît pas ? Comment faire de sa surdité un atout quand on recherche du travail ? Pour ma part, c’est foutu, c’est écrit, référencé partout sur le web.

Expertise.
Lire des annonces parfois démesurées nous révèle que les recruteurs cherchent la perle rare, ce que je peux comprendre. Nous vivons dans un monde où on doit tout savoir faire, et en même temps être pointu dans notre travail.

Constater que le terme « expert » est présent dans beaucoup d’annonces.
Est-ce un terme juste pour faire joli, pour attirer les gens ?

Moi aussi je pourrais marquer « experte en …« , mais cela serait tricher avec la réalité. Je peux simplement dire que je suis honnête mais motivée.

A ce moment précis, je pense à une seule chose : Rudy Rigot qui nous avait fait une conférence à Paris Web.

Nous sommes tous experts en quelque chose finalement, peut-être pas dans le domaine dans lequel nous croyons l’être.

Et mes oreilles ?
Parfois, j’ai juste envie qu’on oublie ces oreilles-là qui ne marchent pas, j’ai juste envie qu’on me considère pour ce que je suis, pour mes compétences voire même envisager de me spécialiser un peu plus dans un domaine qui m’intéresse.

Entendre c’est du confort

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 21 mars 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/episode-16-entendre-cest-du-confort/

Voir cette publicité me fait rire tout doucement …

590 euros, c’est le prix qu’on pourrait débourser pour se payer des lunettes ou une couronne…
Mais ce n’est que le prix d’une réparation de mon appareil auditif, quand il commence à se faire vieux, que le micro commence à lâcher ou toute autre pièce permettant le fonctionnement ou la retransmission de ce son dont j’ai besoin pour entendre.

Juste pour me permettre d’entendre au quotidien, de ne pas me retrouver dans ce silence auquel je ne suis pas habituée et que pourtant j’aime quand le bruit devient excessif.

Mes appareils auditifs sont la vie, mes repères dans l’espace. Sans eux, je ne suis rien, je ne comprends plus rien, je fais répéter maintes fois. Je dépéris sans son, je suis, inconsciemment, animée par le bruit.

Quand je ne les ai plus, je ne suis pas moi. Je suis une autre moi. Et je n’aime pas.

Vu comme ça, on est à mille lieux d’imaginer que je puisse m’en passer, malgré le coût de ces appareils.

Jusqu’à mes vingt ans, j’ai toujours été appareillée correctement, puisque la prise en charge était faite par la sécurité sociale à 65% (60% depuis mai 2011 sur la base de la Sécurité Sociale : 199,71€) du prix des appareils auditifs et la mutuelle couvrait le reste la plupart du temps.
Au-delà de l’âge limite fixé par la Sécurité Sociale, visiblement tu n’as plus besoin de tes appareils auditifs, style « t’es majeur, t’es vacciné » …
Comme si on avait une date d’expiration. Pas très drôle en soi quand même.

Quand tu as plus de 20 ans, la prise en charge de la sécurité sociale est de 129,81 euros pour un appareil… soit 260 euros pour les deux.

Entendre c’est du confort.

Quelqu’un qui a une surdité comme la mienne qui est classée « profonde« , avoir des appareils qui soient puissants, qui puissent nous retransmettre le son assez fort, fort de manière à ce que vous entendiez une espèce de « larsen » si on a un peu d’air qui s’infiltre entre nos embouts et nos oreilles. Ces appareils-là sont considérés comme du « confort » par la sécurité sociale.

Je vous vois derrière votre écran avec vos gros yeux.
Si, si. Confort, tu as bien lu !

Les appareils auditifs, c’est comme les machines, ça se répare, ça s’use … et ça coûte cher !

Généralement, pour conserver une qualité correcte il est conseillé de les changer tous les 5 ans voire 7 ans.
Donc à chaque changement d’appareils, tu sors ton portefeuille, tu alignes tes économies pour pouvoir entendre correctement, du moins avoir un son de qualité.

Avant d’avoir des appareils numériques il y a 10 ans, j’avais des appareils « analogiques » car on me disait : « Mademoiselle, votre surdité est trop importante pour avoir des appareils numériques, ils ne seront pas assez forts en puissance pour vous restituer une audition « correcte » …« .
J’ai eu la chance de rencontrer une personne formidable, a redonné « naissance » à mes oreilles avec ces appareils numériques.
Et très souvent, j’y pense.

Mon appareillage il y a 5 ans, a couté aux alentours de 4000 euros.

Avec le remboursement dérisoire (de confort ?) de la Sécurité Sociale, et le complément de ma mutuelle, il me reste encore plus de la moitié à ma charge.
La tu choisis, soit c’est pour ta pomme, soit tu vas mendier auprès des services publics.

Je vous épargne les réparations, le changement d’embouts, qui elles aussi ne sont pas toujours bien prises en charge.

Qui a dit que c’était pas cher ? Ah oui, c’te fameuse publicité …

Aller vers l’inconnu

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 25 avril 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/episode-17-aller-vers-linconnu/

Arriver à un rendez-vous, ne pas savoir à l’avance si on va comprendre la personne, ça pimente ma vie, ces temps-ci.

Arriver à un numéro de rue, se rendre compte qu’on est face à un digicode…

Quand je vois un digicode, je pense toujours à cet humoriste qui avait fait un sketch là-dessus. Je souris la plupart du temps, mais j’ai toujours cette pointe d’angoisse en moi.

Une pointe d’angoisse, parce que je ne sais pas ce qui m’attend après.
Que vais-je trouver ? Une porte ouverte ou fermée, un sas d’entrée ?

Et bien souvent, c’est un interphone où il n’y a aucune indication si la porte est ouverte, si l’interlocuteur a décroché, tu ne sais pas à quel moment parler puisque tu n’entends pas les sons émis par celui-ci.

Sensation désagréable qui est vite comblée par l’accueil que tu peux avoir une fois franchi cet obstacle.

L’interphone, c’est pas mon ami, c’est un inconnu pour moi, on m’a toujours dit de ne pas parler aux inconnus.

Elle a tout d’une grande

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 27 avril 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/episode-18-elle-a-tout-dune-grande/

On dirait un slogan pour une voiture, certes, mais non.

En période de vacances scolaires, j’ai eu le malheur de dire à mon fils qu’on allait aller à la Cité des Enfants (Cité des Sciences) !!
Ni une, ni deux, je regarde sur le site internet les horaires, comment y aller, toussa. Et à mon grand désespoir, j’ai découvert sur le site qu’il fallait réserver… hum.
Les choses se compliquent.  Ca aurait été trop beau que ca se déroule comme une lettre à la Poste.

Je clique sur « Tarifs et Billets« , je vois que les espaces de la Cité des Sciences sont en accès gratuit pour les personnes handicapées. Bien. J’essaie de voir comment je peux faire pour pouvoir y aller avec mon fils. La Cité à la carte. Je déroule, je vois « Cité des enfants 2-7 ans« . Bien. tout va bien jusque là. Ils avaient dit qu’il fallait « Réserver en ligne« .

Je tente de réserver tout en sachant que j’ai droit à un accès gratuit.
Tu me diras que c’est normal ou pas mais c’est comme ça.

Je vois une liste de dates, ah oui, mais pas pour aujourd’hui.
Dommage que ca puisse pas prendre en compte le jour J (oui je sais j’aurais du m’y prendre à l’avance mais avec un gosse qu’est ce que tu veux, et pis la météo ça joue aussi !).

Et là je me rends compte qu’ils disent « L’accès gratuit se fait sans réservation, après retrait d’une contremarque au guichet « assistance réservation internet » (niveau 0). »
Sur le coup, j’ai un doute. Faut réserver ou pas.
Est-ce que je prends le risque de faire une heure de transports avec mon fils, et au pire me voir refuser l’accès car je n’ai pas réservé, ce qu’ils disent partout sur le site internet… Pas simple.

Je tente en regardant pour le lendemain, et là je vois tarif plein, tarif réduit et pas de tarif gratuit sur justificatif. Dommage.

La précédente expérience avait pas été bonne car j’avais envoyé un email une semaine avant la ladite date et j’ai eu une réponse 3 semaines après la date décidée … J’ai pas voulu renouveler cette expérience aujourd’hui, mais j’étais ennuyée parce que j’avais promis à mon fils qu’on irait et aujourd’hui (je sais, je suis pas dans la m****).

Je farfouille sur le site internet, je tombe sur « Visiteurs sourds » et « Visiteurs malentendants« .

Visiteurs sourds, oui pourquoi pas sauf que j’ai pas vraiment besoin de la langue des signes pour l’accueil même si je connais cette langue.
Visiteurs malentendants, ben non, parce que j’utilise pas la boucle magnétique.

Voilà, j’ai encore les fesses entre deux chaises. Sentiment désagréable.

Je prends sur moi : oui je suis sourde, non je ne parle pas la langue des signes française au quotidien. Je me dis que je vais tenter la réservation par SMS, chose que je n’avais jamais encore expérimentée jusque là puisque j’ai une paire d’oreilles disponibles (mon mari).

Mais un peu de liberté, d’autonomie, de spontanéité, c’est chouette aussi.

Réponse dans les 15 minutes qui ont suivi mon envoi.
Impression agréable. Enfin.
Réservation faite par SMS. C’est chouette.

Je peux dire à mon fils qu’on va VRAIMENT aller à la Cité des Enfants, et qu’on va passer un moment de ouf tous les deux.

J’ai l’impression d’avoir grandi tout d’un coup. Je suis grande. C’est enivrant.

Liberté, Égalité, Fraternité

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 10 mai 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/liberte-egalite-fraternite/

Il me semble important d’en parler, de la citoyenneté.

Durant mon enfance, les hommes politiques, toussa, c’était un truc de grandes personnes.
A l’adolescence, t’es un peu rebelle, t’as d’autres idées en tête hein. C’était un peu chiant pour moi parce que c’était pas franchement facile de les suivre sans sous-titrage, il fallait lire les journaux, essayer de décrypter, de découvrir que tel journal était de tel bord politique, et ainsi de suite.

Une fois que j’eus la majorité, il ne me fût pas simple d’avoir un avis politique, déjà qu’en temps normal c’est pas évident, mais quand tu n’as pas forcément le vocabulaire, ou arriver à saisir les nuances du second degré, voire du troisième degré … je vous laisse imaginer la difficulté.

Les élections présidentielles « accessibles » cela ne date de que très peu de temps. Celles qui furent accessibles pour la première fois, c’était en 2007. Je n’avais pas 30 ans !

Les débats sous-titrés, tant bien que mal, étaient un exploit !
Je ne peux pas vous transmettre intégralement l’émotion que j’ai eue en 2007, une énorme satisfaction de résultats positifs grâce au travail collaboratif avec les associations de sourds et malentendants auxquels j’avais activement participé en 2005 lors du vote de l’article de loi n°2005-102 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

Retransmission sur écran, place de la Bastille, du discours de François Hollande à Tulle
Discours de François Hollande à Tulle diffusé à Paris

Le débat retranscrit en langue des signes, un truc énorme. Du jamais vu pour ceux qui signent et qui peuvent avoir des difficultés avec le sous-titrage ! Un sentiment d’égalité.

Cette année, un nouveau quinquennat commence, même schéma, les débats sous-titrés, le débat entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, traduit également en langue des signes.

Mais ce qui me touche bien que je ne pratique pas la langue des signes au quotidien, c’est que le discours présidentiel de François Hollande qui a eu lieu place de la Bastille à Paris a été sous-titré et traduit, et ça, c’est juste énorme.

Des raisons personnelles ne m’ont pas permis d’être sur place, mais je suis heureuse de ce premier pas en terme d’accessibilité. Un sentiment de citoyenneté, un sentiment d’égalité.

J’ai juste envie de dire « Liberté, Égalité, Fraternité« .
Et il faut que ça continue.

 

I have a dream

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 16 mai 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/i-have-a-dream/

J’ai rêvé quand j’ai débarqué de l’avion à New York aux États-Unis, je comprenais les vidéos d’accueil parce qu’elles étaient sous-titrées ;

J’ai rêvé quand j’ai vu une plage braille sur l’identification du taxi ce que je n’ai jamais vu ici ;

J’ai rêvé quand j’ai vu tous ces trottoirs accessibles aux fauteuils roulants et aux aveugles ;

J’ai rêvé quand j’ai vu ces sous-titres d’une émission retransmise sur les écrans de Times Square, c’était énorme (émotionnellement et physiquement) ;

J’ai rêvé quand j’ai allumé la télévision et que le sous-titrage était fluide ;

J’ai rêvé quand j’ai vu toutes ces publicités sous-titrées à la télévision ;

J’ai rêvé quand j’ai vu les sous-titres à la télévision au restaurant au milieu de tous ces gens qui mangeaient sans être gênés ;

J’ai rêvé quand je disais « Sorry, i don’t understand, i’m deaf » de voir ce respect d’autrui sur leur visage ;

J’ai rêvé quand j’ai vu un clavier TTY dans une cabine téléphonique dans le métro ;

Au retour, sur le point d’atterrir, lorsqu’un membre de l’équipage a pris la parole pour annoncer notre arrivée à Paris, les écrans vidéos de l’avion ont affiché « Message d’annonce aux passagers« , et que je n’ai rien compris à ce message d’annonce mais que je peux facilement imaginer …

Non, je n’ai pas rêvé. C’est un rêve en France, et je l’ai vécu aux États-Unis.

I have a dream. I have a dream that one day it happen in France*.

 

PS : en attendant, j’espère déjà retourner rapidement aux États-Unis.

* : J’ai le rêve que cela se réalise un jour en France [Inspiré de Martin Luther King].

 

Mes conversations « Roland-Garros »

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 23 mai 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/conversations-roland-garros/

On peut pratiquer du tennis sur terre battue, sur gazon, moquette et j’en passe…
Le sport, c’est bon pour la santé !
Mais comment ça, le tennis ç’est fatiguant ?!

Suivre des conversations c’est pareil. Faut être tout terrain. hein.
Ne va pas croire que je vais te parler de Roland Garros 2012, ca t’aurait plu d’avoir mon avis sur cet événement mais non. c’est pas pour cette fois-ci. Et il me semble que ça a commencé hier !

Se mettre à la place de l’arbitre, c’est peut-être rigolo tu me diras, surtout quand on est en haut de la chaise.
Tel un pacha sur le terrain de tennis.

Juste à ma place, là, ici, entre 2, 3, 4, 5 personnes voire plus. La plupart du temps, les conversations en groupe, c’est aussi sportif que du tennis.
Hein, quoi ? Je suis sportive oui, mais pas de la raquette ou de la petite balle jaune, non, pas du tout. Sportive ès conversations.

Suivre des conversations peut s’avérer un exploit aussi, tu regardes une personne, tu vois qu’elle a fini sa phrase, tu tournes la tête pour voir qui répond, et parfois à la limite répondre ça peut arriver aussi quand tu veux participer à la conversation, quand tu PEUX participer surtout.

Suivre une personne, encore une autre, et ainsi de suite, c’est presque pire que le tennis.
Pire ? pourquoi donc ? Parce que la plupart du temps, soit t’as raté (non pas ta vie), soit t’as pas compris le début de la phrase.
Bien souvent je suis sur la touche parce que quelqu’un a déjà pris la parole.

Dans mes rêves, il faudrait qu’on parle chacun son tour, qu’on évite de se couper la parole aussi vite histoire que j’arrive à suivre les différentes conversations.

Il faudrait aussi éviter les mains sur la bouche, ne pas prendre la posture du penseur de Rodin tout en continuant à parler.
« Évite de parler la bouche pleine » ce n’est pas la grand-mère qui parle, c’est moi qui regarde tes lèvres bouger et le fond de ta bouche pour te comprendre.

Mais bien souvent, je ne dis pas aux gens de ne pas parler la bouche pleine.
Faites l’expérience pour voir : ne regardez plus les yeux de votre interlocuteur mais la bouche.
Des fois, au détour d’une canine je découvre un chewing-gum qui passe d’une dent à l’autre…
C’est fou le nombre de choses qu’on peut trouver entre les dents !

Je suis polie, j’essaie de pas interrompre mon interlocuteur. J’apprécie que ça soit réciproque avec les personnes qui m’entourent pour la simple raison, cela me permet de pouvoir suivre plus facilement. Les conversations en français c’est déjà difficile, mais si vous changez de langue n’oubliez pas de me prévenir !

Souvent je suis dans le cas où je complète les phrases à ma façon, grâce à mon cerveau qui, telle une gymnaste qui a fait sa pirouette, moi je la fais dans mon cerveau (peut-être parfois inconsciemment).
Mais parfois compléter une phrase peut ressembler à l’auto-complétion de Google quand tu commences à taper un mot, des fois il te sort des choses un peu bizarres, voire même inattendues.

Moi, c’est pareil. Mais je ne suis pas Google.

Il arrive parfois que je décroche totalement, que mon regard se balade de groupe en groupe quand on est bien plus de 10 personnes, je laisse mes yeux naviguer comme un bateau en papier sur l’eau, je me laisse flotter.

Après ce court moment de répit que je me suis accordé, laps de temps où je n’aurai rien capté, où je me serai reposée, revenir à la charge est parfois compliqué, car réintégrer une conversation n’est pas toujours évident. J’ai toujours une bonne âme, la plupart du temps, à côté de moi qui me fait un rapide résumé ou qui me restitue la thématique de la conversation ce qui me permet de reprendre le fil.

Moi, dans mes conversations « Roland Garros« , je suis souvent spectatrice mais je joue rarement sur le court.

Un enfant, deux parents, des médecins…

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 30 mai 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/un-enfant-deux-parents-des-medecins/

Maman sourde qui parle, un papa qui entend, nous sommes évidemment les premiers à vouloir savoir si notre enfant entend ou pas.

Le personnel de la maternité ferme les yeux sur notre demande en nous disant « Nous n’avons pas le matériel » (J’étais perplexe puisque je connais des personnes qui ont accouché dans la même maternité, le test avait été effectué sur leur enfant), c’est juste terrible…

On rentre à la maison, persuadés qu’on a un bébé qui entend parfaitement, qui réagit aux paroles, qui sursaute, mais… C’est trompeur. On peut très bien se tromper. On a eu parfois nos moments de doute.

Il devait avoir 3 mois, nous sommes allés chez un ORL de ville spécialisé soi-disant dans la surdité, qui nous fait rentrer dans son cabinet (bruyant au passage) il nous demande de faire en sorte que notre bébé reste calme (en le faisant téter), quitte à l’endormir.
Tâche difficile pour un bébé qui est éveillé et attiré par tout ce qui bouge, tout ce qui est nouveau…

Mon mari donne le biberon à notre fils, l’ORL fait son test bizarrement, avec à peine les écouteurs enfoncés dans les oreilles… On se regarde dans les yeux tous les deux, un peu étonnés et à la fois un regard hagard.

Il termine son test, moi j’ai l’angoisse qui monte. Je n’aime pas l’ambiance qui est dans le cabinet. L’ORL en question, se retourne vers mon mari, ce soi-disant spécialiste de la surdité, qui devrait savoir comment se comporte une sourde, avec un air désolé.
Il dit à mon mari : « Faudra qu’on se revoie pour les Potentiels évoqués auditifs (PEA) »
Mon mari relève la tête en disant : « Pardon ? Il faut que vous regardiez aussi ma femme quand vous parlez« .
Il réitère sans oser me regarder.Moi, je ne comprends pas ce qu’il se passe. Mon mari me dit à priori que notre fils entend pas.
L’ORL nous pousse vers la sortie du cabinet en disant : « Ma secrétaire va vous donner un rendez-vous« .
Le rendez-vous aura duré en tout 20 à 30 minutes.
Nous sortons, prenons rendez-vous et on part à pied. On se pose sur les Bords de Marne.

On est stoïques, on n’y croit pas.
Là on appelle une amie, on lui demande conseil. Elle nous réoriente vers l’hôpital Trousseau.
Ils ont été admirables, réactifs. Ils nous ont pas laissé attendre trop longtemps.Cette semaine-la m’a paru une éternité, moi qui pensais que mon bébé entendait, et voilà qu’un ORL nous dit le contraire. J’étais persuadée de ce que je pensais. Mais je dois dire que pendant une semaine, j’ai arrêté de chanter des chansons, j’étais dans le doute. C’est terrible ce sentiment de ne pas être fixée.

C’est vrai, après tout, je suis sourde, on sait ce que c’est, on connaît le problème, c’est pas l’inconnu pour nous. Mais je ne voulais que le meilleur pour mon enfant (Toute maman pense ça que ça soit un enfant entendant ou sourd), s’il pouvait entendre c’était vraiment tant mieux pour lui, sinon on aurait fait avec si j’ose dire.

En même temps, les époques ont changé.
Les choses se passent différemment aujourd’hui même si ce n’est pas encore tout à fait le cas. Pour résumer il y a une petite amélioration au quotidien comparé aux années 80.

Une semaine après, nous avons rendez-vous à 11h, on nous a demandé d’empêcher notre fils de dormir dans la matinée pour justement faire le test dans les meilleures conditions.

C’est cruel, très cruel d’empêcher un bébé de 3 mois de dormir.

Nous avions commandé un taxi. Je monte à l’arrière avec mon fils, le taxi fait 500 mètres, mon bébé qui n’a pas l’habitude de la voiture, s’endort, je lutte contre son sommeil sachant que nous sommes qu’à 30 minutes de trousseau. Ça m’a paru encore une fois une éternité. J’ai réussi ma mission à moitié, mon bébé ne s’est pas endormi ou plutôt a papillonné. (Le taxi crève un pneu à 500 mètres de l’hôpital, je vous passe les détails)

Nous arrivons au rendez-vous, une charmante ORL nous reçoit, elle nous explique le protocole des oto-émissions acoustiques provoquées (OEPA) elle nous demande d’endormir notre bébé, on prend le temps, tout se fait doucement, on donne le biberon à notre fils, on fait des tours et des tours…

Et à un moment donne, il s’endort. On l’appelle, elle nous fait rentrer dans une petite cabine, toujours dans sa poussette, elle l’installe correctement pour faire les tests. Cette fois-ci, la cabine est bien insonorisée, ambiance feutrée que je connais depuis ma tendre enfance.

Première oreille, elle sourit, signe que c’est positif. Deuxième oreille, elle dit à mon mari « mais votre enfant entend très bien »

Nous sommes sous le choc. Il nous faudra bien des bonnes minutes pour nous ressaisir. Elle m’explique le principe du test, des cils dans l’oreille, de comment elle peut le savoir.

On laisse notre bébé dormir dans la poussette, on revient dans son bureau et nous terminons le rendez-vous avec cette certitude que notre enfant entend. Je suis consciente de la chance que mon enfant entende.

Sophie Drouvroy, marraine de « A deux mains »

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 5 juin 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/sophie-drouvroy-marraine-de-a-deux-mains/

Je suis la marraine digitale de l’association « A deux mains » qui est une association destinée à accompagner la construction de la communication chez l’enfant sourd et le bilinguisme des enfants entendants de parents sourds auprès de tout-petits de moins de 3 ans. A partir de demain pendant 10 mois, je vais les accompagner et vous relater cette aventure ici également.
Vous pourrez également suivre cette aventure sur Twitter sous le hashtag #EspoirsDuChangement

Pourquoi as-tu accepté de devenir la marraine de “A deux mains” ?
Étant moi-même maman sourde d’un petit garçon entendant, j’ai accepté de devenir la marraine de l’entreprise “A deux mains” car c’est selon moi une expérience positive pour l’épanouissement des enfants et parents entendants/sourds.
La parentalité n’étant déjà pas livrée avec un mode d’emploi, mais avec un handicap c’est encore moins simple. On se pose toujours plein de questions et c’est parfois déroutant, et si on peut faciliter les choses, c’est encore mieux.

Que t’inspire l’opération Jeunes Talents ?
Ayant déjà entendu parler de cette opération l’an dernier par un lauréat, l’opération Jeunes Talents de SFR est pour moi un tremplin formidable pour mes filleules, et ce projet mérite d’être développé, soutenu. Cette opération est un exemple de ce que peut apporter internet.
Que le virtuel peut permettre de rapprocher de gens, des projets, qu’il peut permettre de jolies rencontres positives.

Quelle histoire veux-tu raconter à ton lectorat au cours de ces 10 mois d’accompagnement ?
J’aimerais raconter à mon lectorat tout au long de ces 10 mois d’accompagnement, l’histoire d’une association qui se concrétisera grâce à leur engagement, qui sera un exemple pour tous à travers mon ressenti de parent sourd, de personne sourde qui milite pour une meilleure intégration tout simplement.

Source : Blog de SFR Jeunes Talents Entrepreneurs

D-Day : la rencontre avec Sabrina, ma filleule

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 21 juin 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/d-day-la-rencontre-avec-ma-filleule-sabrina/

J’ai été contactée pour une opération de parrainage de l’association À deux mains dans le cadre de SFR Jeunes talents, pour pouvoir communiquer sur ce projet sur 10 mois en tant que marraine numérique.

Cette association a été montée par Sabrina Grollemund et Sandra Rauner. Elle a pour but d’accompagner la construction de la communication chez l’enfant sourd et le bilinguisme des enfants entendants de parents sourds auprès de tout-petits de moins de 3 ans, qui se présentera sous la forme d’ateliers pédagogiques itinérants dans toute l’Île-de-France, un accompagnement destiné aux enfants, aux parents et aux professionnels pour acquérir et pratiquer la LSF, un accompagnement privilégié des familles et la création d’un lieu d’accueil pour les tout-petits, qui accueillerait les enfants sourds ou les enfants entendants de parents sourds.

Jeudi 6 juin, une nouvelle journée commence après avoir déposé mon fils à l’école. Je me prépare pour aller à l’appart SFR à Paris.

Comme souvent, à mon habitude, je fais mes repérages avant sur le net pour pouvoir justement « communiquer » aisément, ou plutôt être à l’aise avec les gens que je vais rencontrer mais que je ne connais pas forcément.
Après avoir passé la matinée à surfer sur le blog de sfr étant le point de départ de tout,j’ai pu facilement reconnaître les  marraine/parrain blogueurs ainsi que la liste des lauréats, je pars à l’appart SFR avec une certaine excitation qui est aussi de la fierté.

Un chouette accueil nous y attend, malgré ma timidité, j’essaie de passer outre, de m’intégrer à ce groupe qui a l’apparence de « copines » alors que je ne connais personne ou quasiment. Le sentiment qui m’envahit est étrange… Mais positif.

Je sais que je vais rencontrer ma filleule, que c’est quelqu’un de très engagée dans ce qu’elle fait.
On nous installe tous ensemble avec Marjolaine Solaro, Sophie Gironi, Catherine Pelcé, Sandrine Camus, Fabien Abitbol, Jérôme Hoarau et Mathieu Carlier  dans une pièce attenante à celle où nos lauréats passent chacun leur tour devant leur jury, on nous demande plusieurs fois de faire moins de bruit. Signe que l’ambiance est détendue de notre côté malgré ma surdité, j’arrive à suivre quelques conversations. Je dois dire que j’ai rencontré des personnes formidables !

Vient le moment où je rencontre Sabrina, je suis sans voix. J’essaie d’engager la conversation, mais rien à faire. Et là, on me souffle dans l’oreille, qu’elle n’est pas encore passée devant le jury.  Je me fais toute petite et je repars la où j’étais.

Au moment où Sabrina est en train de passer devant le jury, je passe au maquillage pour l’interview. Intimidée par la maquilleuse et son matériel, elle fait preuve de professionnalisme, surtout quand je lui annonce que je ne me maquille jamais. Les rares fois ça devait être pour mon spectacle de fin d’année quand j’étais gosse, mon mariage et l’événement SFR… Même si Muriel me dit que je suis bien maquillée que ça ne se voit pas, j’ai du mal à la croire, mais c’est normal je n’ai pas l’habitude.

Vient la rencontre, timide l’une comme l’autre.
Je pense qu’on avait chacune nos appréhensions par rapport à la communication.
On fait l’interview, l’ambiance se détend d’un cran. On rigole.
Je commence à être un peu plus dans mon élément même si parfois je ne comprends pas toujours ce qui se dit, ni qui se passe autour de moi.

Nous partons faire les photos, la séance était très rigolote. Un chouette moment, même si à un moment donné je re-signale avec humour que j’entends pas que le photographe doit répéter sa consigne sans être derrière l’objectif.

Enfin, la soirée a lieu. Je découvre avec surprise une grande scène, un écran de projection géant, une petite télévision sur laquelle il y a la vélotypie de la soirée et une interprétation  en LSF qui est assurée par Aditus. Un exploit pour les interprètes et la vélotypiste, ça parlait à toute vitesse. Mais au moins, je comprenais comme tout le monde. Sur le même pied d’égalité.

 

Chaque lauréat doit re-défendre son projet devant le public de la soirée en 60 secondes.
Sabrina a brillamment défendu son projet et ce dans les temps. Sandra nous a rejoint pour la soirée, j’ai pu faire sa connaissance.
Pas de prix de lauréat pour À deux mains, mais un soutien de la part de SFR, et moi qui vais les suivre tout au long de ces 10 mois.

Une belle rencontre, qui je l’espère pourra être bénéfique à leur projet qui me tient à cœur, puisque moi aussi, maman sourde, je suis sensible à la communication entre enfant /parent d’autant plus que je suis un couple mixte : sourd / entendant.

Merci à Jane et Muriel pour cette belle rencontre.

Paris Web, une normalité exceptionnelle ?

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 26 juin 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/paris-web-une-normalite-exceptionnelle/

J’attendais avec impatience la publication du programme de l’édition 2012 de Paris Web, un rêve qui s’était réalisé l’an dernier puisque j’avais pu y accéder grâce à la vélotypie, et d’autres personnes ont pu y participer tout en suivant les interprètes LSF sponsorisés par la MACIF.

Un rêve qui s’était réalisé, que j’ai pu toucher de mes propres doigts en tant que personne sourde mais aussi en tant qu’oratrice.

Édition 2012, l’exploit est renouvelé.
Velotypie, interprètes lsf ont été mis en place. Je remercie les partenaires d’avoir pu rendre cela possible, rendre Paris Web accessible, la seule conférence à mes yeux accessible aux personnes sourdes et malentendantes, à ce jour.

Publication du programme de Paris web, j’en suis plus que ravie. Que des bonnes choses à découvrir.
Oui mais, Twitter s’est un peu (trop) enflammé à mon goût.
La critique était : « Oh mais c’est pas possible, il n’y a que 3 conférences sur le sujet de l’accessibilité sur la totalité« 

Qu’on se le dise, l’accessibilité, c’est comme de l’oxygène dans l’air que tu respires.
Moins il y en a, plus tu suffoques.
Tu ne la vois pas et pourtant tu en as besoin…

À nous de le rendre visible cet oxygène, il en faut pourtant pas beaucoup.
Il suffirait d’en tenir compte quand on crée un site internet, quand on code, quand on réfléchit au positionnement sur les moteurs de recherche, quand on tourne des vidéos, quand on fait de la radio.
Ne pas se poser la question de si on a le temps, si c’est cher. Ça devrait être systématique.

Ça devrait être enseigné dès le départ quand on apprend à programmer.
Comme quand on apprend à lire et à écrire, on apprend l’éducation civique.
L’accessibilité, c’est pareil : c’est du HTML citoyen !

Si je poussais le bouchon plus loin, je dirais que c’est un devoir.
Avec le recul, avec la loi du 11 février 2005, c’est devenu un devoir…

C’est facile de critiquer, les cordonniers sont les plus mal chaussés, tout le monde le sait.
Combien ont fait des conférences accessibles ?
Des conférences qui ont été traduites en langue des signes ou voire même velotypées,
Des conférences avec un support écrit afin de pouvoir le diffuser aux personnes qui ne peuvent pas suivre à l’oral ?

Un petit quid de bonnes pratiques des conférences accessibles à mettre en place pour l’édition 2013 ? Il n’est jamais trop tard pour commencer.
Et si on commençait par vous ?

Aujourd’hui, l’accessibilité n’est pas quelque chose qui est rentrée dans les mœurs.
Pas quelque chose de « normal ».

Je dirais simplement :

« C’est donner à la personne les moyens dont elle a besoin, compte tenu du handicap, pour qu’elle dispose de toutes les chances de s’épanouir, au même titre que tous les citoyens, dans une société accessible à tous sans discrimination. »

(Boris Cyrulnik, Jean-­Pierre Pourtois, École et résilience, 2007)

L’interview du D-Day avec Sabrina

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 2 juillet 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/interview-de-ma-filleule-sabrina-grollemund/

Le 6 juin dernier, c’était le D-Day de ma rencontre avec Sabrina Grollemund.

J’ai été choisie pour être sa marraine numérique pour pouvoir communiquer sur son projet « A deux mains » dans le cadre de l’opération SFR Jeunes Talents Entrepreneurs.

Pour cette première rencontre, nous avons fait une petite interview rapide de moins de 3 minutes pour pouvoir vous présenter le projet rapidement.

Minitel, liberté si chère.

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 4 juillet 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/minitel-liberte-si-chere/

À l’heure où j’écris ce billet, le Minitel est en train de disparaître.

Cet objet qui a peuplé des millions de foyers français.
C’était pour certains, un annuaire numérique, pour d’autres, un objet permettant de voir de nouveaux horizons.

J’ai du mal aujourd’hui quand je vois qu’on assimile directement le Minitel à ces services roses.
Alors que c’était un outil formidable mais aussi cher.

J’ai eu le Minitel chez moi, je ne sais plus quel âge j’avais mais j’étais au collège, en pleine adolescence.

Ce Minitel était ma liberté de communication, je bravais parfois les interdits, le cœur battant.

Qui n’a pas essayé ces forums où tu parlais à des inconnus, si parfaits, que même moi je m’inventais un personnage féminin avec un prénom que je n’avais pas. Le cœur battant, j’ai testé une fois ces services, avec la peur au ventre de me faire choper.

Cet outil qui me permettait de parler avec d’autres personnes sans que je doive passer par mes parents.
C’était juste génial.

Mais, ce Minitel a eu plusieurs apparences, la première fois il était marron foncé, voire chocolat. C’est le Minitel que la plupart des gens ont eu. Moi j’ai eu une seconde version. Un Minitel qui était de couleur beige et qui ne se repliait pas, c’était le Minitel 1 dialogue. Il prenait une place folle dans le salon. Ma mère a accepté cet outil si moche, si inesthétique parce qu’il me donnait une petite part de liberté. J’en ai eu un troisième, qui était accompagné d’une boite noire avec un bouton rouge.

Je ne pouvais pas savoir quand le téléphone sonnait si c’était pour moi ou pas. Les premiers jours de présence du Minitel à la maison, j’étais toujours aux aguets. Comme pour tout ce qui pouvait être nouveau et améliorer mon autonomie au quotidien.

Quelle excitation quand le téléphone sonnait, qu’on allumait le Minitel, que j’attendais de voir les premières lettres apparaître sur mon écran en noir et blanc. Je m’amusais à reconnaître les personnes dès les premières lettres, grâce au style, grâce à la vitesse de frappe…. Tout un ensemble qui me permettait de savoir qui m’appelait.

Liberté si chère, la facture téléphonique explosait si je dépassais tant de temps. J’ai appris à taper vite quand on sait que la minute était excessivement chère. Que ma maman était souvent pas très loin pour me rappeler à l’ordre, même si parfois il y avait des excès.

Le 36 18, ce service qui était une révolution pour les sourds et malentendants. Ce service « minitel à minitel » ou son petit nom est « Miami« , exotique n’est-ce pas ?
La minute était très chère. Plus chère que celle du 36 15 qui était déjà de l’ordre approximatif de 9 euros de l’heure soit 60 francs pour l’époque.
Miami et 36 14*handitel ont été mes premiers réseaux dès que j’ai eu la possibilité de les utiliser.
Handitel était un forum d’handicapés en tout genre, on s’y retrouvait avec les copains du lycée et de l’association d’étudiants dans laquelle je participais.

Ce Minitel a aussi été le premier outil avec lequel j’ai pu communiquer avec mes tantes qui s’étaient équipées spécialement pour moi, pour que je puisse communiquer avec mes parents quand j’étais en vacances chez elles. Liberté quand tu nous tiens, quand on t’a goûtée, on te lâche difficilement.

C’est pas avec amertume que je vis la disparition du Minitel, puisque Internet a pris le relais.
Mais c’est une autre histoire là…

Juste un peu de nostalgie envers cet outil si formidable pour l’époque.

Entendre, regarder, comprendre

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 12 juillet 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/entendre-regarder-comprendre/

Voir des sièges de couleur alternées d’orange, de rouge, le train qui roule tantôt sous le soleil, tantôt sous la nuit du tunnel…

Se laisser bercer par le roulis du train.
Essayer d’entendre, de reconnaître les petits bruits autour de moi sans les regarder.

Un vombrissement, un son qui pourrait correspondre à un chat qui ronronne…

Entendre le bruit des roues sur les rails, les assimiler à d’autres bruits qui sortent de mon imaginaire.

Je suis dans mes pensées.

Les sons que j’entends ne sont pas imaginaires, mais la signification de ceux-là sont imaginaires… Comme Peter Pan qui a son pays imaginaire, j’ai aussi mon pays sonore.

Essayer de connecter deux mondes, celui de mon imaginaire sonore, et la réalité sonore.

Parfois, c’est incongru… Parfois, c’est vraiment ce que cela doit être.

La vision ne correspond pas toujours à ce que je peux parfois entendre.

Entendre ne veut pas dire comprendre.

Mais qu’est-ce que tu entends au juste ?

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 18 juillet 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/mais-quest-ce-que-tu-entends-au-juste/

Il m’est déjà arrivé à plusieurs reprises, d’expliquer ce que j’entends.

Au square, au milieu d’enfants, l’un d’entre-eux vient me voir, c’est un ami de mon fils.

Il me jauge, me tourne autour, rigole avec moi, me provoque dans son jeu. Je réagis à son petit jeu, ça l’amuse.

Et tout d’un coup, il se plante devant moi et me dit : « C’est quoi ce truc que t’as dans l’oreille ?!? »

Je souris, le papa du petit garçon gêné ne sait pas quoi lui répondre, je le regarde avec un regard rieur qui avait l’air de dire « Je vais lui répondre »

Je ris, je le regarde, je pèse mes mots avant de parler.
C’est un petit garçon de 4/5 ans, mais je vais m’adresser à lui comme si je m’adressais à un adulte. Je vois pas pourquoi il ne faudrait pas leur dire les choses comme elles sont.

Je lui dis : « Vois-tu, j’ai les oreilles qui ne marchent pas, ces trucs que tu vois, ils me permettent d’entendre des sons »
Il me regarde, ne bouge pas.
Je continue dans mon explication qui doit être à son niveau de  compréhension sans pour autant passer pour un alien ou une personne bizarre.
J’enchaîne avec une comparaison qui me traverse l’esprit : « Quand tu as la jambe dans le plâtre, tu peux pas t’en servir, alors tu as des béquilles. Mes appareils à moi, ce sont mes ‘béquilles’ et surtout il faut que je te regarde pour te comprendre en plus de mes béquilles. »

Avec le recul, ma comparaison est pourrie :  on ne peut pas comparer des oreilles à des jambes.

Le petit garçon se contente de la réponse, il me fait un sourire jusqu’aux oreilles. Je vois qu’il a eu la réponse à sa question. Mon fils vient le chercher pour jouer et ils repartent ensemble.

Sauf que… Il y a le papa à qui ma réponse a paru pas complète. Il me regarde d’un air inquiet sur la réponse que j’ai donnée.
Il me dit : « Mais vous entendez pas avec vos appareils ? »

Je lui dis que non. Je lui explique que entendre n’est pas comprendre.

Regard d’incompréhension.

Je lui dis que malgré, mes appareils je dois regarder les gens pour comprendre ce qu’ils disent. Sinon j’ai pas la totalité des paroles.

Soulagé et ravi de cette précision, nous continuons à parler comme si cette parenthèse n’avait pas eu lieu, et nous enchaînons sur la langue des signes des bébés et j’ai gagné un interlocuteur un peu plus sensibilisé à la surdité.

Sous le soleil, exactement

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 25 juillet 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/sous-le-soleil-exactement/

Ciel bleu azur,
Pas un nuage,
Un papillon blanc qui virevolte,
Ces branches d’arbres qui ramènent la fraîcheur,
Tout est parfait.

Entrer dans la gare RER, être assaillie de bruit de haut-parleurs dont je ne comprends rien mais en distingue le bruit.

Le bruit des escalators qui est assourdissant, qui hoquète à chaque marche avalée dans l’engrenage mécanique.

S’asseoir, attendre l’arrivée du RER, au bout de la rangée de sièges sur lesquels je suis assise, un jeune homme avec un casque très concentré sur sa musique, tellement concentré qu’il reproduit le rythme de sa musique en tapant du pied au sol.

J’en perçois des claquements bien secs, des petits bruits secs, répétés comme ça, quand on n’a pas la musique avec, c’est juste prodigieusement agaçant…

Je le vois dans ma périphérie visuelle, un mouvement répété même si j’en perçois plus le son dans mes pensées. Je me sens agressée visuellement par ce mouvement répétitif.

Une jeune femme avec des talons passe, j’entends le claquement au loin, qui se rapproche … et qui s’éloigne…

Ouf, mon cerveau va se reposer, lui qui est à l’affût de toute sonorité.

Voilà le ronronnement du RER qui arrive…

Je lève la tête, et j’aperçois ce joli petit papillon blanc qui virevolte dans ce beau ciel bleu azur si pur….
Sous le soleil, exactement.

Mesdames, messieurs, les voyageurs votre attention svp !

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 5 septembre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/mesdames-messieurs-les-voyageurs-votre-attention-svp/

Avant le grand départ sur lequel je devais prendre un TGV et un TER avec des bagages et mon fils de 5 ans, j’ai pris soin de mettre à jour mon téléphone et des applications qui vont bien avec pour le voyage (que ce soit pour le trajet, ou pour passer le temps).

En tant que sourde, on ne sait jamais dans quelles situations on peut se retrouver car toutes les annonces à la SNCF et à la RATP sont toujours vocales. Pensez-y, les horaires théoriques sont toujours affichés mais les alertes, les imprévus, les dernières minutes se font toujours par haut-parleur.
On ne souhaite que d’arriver à destination entière mais ce n’est pas toujours le cas.

J’avais chargé une petite application « SNCF direct » m’indiquant les numéros de voie des départs et arrivées en gare.
Cette application prévient aussi quand il y a des problèmes sur la ligne qui sont généralement annoncés de manière vocale.

Cela m’a bien servi, avant même d’arriver en gare, je savais déjà sur quelle voie était le prochain train. Très pratique quand on a un enfant de 5 ans, des bagages et à peine 10 minutes pour faire le changement, je dois confesser que sur le trajet du retour la porte du TGV s’est fermée juste 2 minutes après que je sois montée dedans… .

Après un voyage en TER où nous aurons tout de même eu un arrêt de 40 minutes sans explications, aucune annonce écrite et vocale. Le blanc total pour les voyageurs.

J’ai pu prévenir mes proches qui m’attendaient à la gare de mon retard toute seule comme une grande. « SNCF Direct » est plutôt bien conçue puisqu’on peut savoir à quelle gare à peu près où est le train (ça c’est dans le cas théorique où il n’y a pas de soucis sur la voie)

Par contre, en dehors de la période estivale et de vacances, j’utilise d’autres applications qui me permettent d’utiliser les transports en toute tranquillité.

•  L’application « RATP » m’est bien utile pour savoir les horaires de passage des RER à ma gare, cela m’évite surtout de courir et de planifier mes déplacements. Il y a bien sûr, les plans, les itinéraires et pour finir, le trafic !

• L’application « SNCF Transilien » est l’équivalent de celle de la RATP sauf qu’elle est pour toute l’Île-de-France. Il y a des flashs vocaux, plus à destination de ceux qui entendent ! 🙂

• L’application du site internet de « voyages-sncf.com » qui permet de consulter les horaires et réservations en ligne à partir d’un iphone. Je ne l’ai pas vraiment utilisée dans sa totalité mais elle nous a bien servi pour un départ anticipé en catastrophe, une gare à plus de 15 km et avec un réseau 3G qui n’était pas terrible pour le coup.

Enfin pour finir, j’utilise beaucoup Twitter et ses hashtags suivants : #qml, #rerA entre autres. Généralement, j’ai souvent vite l’information par ce réseau.

Les applications citées ci-dessus marchent soit sur iphone, ipad. Il est évident que je n’ai pas été sponsorisée pour ce billet !
Et vous, vous utilisez lesquelles et sur quelle plate-forme de smartphone ?

Apprendre en immersion

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 6 septembre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/apprendre-en-immersion/

Un heureux hasard a fait que mon mari a choisi de zapper entre la série « Castle » qui venait de se terminer en VOD sous-titrée pour regarder à ma demande « Maison à vendre« .
Je précise pour pas qu’il se tape la honte, mais que moi j’assume entièrement le choix des programmes.

A la maison, on aime bien faire le tour des chaînes rapidement comme ça pour voir les sous-titres.
Un vieux réflexe, depuis le début de Médias sous-titrés.
Chez nous, quand on zappe c’est souvent pour vérifier qu’il y a bien des sous-titres.

Nous sommes tombés sur le documentaire « Quand nous étions écoliers » sur France 3 — que vous pourrez revoir sur le pluzz en version sous-titrée pour les sourds et malentendants durant une semaine — .
Un grand moment d’émotion, car ils montraient des images des enfants à l’école, et vint une séquence un peu particulière sur le handicap (située à 1h15 sur la vidéo).

Je saisis ces mots sur le sous-titrage, je prête un peu plus d’attention malgré le sous-titrage qui saute à ce moment-là. Des phrases qui revenaient sans arrêt. Je me suis dit qu’il y avait un bug sur la TNT, grosse flemme de passer sur la télé par la freebox (télévision via ADSL).

Je continue à regarder, nous sommes intéressés par ce passage qui nous a interpellés, ayant moi même été en immersion dans un milieu scolaire « normal » sans aucune aide comme on pourrait avoir aujourd’hui je pense (de type ATSEM). Ils parlent de l’intégration du handicap à l’école, et qu’ils ont intégré des enfants handicapés progressivement.

Le premier enfant handicapé était une petite fille sourde nommée Maria, durant la séquence, on la voit faire une dictée avec sa maîtresse et toute la classe. Elle est particulièrement assise à côté de celle-ci qui l’aide et qui lui donne des indices pour décrypter les mots dans un milieu oral.

Je me suis retrouvée 25 ans en arrière, je me suis, durant un court instant retrouvée à la place de cette petite Maria, le style vestimentaire de l’époque, la manière de décrypter les mots, de demander à la maîtresse une confirmation de ce que j’avais pu entendre.

Les émotions étaient là. Intactes. Comme si c’était hier.
C’était vraiment comme ça mes dictées.
Et j’adorais ça.

Peut-être est-ce, ce qui m’a donné l’amour de l’orthographe et du français ?

Le sable et les vagues

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 12 septembre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/le-sable-et-les-vagues/

A la mer, sur la plage je contemple l’horizon.
Je regarde mon fils jouer dans l’eau, sans aucun bruit puisque j’ai enlevé mes appareils par précaution.

Le sable fin de St. Jean-de-Monts est un ennemi pour mes appareils, combien de fois ils furent en panne à cause de ce maudit grain de sable.

Il est rare que le sable ne vole pas.

Je continue à regarder autour de moi, des enfants qui crient dans leurs jeux, des familles avec des enfants, la mer qui va et vient.

Je n’entends pourtant rien, puisque mes appareils sont restés à l’appartement. J’imagine le bruit des vagues, les paroles des gens qui m’entourent. Je pourrais rien qu’en les regardant, distinguer leurs conversations à cause de la promiscuité. Ce que je ne fais pas par respect d’autrui.

Mon fils qui va et vient dans l’eau, que je comprends de loin quand il me parle.
Mais quand nous sommes dans l’eau, il me parle comme si j’entendais.
Sur le moment, je ne saisis pas, étant occupée à jouer avec les vagues de l’Atlantique.
Son père lui dit de me taper sur l’épaule pour me parler, nous pouvons converser tranquillement, lui dans le bruit des vagues, et moi dans le silence.

14 août -St. Jean-de-Monts

La rentrée, c’est à deux mains !

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 19 septembre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/la-rentree-cest-a-deux-mains/

Après un bel été, je reviens vous donner quelques nouvelles de l’association A Deux Mains dont je suis la marraine digitale dans le cadre de l’opération SFR Jeunes Talents Entrepreneurs.
La rentrée, c’est maintenant, c’est A Deux Mains !

Comment allez-vous ?
Nous allons bien, merci, nous avons réussi à prendre quelques vacances histoire de nous reposer un peu et être prêtes pour attaquer la rentrée !

Où en êtes-vous dans l’avancement du projet ?
Nous en sommes toujours à la levée de fonds pour financer les ateliers-pilotes, nous sommes actuellement en discussion avec des fondations pour un possible financement ! On espère que ça va marcher !
Autrement nous avons rencontré et échangé avec Emmanuelle Laborit et son équipe à IVT à propos d’“A Deux Mains“. Des partenariats sont en cours de réflexion avec eux et ils soutiennent notre projet ! C’est une très bonne nouvelle pour nous d’être soutenues par une structure comme IVT qui est reconnue par la communauté sourde.

L’embauche a-elle été faite ?
L’embauche de Sabrina n’a pas encore eu lieu pour des raisons administratives, elle sera embauchée à partir du mois de novembre.

Avez-vous trouvé une salle pour justement recevoir les familles pour les premiers ateliers ?
Nous n’avons pas encore de salle pour nos ateliers, nous continuons nos recherches, nous avons encore quelques pistes possibles à exploiter. Toute piste supplémentaire est la bienvenue !

Quels sont vos besoins à l’heure actuelle ?
Nos besoins actuels sont essentiellement d’ordre financier pour le moment car malheureusement on a beau avoir de la volonté et de la motivation, sans argent on ne fait pas grand chose et on arrive à la phase où l’auto-financement ne suffit plus.

Comment peut-on vous aider ?
Nous cherchons à récupérer du matériel pédagogique (jeux et livres en bon état, pour enfants de 6 mois à 3 ans). Vous pouvez également nous aider en envoyant vos dons par chèque (nous vous délivrerons un reçu fiscal !)

À l’ordre d’A Deux Mains
La Ruche, 84 quai de Jemmapes
75010 Paris
(C’est la même adresse pour l’envoi de matériel pédagogique)

—–

Petit rappel sur les objectifs de l’association :

Cette association a été montée par Sabrina Grollemund et Sandra Rauner. Elle a pour but d’accompagner la construction de la communication chez l’enfant sourd et le bilinguisme des enfants entendants de parents sourds auprès de tout-petits de moins de 3 ans, qui se présentera sous la forme d’ateliers pédagogiques itinérants dans toute l’Île-de-France, un accompagnement destiné aux enfants, aux parents et aux professionnels pour acquérir et pratiquer la LSF, un accompagnement privilégié des familles et la création d’un lieu d’accueil pour les tout-petits, qui accueillerait les enfants sourds ou les enfants entendants de parents sourds.

—-

Je vous donne rendez-vous bientôt pour d’autres nouvelles !

La piscine

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 26 septembre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/la-piscine/

Quand je vais à la piscine, je ne prends que le strict nécessaire. Une serviette, une bouée, des lunettes.

J’arrive donc dans le silence à la piscine, je communique avec la caissière de la piscine comme une parfaite personne valide puisque j’ai  fait le choix de laisser mes appareils a la maison. ma surdité est un handicap qui n’est déjà pas très visible. Pour le coup ici, elle est invisible.

Mes appareils auditifs ne sont pas de la partie puisque ces derniers craignent l’eau. Je bichonne mes appareils comme si c’était des bijoux en or.
Ça ne vous viendrait pas à l’idée de laisser l’équivalent de 4 iPad dans le casier de la piscine ? Ben moi non plus !

Quand je suis dans la cabine, je suis un peu immergée dans mon silence. Plus de contact visuel.
Imaginons quelqu’un qui veuille me prévenir d’un incident grave ou me parler.
Je suis dans ma bulle.
Au courant de rien.
C’est un peu risqué pour ma sécurité et celle des autres quand on y repense.

 

Au bord du bassin, je ne distingue pas la puissance de ma voix.
Parfois je ne parle pas assez fort ne sachant pas quel est le niveau sonore de la piscine. Ce niveau sonore qui change à chaque piscine, qui dit nouvelle piscine dit nouvelle adaptation.

Comment je surveille mon fils par exemple ?
A peine 5 ans, il ne sait pas encore nager, et est très actif.
Mon seul moyen c’est de l’accompagner partout.
Jamais je ne le lâche des yeux, toujours aux aguets. J’ai presque le comportement d’une gosse de 5 ans.

Ne pas entendre les ploufs dans l’eau, ni quand on m’appelle. Je suis parfois interpellée et bizarrement les gens n’ont jamais relevé que je n’entendais pas même si je mettais du temps à répondre.

Quand je vois les maîtres-nageurs avec leur sifflet, je souris doucement quand je repense que je me pourrais me faire siffler pour mon comportement de gosse de 5 ans. Ils pourraient siffler longtemps. Peut-être qu’il faudrait que j’aille me signaler en tant que personne sourde ou alors porter un maillot de bain qui a une oreille barrée.

En fin de compte, j’aime bien ces lieux pour l’étendue d’eau, pour les personnes que j’accompagne mais pas pour le silence, pas pour la fatigue que cela peut engendrer malgré ma surdité.

 

Les feuilles et la fourmi

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 3 octobre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/les-feuilles-et-la-fourmi/

Assise à une table à côté de mon oncle, je contemple autour de moi sans aucun bruit. Une fourmi passe à toute vitesse sur la table, à la recherche d’une miette de pain.

Entendre juste les feuilles du papier journal, qui tournent avec le vent, c’est un bruit qui m’est presque agréable dans ces lieux si calmes.

Silence total pour moi, j’entends les voitures qui passent de temps à autre. Je m’arrête de respirer en espérant pouvoir percevoir un bruit qui m’est inconnu.
Je demande à mon oncle quel est ce bruit. Mais finalement nous entendons pas la même chose.

J’entends comme une feuille de papier froissée, lui un tracteur qui passe au loin dans les champs à peine perceptible.
Nos ouïes sont différentes.
J’arrive pas à entendre les feuilles qui bruissent, ce bruit est trop léger pour moi, mais il fascine mon fils.

Enfant de la ville, il découvre tous ces petits bruits.
Le bruit des feuilles qui bruissent, le bruit de la nuit.

Ces bruits que moi je ne peux pas distinguer.

Paroles et musiques

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 10 octobre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/paroles-et-musiques/

On peut en tant que personne sourde être sensibilisée à la musique, connaître un univers musical, évoluer dans ce monde.

Mes parents avaient des vinyles, des cassettes audios, je dois dire qu’à l’époque ces objets m’impressionnaient, ils étaient magiques pour moi. Ils arrivaient à restituer une sensation qui m’est inconnue.

Ces vinyls sur lesquels on pouvait enregistrer des croches, des clés, des arpèges sur un disque noir et la restitution du son par le biais d’un diamant, la technique m’échappait.


J’ai tout aussi été impressionnée par la petite bande marron filasse de la cassette audio qu’on pouvait tirer dessus délicatement et rembobiner avec un crayon papier.
Malgré ma surdité, c’était un vrai petit plaisir que j’avais à débobiner et rembobiner en cachette ces cassettes audio.

Je n’ai pas évolué dans ce monde musical.
Pendant que les autres enfants apprenaient à chanter, moi j’apprenais à parler.
Cela me paraît encore plus évident maintenant que j’ai un petit garçon.

Le plus difficile est quand mon petit garçon me chante ses comptines apprises à l’école. Le bonheur d’une maman qui entend la comptine que son enfant a apprise par cœur à l’école, alors que je ne peux même pas l’accompagner dans sa démarche musicale.

Peut être devrais je m’y remettre, pour justement profiter de ces petits bonheurs, minuscules, gratuits mais grandioses à entendre ?

Quelle frustration d’avoir ce cahier des chansons dont on ne connaît pas les mélodies…

C’est décidé, je demanderai désormais à la maîtresse les titres des chansons pour justement au moins connaître les paroles, pour pouvoir me réjouir comme toutes les mamans qui écoutent leur enfant déclamer leur comptine avec tant de sérieux, qu’on en rit, qu’on a la larme à l’oeil.

Les conférences sur le sujet de l’accessibilité ne le sont pas toujours elles-mêmes

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 17 octobre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/les-conferences-sur-le-sujet-de-laccessibilite-ne-le-sont-pas-toujours-elles-memes/

Il m’est déjà arrivé qu’on m’invite à des événements qui peuvent être intéressants pour moi, mais malheureusement je suis souvent obligée de refuser d’y aller à ma plus grande frustration.

Je dois en permanence demander s’il y a une vélotypie de prévue, ne maîtrisant pas parfaitement la langue des signes, et pas du tout le langage parle complété.
Personne n’est parfait !

Souvent on me dit qu’on va se renseigner, j’ai souvent un maigre espoir, qui est tellement maigre que je me dis intérieurement : « Pourquoi tu demandes, ça ne va pas l’être, ils auront pas prévu le truc« .

Il est rare que mon intuition soit fausse.

Proposer à une personne sourde qui parle, de venir à un événement, c’est avant tout penser à demander si c’est possible pour moi d’y accéder si on me connaît.

Bien souvent, ma surdité est oubliée, et souvent la personne se confond en excuses… de ne pas y avoir pensé. Je n’en veux pas à mes interlocuteurs, je les remercie de penser à moi, mais à la longue j’aimerais bien qu’on se rappelle que oui, je parle, que non, j’entends pas.
Me proposer d’aller à des événements sans savoir si la chose va m’être accessible, c’est un peu comme si tu allais à un concert au Stade de France et qu’il n’y avait plus de sono
(comme le Concert de Johnny Hallyday en 1998).

C’est un peu rude non comme retour à la réalité, non ?

Ce vendredi, je fais un ligthning-talk de 4 minutes à Paris Web qui sera retransmis sur le streaming à priori, sur des solutions faciles et gratuites à mettre en place pour des mini-événements.

Comme quoi, impossible n’est pas français.

J’avais un rêve, Paris Web l’a refait !

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 20 octobre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/javais-un-reve-paris-web-la-refait/

Les retrouvailles

Premier jour, gonflée à bloc par cet événement exceptionnel à mes yeux, aussi le seul qui soit accessible techniquement par la vélotypie et les interprètes en LSF.

Revenir sur un rêve qui a été exaucé l’an dernier, revenir sur ces lieux qui sont prometteurs d’échanges, riches en information, une formation accélérée, de mode « bisounours« . Quel bonheur.
C’est comme la fête de famille, où tu retrouves certains membres avec impatience que tu n’as pas vus de l’année.

Première journée
Première conférence dans le grand amphithéatre, celle de Daniel Glazman, un sujet qu’on découvre avec beaucoup de régal quoique un peu technique pour la vélotypiste mais qui réussit à merveille.

Deuxième conférence, sur les websockets, je me dis que là ça va être bien plus ardu pour les interprètes et la vélotypie. Mon instinct ne me trompe pas. Je laisse passer 10 minutes, la vélotypie est distancée, voire même perdue … par l’affluence de nouveaux termes, ces termes incompris sont remplacés par des étoiles… C’est comme si on parlait et qu’on disait « étoile » a chaque mot qui nous est inconnu.

J’ai vite capitulé, j’en ai profité pour remonter au rez-de-chaussée et profiter de la connexion 3G pour répondre à quelques mails, échanger avec les rares personnes aux alentours. Rire un peu, faire de la pub pour les tatouages qui tiennent mieux que ceux de malabar. Si, si.

Seul regret ce jeudi matin, qu’il y ait pas de vélotypie dans les petites salles, ne serait-ce qu’un pauvre bénévole et un petit ordinateur portable.
Je suis allée dans la salle Concorde pour la partie de l’audiodescription d’Armony Altinier, que j’avais eu l’occasion de croiser à la Cantine la semaine d’avant.
Surtout touchée par la délicate attention, arrivée un peu en retard, je ne manque pas de me faire remarquer, mais elle me tend une feuille de route pour pouvoir suivre son sujet.
Un sujet interprété avec brio en langue des signes sur l’audiodescription, un moment de régal.

Ce jeudi, la vélotypie n’est pas parfaite à mon goût, c’est difficile, moi qui combats pour la qualité du sous-titrage à la télévision.

Mais en somme toute, me retrouver avec des gens que je connais, que j’apprécie, c’est quelque chose qui n’a pas de prix, ne serait ce que celui de l’entrée que certains trouvent cher, moi je le dis haut et fort, Paris Web vaut son pesant d’or !

Durant la conférence de Mike Monteiro qui est en anglais mais traduite en français, la vélotypie est décalée, tellement décalée que nous constatons avec Stefhan que nous sommes quelques sourds à applaudir mais pour quelque chose que l’on ne sait pas encore… Nous applaudissons bêtement sans savoir pourquoi. Et juste après, nous apprenons que Mike nous fait l’annonce de la sortie française du Evening édition ce soir à 17h.

C’est parfois un peu frustrant de ne pas être à égalité avec tout le public…

Frustration supplémentaire, le wifi ne marchant pas sur l’iPad pour une obscure raison, je ne peux pas intéragir avec les personnes qui sont aussi sur Twitter à travers le hashtag de #parisweb

J’avoue que j’ai été obligée de déconnecter ces jours-ci, et je vous cache pas que j’ai savouré encore plus le contact humain.

Opération questions réponses avec Mike, j’aurai apprécié de pouvoir avoir les questions et les réponses, rigoler et applaudir en même temps que tout le monde…  Ça arrivera un jour.

Vient la séquence photo mémorable de Mathieu Drouet qui m’avait un peu intriguée avec son petit entonnoir orange sur Twitter la veille. Je ressors avec des paillettes partout. Vraiment partout. J’en dirai pas plus, attendons les photos.

L’apéro communautaire

Soirée avec un apéro communautaire, une autre occasion de voir des personnes autour d’un verre, de pouvoir échanger sur des sujets qui sont toujours en liaison avec ce que nous faisons au quotidien.
Le Comptoir Général est un superbe lieu pour ceux qui ne connaissent pas.
Une ambiance assez spéciale on va dire. Deux salles, une plus bruyante que l’autre.
Je me dis que je vais rester dans celle qui a moins de lumières tamisées, moins cosy c’est certain.

En allant chercher mon verre pour la soirée, je croise un groupe avec qui j’aurais voulu parler, je leur dis que je ne vais pas m’attarder et retourner dans l’autre salle. Je pris chercher mon verre. Je repasse devant cette table qui est soudainement vide, je réalise qu’ils se sont tous levés et tous allés de l’autre côté. Merci à vous, Ben, Olivier, Stéphane, Nicolas et d’autres que je ne retrouve pas le prénom.
Une attention qui me touche au plus profond de moi-même, qui me remue les tripes.
Mon esprit me dit : « Attention tu es dans un rêve, tellement que ce n’est pas tous les jours… »

Au moment du tirage de la tombola, j’ai le numéro 66, heureusement que ce n’est pas le 666 !
Cela dit, je gagne tout de même un livre que j’ai acheté dans la semaine, je rigole avec Élie de ce hasard des choses.

Mon cher et tendre qui n’est pas d’une corpulence d’une asperge, gagne un tee-shirt, et qui sans conviction ne pense pas pouvoir porter ce lot sur lui, car généralement, c’est bien souvent trop petit.
Petite victoire, pas très visible mais ô combien si importante pour lui : il rentre dedans !
Je savoure cette soirée….  Je rentre chez moi, fatiguée mais heureuse.

Jour 2
Deuxième jour, réveil un peu difficile, le sommeil se faisant ressentir cruellement, 4h de sommeil c’est un peu difficile pour moi qui dois fournir un effort intense à suivre, à faire attention, à toujours être aux aguets, profiter de chaque instant.
Je me dis que je vais aller voir Denise Jacobs, sa conférence de l’an dernier m’avait beaucoup plu. Aucun regret, une conférence limpide, moi qui suis sourde, j’ai savouré de pouvoir lire sur ses lèvres ce qu’elle disait, en m’aidant de temps à autre de la vélotypie. Je ne suis pas bilingue mais je comprends l’anglais. Et là, une voix claire, rythmée. J’ai savouré !

Ensuite, j’enchaîne avec la conférence de Sébastien Desbenoit sur les icônes. J’ai beaucoup appris, je ne verrai plus les icônes de la même façon même si j’avais trouvé la meringue ! Suivre l’orateur lui-même sans la vélotypie, sans les interprètes, c’est agréable aussi. Un vrai plaisir pour moi de comprendre quelqu’un qui est si clair dans son audition. Merci Sébastien !

Retour à la réalité avec The Real Me, sujet intéressant. Une conférence traduite en français puisque l’auteur parlait en anglais. Là c’est plus dur, je suis la vélotypie.
Je ne retiens qu’une seule chose « Be honest« .

Je termine la matinée avec la mini-conférence de Tanguy Lohéac, courte mais si riche en émotions, en informations. Montrer au public son handicap est quelque chose d’exceptionnel.
Montrer sa journée en accéléré tout en étant aveugle, c’est quelque chose qui remet les gens a leur place.
Qui recadre bien les choses, y compris pour moi qui ne savais pas vraiment comment cela pouvait être puisque je suis sourde, un handicap bien différent mais qui reste impressionnant pour celui qui ne le connait pas. Bravo Tanguy !

Mon lightning talk
Début de l’après-midi, le stress commence à monter sérieusement, puisque j’ai fait la folie de soumettre le sujet que je devrai expliquer en 4 minutes et que j’avais soumis à l’appel aux orateurs au début de l’année pour une conférence d’ 1h. Je sais, je suis un peu folle et j’assume. J’en profite pour me faire une micro-sieste de 20 minutes en toute discrétion, qui me sera bien précieuse pour la suite.

Conférence de Sébastien Desbenoit et Francis Chouquet, je la suis de loin, stressée.
Je ne retiendrai qu’une chose :  » le tricot, c’est tendance ! »

Les lightnings talks commencent. Le stress est à son comble.
Stéphane, toujours bienveillant, me fait boire un coup d’eau. Cela m’aide.
Le premier passe, le second passe, je suis en quatrième position.

Vient le moment de monter sur l’estrade, je ne sens plus mes jambes, mes mains tremblent, mon cœur tape si fort que je m’essaie de me convaincre que le public ne le voit pas, mais que je ne suis pas convaincue de moi-même.

Daniel me tend le micro, la télécommande, je me retrouve encombrée de tout cela avec en plus mes notes, et …
Je me dis « Ma poule, t’as 4 minutes, t’as pas le choix, tu peux pas reculer, y’a 300 personnes qui ont leurs deux billes noires sur toi, qui attendent que tu parles, vas y fonce ! »
Évidemment je me dis ça en 30 secondes dans mon cerveau.
C’est rude comme émotion. J’ai respire, commence à parler, et c’est parti tout seul, j’ai débité mon texte.
Je n’ai vu que le premier rang, le fond de la salle.
À peine fini, le public applaudit, je me dis « Zut, j’ai pas fini, mes chamallows ! »
Daniel réussit à arrêter l’élan des applaudissements, je tremble encore plus, je prends mon sac de surprises, et demande à ma #bff — Best Friend Forever — (qui était aussi ma complice sur ce coup) de m’aider. Nous lançons ces chamallows avec bonheur, beaucoup de joie.

Et là, j’avoue, j’avais un wagon de larmes aux yeux, c’était une émotion intouchable. Je redescends, soulagée mais encore sous le coup de la réaction du public.

Je suis avec attention les autres lightningS talks, et soutiens également Stéphane qui à ce moment n’en menait pas large lui-non plus…

Et nous terminons les lightnings talks avec une jolie chanson de Xavier, qui a eu droit à un rappel malgré les 4 minutes écoulées ! Un véritable succès. Xavier, tu devrais sortir un disque !

Robin et Daniel annoncent les gagnants des lightning talks, puisque nous avons été jugés par le biais d’un applaudimètre. J’apprends que je suis première, à ma plus grande stupéfaction.
A ce moment-la, je ne veux être qu’une petite souris au fond de son trou, ils me font monter sur scène, je retiens mes larmes.
Mais elles coulent malgré elles. Tu ne l’as peut-être pas vu mais si, si.
C’est juste incroyable. (Entre nous, faut pas faire pleurer les filles !)

Encore maintenant, je ne trouve pas mes mots pour dire ce que j’ai ressenti, peut-être un feu d’artifice au fond de mon cœur. C’est juste incroyable. Je me dis que je rêve, que c’est pas possible que cet exploit se soit renouvelé. Vous m’avez tellement remué les tripes.

L’apéro de fin et soirée
Nous nous retrouvons autour d’un verre, je me retrouve accueillie sous des applaudissements, je ne sais pas si c’est parce que Xavier allait nous refaire sa prose ou… Échanges animés, sympathiques toujours avec autant de bienveillance.

Soirée dans Paris, à manger japonais. Un moment de bonheur.

Marcher dans Paris, la nuit tombée, avec cette Opéra qui brille de mille feux, le regard dans le vide, le cerveau vide, comme si un vampire m’avait sucé tout mon sang.
Les larmes de joie, pas très loin.
Plus de jambes, plus d’énergie pour rentrer en transports, je hèle un taxi, je m’engouffre dedans, nous roulons vers ma banlieue-sur-marne, la pluie fouette les carreaux de la voiture.
Paris est belle surtout par les quais.
Ces deux jours ont été superbes, j’ai qu’une envie c’est d’aller à Berlin, Montréal, Toyko.
Voir comment l’accessibilité est ailleurs que chez moi.

Conclusion
Paris web, c’est du web avec du bisounours, de l’info fraîche, de récits des contrées lointaines et des chamallows.
Et surtout c’est un dépassement de soi pour chacun.
Que tu sois staffeur, orateur, petit intervenant de 4 minutes, c’est un challenge dont tu te rappelleras très longtemps.

Merci Paris Web. You do it again, i did it again. YAY !
Rendez-vous le 10, 11 et 12 octobre 2013 !

Ps : je ne parlerai pas des ateliers, mon récit est suffisamment long et émouvant que ça coule de source. 😉 — Vous m’avez tellement remué les tripes, que j’ai un peu de mal ce matin —

Internet, c’est pas de la radio !

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 31 octobre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/internet-cest-pas-de-la-radio/

« Des logements pour sourds et malentendants« , je vois cette information passer sur twitter accompagnée des hashtags suivants #fail #a11y.
Je me dis « Tiens c’est drôle, faut que j’aille voir quand même ce que c’est ce #fail« .

Les hashtags #fail ca veut dire que c’est négatif, que le résultat n’est pas bon.
#a11y est le hashtag diminutif de l’accessibilité en 2011. Corrigez moi si je me trompe.

Je clique sur ce joli lien qui ne m’indique absolument pas d’où ça vient.

Je tombe sur le site de France Inter, un site internet que je ne fréquente pas du tout puisque la radio m’est inaccessible. Tout ce qui est vocal sans voir la personne, je ne peux pas comprendre.
Interface que je connais pas. Je visualise le titre « Zoom de la rédaction » accompagné d’un visuel de micro posé avec un fil.

Je me dis : « Whaou, c’est bien ils font des logements pour les sourds et malentendants » et je commence à chercher le texte comme je fais d’habitude… tout en ayant déjà oublié que France Inter est un site de radio.

#fail comme on dit.

Mes yeux descendent sur l’écran, et tombent sur un bouton : « (ré)écouter cette émission disponible jusqu’au 25/07/2015 07h15« .

Bien.

J’ai jusqu’à cette date pour arriver à l’entendre.

Oui sauf que moi, j’entendrai jamais une émission radio comme un aveugle ne verra jamais une page imprimée sur du papier.

Maintenant, faire passer de l’info sur ce projet de logements pour les sourds et malentendants alors que les principaux concernés n’écoutent pas France inter, c’est un peu fort de café ! Ou bien, ça va être encore les papas, les mamans, les papis, les mamies des sourds et malentendants qui vont les alerter, qui vont rechercher l’information… Bonjour l’autonomie !

Alors, France Inter, chère radio qui veut si bien faire en parlant de tels sujets, fais ton boulot correctement en mettant déjà un transcript de 4 malheureuses minutes et 8 secondes de ce que vous avez dit durant cette émission radio, tu en feras des heureux.

Je pense que c’est la limite de l’exercice d’un média allant sur un autre média : Internet, c’est pas de la radio !

Plus d’informations pour les sourds concernés et dans le nord, j’ai demandé à mon ami Google : c’est une résidence de 22 logements sociaux inaugurée à Ronchin dans le Nord.
Source :
http://tempsreel.nouvelobs.com/immobilier/logement-social/20121015.OBS5715/des-logements-sociaux-pour-malentendants-dans-le-nord.html
http://informations.handicap.fr/art-sourd-logement-handicap-20-5297.php
http://www.cis.gouv.fr/spip.php?article4714

Entre pro avec A deux mains

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 8 novembre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/entre-pro-avec-a-deux-mains/

En juin dernier, c’était le D-Day de la rencontre avec Sabrina, ma filleule dans le cadre de l’opération SFR Jeunes Talents Entrepreneurs.

Une journée pleine d’émotions pour elle, pour moi.
Grand moment pour elle de présenter un projet, celui qui lui tenait à cœur et qui est lancé aujourd’hui.
Grande émotion pour moi, j’avais été choisie pour être sa marraine numérique pour pouvoir communiquer sur son projet « A deux mains« .

Je vous ai donné quelques nouvelles de rentrée le mois dernier, reposées, à la recherche de levées de fonds, de partenariats.

La semaine dernière, je reçois dans ma boîte aux lettres une enveloppe kraft plus épaisse que ce que j’ai d’habitude…
Surprise ! j’ai reçu le numéro de novembre 2012 d’Entre Pro, il y a un dossier consacré au programme SFR Jeunes Talents Entrepreneurs.

Ce numéro dans lequel nous sommes citées Sabrina et moi avec « A deux mains » et « Vis ma vie de sourde« . Quelle promotion !

« Un nouvel accueil pour les enfants sourds, et entendants nés de parents sourds, de moins de 3 ans« .

La parentalité c’est déjà quelque chose de nouveau, mais quand il y a un handicap, celui de la surdité qui vient se rajouter à cela, c’est un peu plus compliqué.

Il me semble important que ce projet se mette en place, car beaucoup de parents ne sont pas correctement soutenus, informés et rassurés sur leur choix vis à vis de leur enfant. Trouver d’autres parents qui ont fait le même choix que soi, c’est déjà pas toujours évident.

Le projet de Sabrina et de Sandra est justement là pour combler cette lacune qui manque aujourd’hui.

Interview de Sabrina, photo de promotion à deux.

Petit rappel sur les objectifs de l’association :

Cette association a été montée par Sabrina Grollemund et Sandra Rauner. Elle a pour but d’accompagner la construction de la communication chez l’enfant sourd et le bilinguisme des enfants entendants de parents sourds auprès de tout-petits de moins de 3 ans, qui se présentera sous la forme d’ateliers pédagogiques itinérants dans toute l’Île-de-France, un accompagnement destiné aux enfants, aux parents et aux professionnels pour acquérir et pratiquer la LSF, un accompagnement privilégié des familles et la création d’un lieu d’accueil pour les tout-petits, qui accueillerait les enfants sourds ou les enfants entendants de parents sourds.

 

Note : le visuel n’est pas accessible aux aveugles. Écrivez-moi, je vous enverrai la transcription de l’article.

Semaine pour l’emploi des personnes handicapées

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 13 novembre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/semaine-pour-lemploi-des-personnes-handicapees/

Après avoir vu de nombreux tweets faisant la promotion d’Handichat, site internet programmé pour l’occasion : « Semaine pour l’emploi des personnes handicapées« .

Je me dis que je vais tout de même regarder par curiosité. Je me connecte sur le site.

Je constate qu’il y a un interprète en langue des signes. Bonne chose. Si j’avais une seule critique à émettre à ce sujet c’est qu’il est pas suffisamment éclairé à mon goût.

En ce qui concerne le sous-titrage, on lance le site, on voit une vidéo, un interprète, on laisse la souris sur la vidéo dans l’espoir de voir un petit bouton « sous-titrage » et là … pas de bouton de sous-titrage.
Dommage.

Je cherche à contacter le webmaster du site internet.
Je ne trouve pas de rubrique « contact« .
Je ne suis pas diplômée « experte en accessibilité » mais j’aurais juré que c’était une bonne pratique de mettre un contact.

Je cherche un compte twitter, je ne trouve que parce que j’ai réfléchi et fait la liaison.
Les personnes qui ont réalisé le site, ont signé dans le pied de page.
J’ai cherché le compte, j’ai trouvé.
Je fais un tweet aux concernés. Pas de réponse à ce jour à ma question qui est « comment peut on voir le « sous-titrage ?  » de l’émission Handichat en direct ?

Je regarde sur la page facebook de l’Agefiph, je pose ma question. Pas de réponse à ce jour.

Je m’entête à vouloir trouver la version sous-titrée … et je me dis que je vais me connecter au chat directement et poser ma question. Je cherche à y participer. Je clique sur le bouton « + d’infos » et là, une fenêtre d’identification par pseudo. Je dois entrer mon pseudo pour pouvoir poser une question. Je rajoute mon pseudo en espérant trouver plus d’informations, et je trouve  la transcription textuelle « live » du chat en cours, décalée et pas forcément complète.

Je regarde, j’essaie de comprendre, et en effet, oui tu peux poser des questions directement dans la partie chat et y lire la transcription en même temps. Bien, bien.

Arrive un moment où il y a un changement d’interlocuteur, et là, pof !
Plus de transcription, par contre, l’interprète lui continue de traduire.

Moi, qui utilise peu la langue des signes, je n’arrive plus à suivre.
Sachez qu’il y a plusieurs types de sourds. Ce n’est pas parce qu’il y de la langue des signes que vous vous adressez à la totalité des sourds. Il existe des sourds oralistes, des devenus-sourds, des sourds qui utilisent la LPC, etc.

Ah, et pis, si t’as pas eu le temps de te connecter ce matin sur Handichat, parce que t’étais au boulot.
Tu veux le revoir à midi durant la pause déjeuner, ce qui est pas une mauvaise idée, entre nous.

Là où le bât blesse, c’est qu’on a la possibilité de revoir le chat avec la traduction en langue des signes.
Pour schématiser en terme de public en situation de handicap, quand on parle de sous-titrage, on s’adresse à des personnes sourdes, quand on parle de transcription, on s’adresse à des personnes aveugles.

Je décide de regarder le premier programme de la matinée, en me disant que j’y apprendrai quelque chose, je me rends compte que la vidéo est disponible avec la traduction en langue des signes, et c’est tout.
Ca m’interpelle.
Je me dis que c’est bizarre qu’il n’y ait pas de transcription.

Je décide d’aller voir sur l’édition de l’année précédente, pour voir comment les vidéos de rattrapage se passent, surtout qu’il y a fortes chances qu’ils reproduisent le même système que l’an dernier.

Constat sur l’édition de l’année précédente : il y a bien les vidéos avec traduction en langue des signes ainsi qu’un pdf accessible qui lui a été bien retravaillé… et pas de sous-titrage.

Sur l’édition de l’an dernier, on peut constater qu’il y a un pdf accessible aux personnes aveugles. Mais pas d’effort de sous-titrage sur la partie vidéo du chat.
Alors qu’on sait que c’est possible techniquement.
Par exemple, le site internet de Paris Web a fait durant ses conférences une diffusion sous-titrée en live cette année, ainsi que l’an dernier. La technique a été utilisée et approuvée.

Sur la page « Accessibilité » du site internet, ils disent bien qu’il y a des reportages sous-titrés.
Certes, mais le sous-titrage a été incrusté dans la vidéo.
Quand on agrandit la vidéo, c’est pas lisible, c’est voire même très désagréable, surtout quand on connait les techniques de sous-titres sur le web.

Regarder une vidéo avec un pdf à côté, je veux bien faire l’effort, mais c’est comme si tu devais écouter la télévision sans son avec le texte imprimé sur une feuille. C’est un poil pas pratique, quand même.

Ce que j’aurais bien aimé, c’est un chat avec un interprète en langue des signes, le sous-titrage en direct sur la vidéo elle-même.
La diffusion de la transcription pouvant se faire peu après, voire quasiment tout de suite une fois le chat terminé.
Pourquoi ne pourrions-nous pas avoir un « sous-titrage » synchronisé, avec tous ces partenaires qui se sont investis dans cette opération… Pourquoi négliger cette étape ?

Si on communique sur le fait qu’on fait de la transcription et de la traduction en langue des signes et PAS de sous-titrage en direct, il ne faut pas avoir peur de le dire que la vidéo n’est pas accessible en version sous-titrée.
Quand on parle de web-tv 100% accessible, envisager tous les publics en situation de handicap.

On ne le dira jamais assez : « Communiquez sur l’accessibilité de vos contenus ! « 

Perception du son

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 21 novembre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/perception-du-son/

Combien de fois on m’a demandé « mais tu entends les voyelles, les consonnes, la lette o, la lettre … ?  »

Une personne entendante qui apprécie la musique, si elle n’est pas une virtuose de la musique ou une personne qui n’a pas l’oreille musicale si je lui demande :  » Qu’est ce que c’est comme note de musique dans cette mélodie ?  »
Elle ne sera pas forcément capable de me restituer les notes une par une.

L’interprétation du son de ces mots peut être différente selon les personnes, je vais percevoir plus facilement les voix graves d’hommes que celles des femmes.
Tout simplement parce que ma courbe d’audition est dans les graves.
Si j’arrive à récupérer certaines fréquences dans les aigus, cela va simplement affiner le son, le rendre plus « net« .

Ma photo de perception sonore est floue, comme quand on renforce la netteté d’un visuel dans Photoshop. Les fréquences aiguës pour moi, c’est ça.

Jusqu’à aujourd’hui, je peux entendre le bruit du coucou, un oiseau. Mais je ne peux pas entendre les mésanges par exemple.
Les canaris, j’arrive à les entendre uniquement quand je suis dans une animalerie et parce qu’il y en a beaucoup.
J’imagine le supplice de mes proches si on avait autant d’oiseaux à la maison.

N’importe qui est capable d’entendre et d’apprécier de la musique mais peu de personnes sont capables de déchiffrer les notes qui la compose.

A deux mains en novembre

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 28 novembre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/a-deux-mains-en-novembre/

J’attendais quelques bonnes nouvelles à vous donner malgré le mois de novembre qui est passé à toute vitesse !
Tout le monde s’affaire comme des abeilles dans une ruche …

L’embauche de Sabrina a été possible ce mois-ci. Elle est donc la 1ère salariée d’A Deux Mains depuis la mi-novembre après 2 ans d’investissement bénévole. Une étape très importante dans la construction du projet.

Côté partenariats, IVT est partenaire d’A Deux Mains depuis le mois de septembre, Emmanuelle Laborit soutient le projet de Sabrina et de Sandra. Une reconnaissance de plus en leur professionnalisme !

L’association A Deux Mains est également entrée dans la fédération « La Voix de l’Enfant » dont le but est l’écoute et la défense de tout enfant en détresse quel qu’il soit, où qu’il soit ! (Fédération de 80 associations, qui fait du lobbying auprès des politiques)

L’équipe d’A Deux Mains espère pouvoir vous proposer quelque chose d’ici début 2013 pour commencer l’année en beauté.

Par contre, elles sont toujours à la recherche d’un local susceptible de les accueillir, si vous connaissez un lieu, dites le nous !
Novembre est le mois des mises en relation … Les réseaux sociaux, ça aide !

Essuyer les plâtres

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 5 décembre 2012

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/essuyer-les-platres/

Intégrer une école qui n’a jamais accueilli de sourds auparavant, passer un entretien supplémentaire pour montrer qu’on est capable de communiquer, se battre pour avoir une carte de photocopies pour les maigres supports de cours que je pourrai avoir durant l’année scolaire.

Avoir très envie de participer à des conférences et que, parfois c’est pas toujours possible.
Parce que cela n’a pas été prévu dans l’organisation, parce qu’il n’y a pas les moyens financiers, ou tout simplement on oublie le fait que j’entende pas.

Se voir proposer d’assister à des conférences, c’est très généreux, flatteur pour moi. Je me rends compte que je suis à égalité, presque.

Et refuser d’y aller tout simplement parce que ce n’est pas si facile que ça quand je n’ai pas d’aide pour comprendre…

Se voir reprocher d’être représentante de parent d’élève : « Comment comptez nous représenter alors que vous êtes sourde ? « .
Être confrontée violemment à la bêtise humaine parce que la personne n’avait jamais rencontré une sourde dans une réunion d’information de parents d’élèves.
Être une maman comme les autres mais sourde qui puisse s’investir dans la vie scolaire de son enfant.

Tout simplement parce que les gens, parfois ne voient pas plus loin que leur nombril, parce qu’ils n’ont jamais été face à face avec une personne comme moi, qui n’entend pas mais qui parle, presque trop bien parfois pour qu’on puisse accepter ma surdité tellement celle-ci se fait oublier.

Être confrontée à des annonces sonores dans mon train, parce qu’il y a eu un accident grave voyageur, je ne comprends pas ce qu’il dit.

J’essuie certes les plâtres, c’est parfois fatiguant, ça fait mal aussi au cœur, à l’âme.

Mais grâce à cela, j’ai pu participer à Paris Web, une des premières conférences accessibles en vélotypie, participer au D-Day de Sabrina ma filleule parce que le dispositif avait été pensé.

J’ai pu aussi former quelques personnes de la crèche de mon fils au baby sign language, un vrai moment de bonheur.

Je pense que j’essuie les plâtres pour les générations futures comme celle de mon fils qui entend, qui sera sensibilisé ainsi que ses petits camarades.

A la génération future comme celle de deux petites filles sourdes que je connais.

Meilleurs vœux 2013

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 7 janvier 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/meilleurs2013/

Ca faisait longtemps que je n’étais pas passée par là, mais j’ai des choses à vous raconter pour 2013 ! Restez en ligne !

Je n’ai pas pour habitude de faire des vœux, je vais essayer des fois que ça marcherait, ne sait-on jamais ?

Pour deux mille treize, j’aimerais…

… Ne plus avoir à râler sur la qualité du sous-titrage à la télévision notamment le décalage entre le sous-titre et la parole,
… Avoir accès à toutes les vidéos de rattrapage quelque soit la plate-forme que j’utilise (ordinateur, smartphone, tablette),
… Suivre grâce à la vélotypie au moins 2 événements francophones concernant mon métier,
… Découvrir de nouveaux horizons à l’étranger,
… Avoir une autonomie pour prendre rendez-vous toute seule comme une grande,
… Et bien d’autres choses.

Je vous souhaite une bonne et heureuse année deux mille treize.

Cauchemars connectés

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 9 janvier 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/cauchemars-connectes/

J’ai écrit cet article pour participer aux 24 jours de web et soutenir l’association L’Abri.
Si cet article vous a plu, alors participez à votre tour et faites un don !

Je m’appelle Sophie, je suis sourde profonde de naissance. Je lis sur les lèvres et je parle.

7 h 30 du matin, j’attends une livraison d’un grand site internet. Mes sens sont à l’affût, je surveille ce qui peut atterrir dans ma boîte mail ou faire sonner mon interphone, mon portable, mon téléphone fixe, sait-on jamais.

8 h 30, je rentre vite de l’école où j’ai déposé mon fils, en espérant que le livreur n’est pas encore passé.

Je regarde mon téléphone portable, il y a bien eu un appel en absence. Pas de chance, c’est un numéro masqué. Je ne peux donc pas recontacter mon interlocuteur.

Grâce au suivi des colis du site internet, je peux tracer le colis en temps réel à quelques heures près. Je me reconnecte sur mon compte, je vois que le livreur est passé, mais il n’y a qu’un pauvre numéro de téléphone. Pas très pratique pour moi qui ne peux pas téléphoner. Dépitée, je passe par mon conjoint qui reprendra rendez-vous pour moi.

J’ai perdu du temps avec cette livraison, je pars en rendez-vous. Je checke, comme à mon habitude, avec l’application RATP, pour être certaine que je ne vais pas rater mon RER. Tout va bien, j’arrive sur le quai, et… Pas de RER. Première annonce vocale, je ne dis rien. Deuxième annonce vocale, ça commence à m’agacer, je ne sais pas ce qu’il se passe. Personne sur le quai, je checke mon compte Twitter pour vérifier ce qu’il se passe.
Car l’application RATP, c’est pratique, mais pas toujours au point en termes d’infos de dernière minute. Je lance twitter, #qml et #rerA et j’obtiens les infos que je voulais. Rassurée, je prends mon mal en patience.

Arrivée à Paris, je connais pas le lieu exact du rendez-vous, mon contact n’a pas été très précis. Je regarde le plan sur mon téléphone. Heureusement que j’ai de l’internet sur ce mobile ! Ce téléphone est mon allié dans ces moments ! J’arrive à l’adresse indiquée grâce à mes plans et ma connexion internet, pour me retrouver nez à nez avec… un interphone.

Un outil insignifiant que je déteste… Qui me met toujours dans l’embarras.

Je vois un ascenseur parisien, celui qui est tout riquiqui, où tu peux monter toute seule, et pas une personne de plus. Je monte, et là, l’ascenseur, au lieu de monter péniblement, s’arrête entre deux étages. J’essaie de redescendre au rez-de-chaussée, de monter à l’étage suivant. Rien à faire. J’appuie sur le bouton d’alarme, ce bouton qui a bien la transcription en braille, mais rien d’autre que le téléphone pour être en contact avec la société de dépannage.

J’attends, histoire de voir si ça se débloque, s’il y a le moindre son qui sort de ce foutu haut-parleur.

15 minutes ont passé. Toujours enfermée dans cet ascenseur mono-place, j’essaie de prévenir mon contact par mail. Pas de chance, le réseau ne passe pas très bien. Dans ces moments-là, j’essaie de ne pas m’énerver et de trouver des solutions alternatives. Je re-tente ma chance sur le bouton de dépannage, tant pis si ça les agace parce que personne ne parle dedans ou que ça ne correspond pas a ce qu’ils peuvent attendre. En attendant, j’essaie de faire partir mon message à destination de mon contact.

Je peux enfin envisager une issue de secours en voyant mon contact arriver suite à mon message de dernière minute. Je lui envoie le numéro de téléphone de la cabine, et il se débrouille pour me faire sortir de là.

Après toutes ces émotions, le rendez-vous a bien eu lieu avec du retard.

Une fois mon rendez-vous terminé, j’apprécie de pouvoir me poser dans un starbucks pour justement profiter de la connexion wifi qui est gratuite. C’est un bon plan pas cher pour être connecté à Paris.

Un déjeuner avec des amis est prévu, je décide de réserver une table. Je passe par le site de la fourchette, et je choisis un restaurant où je peux passer ma réservation en autonomie totale comme une grande.

Je me fais tirer mon sac à main, il ne me reste plus que mon téléphone en poche.

Je pars faire une déclaration de vol dans un commissariat parisien, en essayant de communiquer du mieux que je peux, car ils sont pas toujours sensibilisés au handicap, les prévenir que je n’entends pas, qu’il faut me regarder en face pour me parler, articuler un minimum pour que le dialogue soit à peu près correct.

Je vais pour rentrer chez moi en RER… Le trafic est interrompu !

Décidément, je décide de prendre un taxi, j’essaie de réserver sur mon téléphone à travers une application prévue pour. Tous les taxis sont pris d’assaut.

Il ne me reste plus qu’à commander un Uber, un service de voiture privée avec chauffeur. Certes plus cher qu’un taxi, mais efficace. Je réserve, ils me confirment ma réservation par SMS. Chose que j’apprécie beaucoup, je reçois un SMS lorsqu’il arrive pour que je puisse l’identifier rapidement. Je monte dans la voiture, pendant le trajet je finis d’envoyer deux trois informations, arrivée à destination, je valide la course par le biais du mobile du chauffeur. Pas besoin de sortir ma carte bleue, je peux rentrer chez moi me coucher !

Tout cela mis bout à bout, c’est incroyable, mais tous ces événements me sont déjà arrivés.

L’Internet, c’était une chance pour moi quand j’avais un ordinateur pour pouvoir communiquer et travailler.

Le smartphone est un objet magique, même si je n’utilise pas la fonction téléphone.

L’Internet sur mobile, c’est vraiment une révolution dans l’autonomie !

Que cela soit pour des sourds ou des aveugles (voir l’excellent blog de Tanguy Lohéac), ce petit objet que vous considérez souvent comme un gadget de geek, moi c’est mon meilleur ami.

2012, regard dans le rétro

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 16 janvier 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/2012-regard-dans-le-retro/

L’année avait mal commencé.
Malgré les efforts pour surmonter les aléas de mon handicap, je n’ai pas pu rester au précédent poste préférant sauver ma motivation professionnelle.
Ça paraît bizarre, mais j’y reviendrai quand je serai prête à en parler.

Se remettre à la recherche d’un emploi, n’est pas chose aisée pour tout le monde. après de longues années où j’ai travaillé seule.
Encore moins quand on dit qu’on est sourde et qu’on parle. Les gens ont encore du mal à réaliser que ça puisse être possible.

Les idées reçues sont parfois pas toujours vraies.

« Sourd-muet » est un mot qui est encore dans le dictionnaire, seulement vouloir résumer la population sourde à ce terme, c’est pas cohérent. Si seulement, ça pouvait être rectifié dans le dictionnaire, ils ont bien rajouté Twitter, pourquoi pas modifier certains mots ?
Un sourd peut parler, coder ou signer. les possibilités sont grandes.
Ensuite, la surdité est un handicap qui est à priori invisible. Comprendre par là, si je marche seule dans la rue, ça ne se voit pas.
On a tendance à vouloir définir les choses par le visuel : un sourd qui pratique la langue des signes n’est pas invisible puisque la LSF est quelque chose de très visuel.

Après plusieurs mois d’entretiens effectués à la chaîne certaines semaines, parfois des entretiens décrochés à la dernière minute, tout cela sans téléphoner relève de l’exploit.

J’ai pourtant reçu de nombreuses demandes où je devais tantôt rappeler vocalement mon correspondant, tantôt être disponible de suite avec un portfolio et sur Paris.

Malgré ces 7 mois de recherches intensives, j’en suis arrivée à douter de mes compétences professionnelles, de ma capacité à communiquer avec les autres, de mon utilité à vouloir faire bouger les choses, de moi tout simplement.

J’ai bien heureusement été entourée durant ces 7 mois, je remercie ces personnes ici qui se reconnaîtront, aussi bien pour le soutien moral que professionnel.

J’ai finalement trouvé un poste où je m’épanouis vraiment, où je ne suis pas réduite à une fonction précise dans une société quelconque. Mais à un poste qui a mille et une facettes qu’on peut difficilement imaginer.

Un poste qui m’amène à d’autres réflexions intéressantes auxquelles je n’aurais pas pensé. Quelle richesse pour la première moitié de 2013 !

Blanc comme neige

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 23 janvier 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/blanc-comme-neige/

Quand j’étais enfant, j’ai ce souvenir : ma maman qui m’avait réveillée quand la neige s’était mise à tomber.

Courir dans le salon, monter sur ce bureau noir et imposant qui était face à la fenêtre, coller mon nez au carreau froid. Le regard émerveillé face au paysage enneigé.

Je n’avais pas mes appareils.
J’imaginais le bruit des flocons si gros, qu’on aurait dit du coton… La neige qui tombe fait-elle du bruit ?
Je ne sais pas.


25 ans plus tard, c’est mon fils qui a le nez vissé au carreau, quand je lui dis qu’il neige depuis un moment.
Il me regarde avec un sourire malicieux en disant « YES ! » en joignant le geste à la parole.

Sortir dehors, emmitouflés dans nos manteaux, bonnets et gants.
Je n’entends pas la neige qui tombe, juste un vent discret qui souffle.
Ce vent qui fait tournoyer les flocons blancs, doux comme du coton.

Mes appareils auditifs sont à l’abri de la neige dans mon bonnet, cette neige que j’aime tant est une ennemie pour mes appareils. Ils craignent pas le froid, mais la neige fondue, c’est pas super, super on va dire.

Nous marchons, je dis à mon petit garçon : « Tu entends ce bruit ?« . Il relève la tête et me répond : « Oui« .
« Criss, criss » La neige qui craque est un bruit sec, grave que j’aime.

La neige qui est synonyme de blanc, de pureté, de silence.
Pour moi, c’est un moment surréaliste, car quand il y a de la neige, en général, les bruits parasites disparaissent. C’est pourquoi j’entends mes pas faire crisser la neige. J’aime ça. Je n’ai pas d’efforts à faire pour l’entendre.

Faire une bataille de boules de neige reste une de nos activités favorites en famille. Petit détail que mon fils a relevé ces derniers jours, qu’il fallait que je garde mon bonnet sur la tête pour qu’il puisse m’atteindre avec ses boules de neige sans risquer la panne de mes appareils.
J’ai trouvé cette attention vraiment mignonne. « Ben oui, maman sinon tes appareils pourraient tomber en panne ! Ça serait embêtant après. »

Quel gamin s’en soucierait avec l’ivresse que la neige peut provoquer puisqu’elle est rare sur la région parisienne ?

Petit plaisir que je me suis accordé dimanche, aller faire une grande balade à pied toute seule chargée de mon appareil photo. Capturer ces instants silencieux, blancs dans l’œil de mon appareil. Marcher le long de la Marne, n’entendre aucun bruit, même pas les flocons qui tombent. Regarder les flocons tomber, tournoyer, le courant de la Marne qui file comme ces flocons …

Sur la route nationale enneigée aux trottoirs blancs, la route noircie par les voitures qui roulent malgré tout au ralenti.
Marcher vite pour se réchauffer, entendre par moment le « criss, criss » de mes pas sur le trottoir où la neige n’a pas été suffisamment damée par les passants.

Voir au loin sur le même trottoir une personne, suivre ses pas et se rendre compte que tout à coup elle s’est éloignée de la route tout en se plaquant sur le long d’un portail.
Se poser des questions.
Ne pas entendre les voitures qui roulent, continuer à marcher et être attentive au craquement de la neige.
Tout d’un coup, être arrosée par de la purée de neige noircie dans le dos de mon manteau.

Le chasse-neige est passé par là pour dégager la route nationale enneigée, une nationale où les voitures roulent un peu vite en ces temps enneigés. Neige noircie par les pots d’échappement des véhicules.
Râler parce que je suis toute mouillée, et qu’en plus je n’ai pas entendu ce véhicule. Râler tout simplement.
Rire ensuite de ce qui vient d’arriver.
Se dire que parfois, entendre, ça a du bon. Mais que heureusement que c’était de dos !

Non, je ne sais toujours pas si la neige fait du bruit quand elle tombe, quand elle vivote comme du coton qu’on aurait jeté en l’air…

Un jour peut-être. Qui sait ?

Starting-blocks pour A deux mains

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 30 janvier 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/starting-blocks-pour-a-deux-mains/

L’année commence très fort pour mes filleules Sabrina et Sandra, j’ai plusieurs nouvelles à vous annoncer …

La première nouvelle qui n’est pas des moindres, le site internet a été lancé !
Vous pourrez désormais les suivre directement par le biais de leur propre site, les contacter et même pouvoir partager plus amplement sur les réseaux l’information.

C’est encore tout frais, la peinture est encore fraîche ! 🙂

Mom'artreLa seconde nouvelle, elles étaient à la recherche d’un lieu pouvant les accueillir. C’est chose faite !
Un superbe lieu bien situé à proximité des transports, plutôt « central » pour les gens venant de la banlieue, qui a en plus un joli nom je trouve « Mom’artre » vous trouvez-pas ?

La troisième nouvelle, les ateliers commencent la semaine du 18 février, il y aura également une réunion d’information, le 11 février, il y aura également la présence d’une personne assurant la traduction LSF / Français.

Et enfin, la dernière nouvelle, cela fait un joli mois de janvier tout cela ! Elles recrutent un professionnel sourd de l’enfance ou de la petite enfance, pour nos futurs ateliers enfants et parents/enfants (de 6 mois à 3 ans). Pour plus d’informations, voir sur leur site.

A deux mains, c’est parti !

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 4 février 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/a-deux-mains-cest-parti/

L’association A deux mains organise une réunion d’information.
Cette réunion a pour but de les présenter ainsi que leur activité.

Venez les rencontrer mardi 12 février à 18h30 !

Inscrivez vous par mail : contact@a-deux-mains.org

Lieu : Association Mom’frenay,
Place Henri Frenay, 12ème (metro Gare de lyon)

A deux mains, c’est parti ! (rectification)

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 11 février 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/a-deux-mains-cest-parti-rectification/

Attention changement de date  !!!

La réunion d’information sur les ateliers pour enfants sourds, et entendants de parents sourds, de 6 mois à 3 ans mis en place par A Deux Mains
prévue Mardi 12 Février à 18h30 est reportée au

Samedi 23 Mars à 10h30

Lieu : Locaux de l’association Mom’Frenay,
place Henri Frenay, 12ème.
M : Gare de Lyon

Pour assister à la réunion merci de vous inscrire en envoyant un mail à contact@a-deux-mains.org

Les familles qui le souhaitent pourront s’inscrire aux ateliers à la fin de la réunion,

Toutes les informations sur le site internet

J’avais un vœu, Bartolone l’a fait

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 13 février 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/javais-un-voeu-bartolone-la-fait/

Début décembre, j’ai reçu un courrier venant de la présidence de l’Assemblée nationale. Impressionnée par cette enveloppe si spéciale.

Être invitée aux vœux de son entreprise est quelque chose de « normal » pour un employé, ne pas comprendre les discours est quelque chose de difficile pour une sourde.

Ces moments-la sont censés être sympathiques, mais quand on est sourde, c’est un peu plus contraignant, se retrouver entourée de personnes qu’on ne connaît pas, se retrouver dans un lieu plein de brouhaha.

Devoir écouter des discours cela m’est déjà arrivé, ce n’est pas mon premier discours de vœux que j’écoute.
Il m’est déjà arrivé de ne rien comprendre, d’attendre, de sourire et de faire comme si tout était normal, comme si je comprenais tout, c’est une sensation franchement désagréable.

Cette année, dans le cadre de mon travail et motivée pour faire bouger les choses en terme d’accessibilité, j’ai émis une requête un peu atypique.
Je me suis dit, que pourquoi, moi je ne pourrais pas comprendre comme tout le monde. J’ai demandé si c’était accessible aux sourds et malentendants, connaissant la réponse à 99%, tout en demandant si au pire, je pourrais avoir le discours écrit.

Réponse qui est : non, pas de vélotypie, non, pas d’interprètes en LSF (bien que je ne maîtrise pas tout à fait parfaitement cette langue) MAIS qu’il y avait possibilité d’avoir le discours à mon arrivée. Je dois dire que j’ai été plutôt agréablement surprise par cette réponse positive.

Jour J, j’arrive avec ma collègue, je demande la personne chargée de me transmettre le discours, j’attends un peu, elle me donne une version imprimée du discours. Peut-être avez-vous fait quelques improvisations, quelques bons mots mais quel bonheur de pouvoir suivre ce que vous avez dit, ma collègue m’indiquant de moment à autre, où nous en étions dans le discours.

Merci monsieur le Président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone,  d’avoir bien voulu donner votre discours imprimé, malheureusement encore peu de personnes acceptent de le faire.

Quel bonheur d’être à égalité avec tout le monde, c’était d’autant plus important car ce lieu chargé en histoires, c’était vraiment « Liberté, Égalité, Fraternité« .

Paroles et musique

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 6 mars 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/paroles-et-musique/

La musique peut être un univers qui peut nous être accessible, mais à notre manière.

Dans les années 85, il y avait des clips vidéos comme le top 50 que j’aimais beaucoup uniquement parce qu’il y avait un classement, cela me permettait de me donner un indice de « popularité » sans avoir à demander autour de moi.

Avoir le son et l’image en même temps c’était un vrai régal.
Ces clips vidéos n’étaient pas sous-titrés en 85, ils ne l’ont été qu’à partir de 2005 pour certaines chaînes de télévision.

Pour faire comme les copines à l’école, je me suis mise à aimer Kylie Minogue.
Pourquoi elle ? Je ne sais pas.
En réfléchissant parce qu’elle était jolie, jeune et australienne.

Les contrées lointaines me faisaient rêver. J’ai même été jusqu’à avoir une chaîne hifi et quelques cd.
J’avais un poster dans ma chambre. Juste pour faire comme toutes ces adolescentes, moi qui vivais dans un univers dépourvu de musique, ça a été un surprise pour mes proches je pense…

Après avoir aimé la musique pour faire comme tout le monde, le temps était venu que j’aime une musique pour une raison précise.

J’aime certaines musiques parce que j’avais aimé le film. Je repense au Grand Bleu en particulier, ce film qui avait des séquences poétiques visuelles, cette histoire,  je voulais connaître cette poésie sonore.

Je l’ai percue à ma manière, en mettant le son plus fort à certains moments, la main sur la baffle pour percevoir les vibrations de cette musique.

Avoir le visuel et le son en même temps, cela m’aide beaucoup.

Je regrette qu’à la télévision, qu’on aie le titre et l’auteur de la musique seulement. Durant ces séquences, avoir juste un sous-titre de trois points de couleur magenta c’est un peu frustrant de ne pas avoir les paroles…

A deux mains : le premier atelier !

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 3 avril 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/a-deux-mains-le-premier-atelier/

La réunion d’information a eu lieu le 23 mars 2013. Faute d’un imprévu je n’ai pu y assister. Cela dit, l’association A Deux Mains commence ses ateliers enfants et parents/enfants commencent samedi 6 avril de 10h30 à 11h30.

Il reste quelques places !
Ils auront lieu tous les samedi en alternant ateliers enfants et ateliers parents/enfants.
Prix 20€/mois (soit 60€ pour 3 mois)

Inscription obligatoire !

Pour les inscriptions ou des informations envoyez un mail à contact@a-deux-mains.org

J’ai pas la banane tous les jours…

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 9 avril 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/jai-pas-la-banane-tous-les-jours/

Parfois, il m’arrive de ne pas avoir la banane.
Moi, j’ose le dire et je l’écris pour m’expliquer…

Des fois, j’ai juste pas envie de faire des efforts, parce que j’ai pas forcément la forme ou je suis fatiguée moralement.

Je ne suis simplement pas une machine, j’ai moi aussi des moments de faiblesse.

Difficile d’accepter de ne pas être toujours être au top.
Difficile de le faire comprendre aussi.

J’ai annoncé lundi soir sur twitter que je n’irai pas à l’apéroweb, réunion que j’essaie de fréquenter quand j’en ai la possibilité ou l’envie.

Cette fois-ci, je n’ai pas réussi à me décider à y aller, trop d’efforts à faire pour suivre, pour comprendre ce qui se dit,  trop de concentration pour un moment qui devrait être agréable ou intéressant.

C’est valable aussi pour des événements où je pourrais y retrouver des personnes qui ont le même centre d’intérêt.

Il faut savoir reculer pour mieux sauter.

 

J’ai repris quelques gifs animés avec l’aimable autorisation de l’auteur du blog Deafmania. J’y vais quand j’ai besoin de rigoler un peu.

 

Ma tête quand j'essaie de comprendre

Il arrive souvent que j’aie ce regard quand j’essaie de suivre une conversation qui est pas toujours aisée quand il y a du bruit environnant, des personnes qui articulent pas forcément beaucoup.

 

 

Quand j'ai rien compris ...

Quand je comprends pas, généralement je l’exprime avec une expression comme celle de M. Spock, oui, j’assume mon côté star trek  (c’est obligé avec un mari aussi fan !) qu’on ne connaissait pas.

Je m’exprime avec mon visage avant de le dire que je n’ai pas compris. Généralement, je le dis assez vite.

 

 

quand une personne entendante me fait répéter pour la 3eme fois …Quand je rencontre des personnes qui ne me connaissent pas, ou qui savent pas forcément que je n’entends pas, ce qui est rare. Il est déjà arrivé que je doive répéter plusieurs fois, mais heureusement pour moi, c’est plutôt rare. Quand ça arrive, c’est du costaud !
Parfois, c’est des malentendus, qui sont pas mal non plus ! 🙂

 

Et enfin, pour terminer, quand j’ai fait ma journée, un rencard avec plusieurs personnes, quand je rentre chez moi, je sais que ma journée n’est pas tout à fait terminée puisque j’ai aussi la casquette de « maman » entre autres …
Quand je me couche, je suis comme ça :

Ça fait comment chez vous quand vous vous couchez le soir ? 🙂

 

 

L’accessibilité, on s’en fout de plus en plus ?

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 24 avril 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/laccessibilite-on-sen-fout-de-plus-en-plus/

L’accessibilité on s’en fout de plus en plus ? forum.alsacreations.com/topic-9-66981-… (très interessant point de vue d’un concerné) #a11y

— Raphaël Goetter (@goetter) 23 avril 2013

 

Je ne peux pas rester insensible à ce tweet. On ne peut pas s’en foutre, c’est pas possible !

La loi du 11 février 2005 a été votée et doit être mise en application d’ici 2015, web ou pas web.

Il est vrai que le web est devenu plus « lourd« , les pages se sont pas allégées au fil du temps, mais ça c’est un peu la faute au « haut débit« , se dire que « Okay, c’est bon, on a plus de bande passante du coup, on y va« . Fatale erreur qui va se payer cher puisque de nouveaux supports multimédia sont apparus tels que les smartphones, tablettes entre autres. C’est une erreur certes. Libre à chacun de tenir compte de cette variable.

En tant que personne sourde, je me rends compte qu’il y a encore pas mal de choses qui ne nous sont pas accessibles sur le web, surtout depuis l’apparition de nouveaux médias tels que les podcasts, ou les vidéos.

Des podcasts retranscrits, j’en ai pas vu encore, j’avoue que je n’ai pas encore cherché étant plus concentrées sur l’axe vidéo. Les vidéos online sont le nouveau média à la mode sur le web, de plus en plus je vois des blogs qui ont des vidéos qui donnent tel ou tel avis. Les gens seraient-ils devenus paresseux ? Je ne sais pas, c’est une nouvelle mode à laquelle je n’ai pas accès.

Néanmoins, je me rends compte qu’il y a encore beaucoup d’apriori sur l’accessibilité web. Non, ça ne coûte pas cher si tu l’inclus dès le début de ton projet, non c’est pas compliqué si tu fais attention et que tu prends en considération les techniques qui peuvent aller dans ton sens, non c’est pas inutile, ça sert à tout le monde !

Étant sensible aux personnes qui m’entourent, j’essaie de faire en sorte que mes contenus soient accessibles également aux personnes aveugles.
Quand je produis un PDF, j’essaie de faire en sorte que ça soit conforme.
Je me rends compte que cela me sert aussi car je me sers de ce travail pour naviguer dans un pdf, ou faire une recherche de mots.

Tout le monde à un moment dans sa vie est en situation de handicap, le dire comme ça pourrait presque être provocateur mais c’est la vérité. Un exemple très simple. Attraper quelque chose sur une étagère qui est en hauteur et devoir prendre un tabouret pour monter c’est une mise en situation de handicap.
Ne pas pouvoir lire de loin des horaires de train dans une gare, c’est handicapant.

Le web il est ouvert à tous, il doit être accessible à tous.
Moi-même étant sourde de naissance, j’essaie de tenir compte des choses à faire, je suis en mode « course de fond », chaque jour j’apprends quelque chose qu’il faut bien faire pour que cela soit accessible, personne n’est parfait.
Chaque jour, j’essaie de constater ce qui ne va pas pour ensuite faire quelque chose de positif. Il m’arrive parfois de baisser les bras, mais jamais très longtemps.

La réalité est qu’aujourd’hui, on en parle de plus en plus, il y a quelques experts accessibilité. Mais pas assez. Les professionnels sont de plus en plus sensibilisés mais ne savent pas forcément comment convaincre, comment améliorer leur production, comment être plus performants.

Par ailleurs, il faudrait également que le monde de la formation soit aussi sensibilisé à l’accessibilité web. Est-ce que les programmes de formation pour pouvoir être un professionnel du web sont réactualisés ? Combien d’entre-eux sont « accessibles » ?

Moi, demain, si je veux, en tant que professionnelle du web, m’améliorer, faire une formation pour relever mon niveau de compétences, je ne peux pas forcément accéder à la même chose que tous. Puisqu’il y aura des contenus qui vont m’échapper…

L’accessibilité web, non on ne s’en fout pas.

Adapte-toi ou meurs. (source : Deafmania)

Au revoir Papi Jean

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 22 mai 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/au-revoir-papi-jean/

Mon grand-père nous a quittés la semaine dernière.
C’est mon mari qui a appris la nouvelle par téléphone pour ensuite m’apprendre le décès de mon Papi jean. C’est moins violent qu’un mail ou un SMS.

Quand on est loin de ses proches, et que ces derniers ne sont pas forcément « connectés » comme moi, ce n’est pas toujours facile à gérer.
J’ai la chance d’avoir une famille très soudée.
Devoir communiquer par SMS ou mail dans ces moments-là, on va vite à l’essentiel, pas trop le temps de faire de la place à l’émotion.

Au moment où j’ai réservé mes billets sur le net, j’ai pu les transférer directement dans mon téléphone sur une application qui s’appelle Passbook, une application qui te permet d’enregistrer tes billets de train dans ton téléphone. Mon papi qui a travaillé à la SNCF, ça l’aurait épaté de savoir que je pouvais dématérialiser mes billets.

Personne m’accompagnait pour ce voyage, j’ai dû laisser mes deux gars à Paris.
Je n’ai pas eu à m’inquiéter de savoir si j’avais bien les billets, les chercher dans mon sac, mes pensées étaient déjà auprès de ma famille.

Durant le voyage, le contrôleur a flashé le QRcode de mon billet sur mon téléphone.
J’étais épatée et rassurée à la fois d’avoir mes billets.
Les applications mobiles sont faites de façon à ce que tu puisses récupérer le QRcode de tes billets, mais aussi de t’indiquer sur quel quai tu es censée arriver ou partir.
Pouvoir donner la voie d’arrivée de mon TGV à Nantes, ça m’a permis de me faire récupérer aisément par ma petite cousine.
Lui laisser le temps d’aller sur le quai au bon emplacement.
Quel plaisir de voir un visage familier à l’arrivée dans ces moments difficiles.

Durant les obsèques, j’ai pu suivre à peu près les cérémonies car ma famille avait pensé à moi, en me donnant une copie imprimée ou manuscrite malgré tout ce qu’il y avait à penser. J’étais bien entourée pour avoir la possibilité de demander à quel moment on en est dans les textes, malgré la peine.

Il va de soi que ces lieux de culte ou funéraires ne sont pas forcément accessibles. Il faudrait y songer malgré tout (accès, traduction, retranscription, etc…)

Ne pas pouvoir suivre intégralement les échanges m’a permis de voir cette jolie lumière que l’on pouvait voir de temps à autre,
Ne pas percevoir vraiment les tonalités tristes de la musique,
Ne pas subir les intonations des voix des personnels funéraires, même si la formulation était pas toujours aisée pour nous,
Ne pas entendre, parfois, peut aussi atténuer la douleur que l’on a.

Je me suis posé cette question, si je devais avoir à gérer des obsèques, comment est-ce que ça se passerait ?

Comment est-ce que je pourrais faire ?

Est-ce que il y a la notion d’accessibilité dans ces moments difficiles ?
Est-ce qu’il y a des choses déjà mises en place ou pas ?
Est-ce que vous avez déjà connu ces problèmes d’accessibilité au moment où vous avez le plus de mal avec les tracas du quotidien ? Au moment où vous voudriez vous concentrer sur l’essentiel ?
Les pompes funèbres ont beau afficher un numéro de téléphone sur leur vitrine, mais quand on ne peut pas téléphoner, que l’on soit sourd / malentendant, comment on fait ?

J’y reviendrai en temps voulu car aujourd’hui Papi Jean est parti.

Mes rêves sont devenus réalité à Paris web

Écrit par Sophie Drouvroy / Cyberbaloo — le 12 octobre 2013

Publié dans la catégorie : Vis ma vie de sourde

Lien du billet : https://www.sophie-drouvroy.com/vis-ma-vie-de-sourde/mes-reves-sont-devenus-realite-a-paris-web/

Un petit flashback.

L’édition de 2011 a été mon baptême en tant qu’oratrice dans une conférence qui est accessible aussi bien par la vélotypie que par la langue des signes pour les personnes sourdes.

L’édition de 2012, j’y suis retournée et j’y ai fait un lightning talk de 4 minutes. Un exercice ardu mais qui est superbe. Ca avait été un moment très fort pour moi, mais je crois aussi pour ceux qui l’ont vu. Magique.

Cette troisième édition de Paris web vient de se terminer. C’est un rêve que j’avais en 2011 qui s’est réalisé, qui s’est reproduit en 2012.

Au fil de ces années, une audience de personnes sourdes et malentendantes s’est constituée. J’ai pu amener une amie sourde qui fait de la programmation à Paris Web et c’est avec émotion que nous avons pu partager ça ensemble.

Cette fois-ci, je n’ai pas eu à me pincer pour savoir si c’était une réalité. Il y avait de la vélotypie dans le grand amphi, des interprètes en LSF dans toutes les salles.

J’ai commencé Paris web par « La folle journée, ou les fourberies d’un projet » de Julien Dubedout, Florian Boudot et Christophe Andrieu. Une conférence qui a révélé la réalité de beaucoup d’entre-nous sans à peine exagérer, c’était le cas pour ma part. Une vraie mise en bouche pour cette nouvelle édition de Paris Web. Bravo aux stagiaires ! 😉

Passer ensuite sur « Les bonnes pratiques API » d’Eric Daspet et la conférence de Cyril Balit « Je code donc je teste« , ça calme bien surtout quand on ne maîtrise pas cette technologie. Je ne suis pas développeur à ce niveau de technique. Pas toujours facile de suivre malgré la vélotypie qui ne maîtrise pas le vocabulaire. Mais ce n’est pas nouveau, les précédentes éditions ont eu des moments similaires.
Les mots qu’ils ne connaissent pas sont remplacés par des étoiles… C’est comme si on parlait et qu’on disait « étoile » a chaque mot qui nous est inconnu.

Profiter de la pause pour aller saluer les amis, prendre de leurs nouvelles, comme dans une réunion de famille. Distribuer des chamallows un peu à droite, à gauche, on se rappelle du lightning talk de l’an dernier. Ça me fait plaisir.
Avoir du mal à comprendre dans ce nouveau lieu si beau, si majestueux, mais qui est terrible au niveau sonore, le brouhaha qui s’élève dans la nef, heureuse d’être là parmi ces personnes qui font le web. Fierté.
Enchaîner sur la conférence de Matthias Dugué, « Soyez responsables : construisez votre API » avec une approche différente et pédagogique. Se sentir moins bête, juste un peu plus cultivée.
Un orateur très accessible et surtout le comprendre sans difficulté sans vélotypie, sans langue des signes.

Aller écouter Johan expliquer qu’on peut « Accessibiliser avec subtilité ». Un vrai régal pour les yeux et les oreilles si j’ose dire. Bien que ce ne soit traduit qu’en langue des signes, pas de vélotypie dans le Salon d’honneur. Je suis la conférence en regardant l’orateur, plus précisément sa bouche et son expression corporelle. Une démonstration claire, explicite, qui est égale à l’orateur lui-même.

Déjeuner, retrouver des têtes qu’on a pas vues depuis 1 an, plaisanter, rire.
Que de bonnes choses en si peu de temps. Ça fait du bien là où ça passe. Ça fait du bien de retrouver des personnes qui font le web comme soi, et qui nous comprennent surtout. On se sent moins seuls. On se sent tiré par le haut.

J’ai enchainé sur la conférence de Mariusz Ciesla « Learning to love: Crash course in emotional UX design« , conférence colorée, efficace, instructive. Qui m’a rappelé la conférence d’Aaron Walter de l’an dernier.

J’aurais bien voulu suivre « S.A.R.A.H, maison intelligente pour connecter l’internet des objets« , c’est un sujet qui nous intéresse car concernés depuis peu. Ma moitié y a été. Je me suis dit qu’il me raconterait après. Je rencontrerai plus tard JP Encausse lors d’une pause et au fond de moi, je regretterai de ne pas y avoir été. Je me rattraperai plus tard.

Tout pareil pour la conférence de JP Cabaroc, « Goûts et mauvais goût : de la subjectivité en design« , ne connaissant pas l’orateur, je n’ai pas pris le risque… d’y aller, car sans vélotypie et ne maitrisant pas bien la langue des signes c’est un peu plus fatiguant pour moi. On m’a confirmé que c’était une conférence visuelle. Petit regret également.

L’an prochain, j’embauche un stagiaire et je lui fournis mon ordinateur pour qu’il me fasse de la vélotypie pour les petites salles qui ne sont pas équipées pour des raisons logistiques que je comprendrai parfaitement. Je me sens parfois tellement loin de ces personnes qui font le web qu’ici je me sens à égalité.  C’est tellement énorme de pouvoir être là. Parmi vous.

« Un petit pas pour l’em, un grand pas pour le Web » de Nicolas Hoizey, moment instructif limpide pour moi, riches en informations. Qui répondait à des interrogations que j’avais en terme d’intégration web.

« Web Apps et sites web, le jeu des différences » de Jérémie Patonnier, intéressante encore une fois. Jérémie nous épate à chaque fois quelque soit le sujet.

« La rencontre entre hacktivisme et sociétés civiles, un enjeu pour les libertés numériques » d’Amaëlle Guiton, intéressante bien que difficile à suivre sans vélotypie, car elle parlait vite. J’ai regretté qu’